Wang Chongyang

Wang Chongyang, Wang Tchong-yang ou Chongyangzi, 11 janvier 1113 – 22 janvier 1170, est le fondateur du courant taoïste Quanzhen et l'un des Cinq patriarches du Nord.



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Personnalité du taoïsme - Taoïsme - Courant philosophique - Alchimiste chinois

Wang Chongyang (trad. ??? ; sim. ???), Wang Tchong-yang ou Chongyangzi (???), 11 janvier 1113 – 22 janvier 1170, est le fondateur du courant taoïste Quanzhen et l'un des Cinq patriarches du Nord (běiwǔzǔ ???). Wang est son nom de famille et Chongyang (double yáng) son nom de religion. Il est quelquefois mentionné sous l'un de ses trois prénoms successifs (Wang Zhongfu ???, Wang Dewei ???, Wang Zhe ??), ou l'un de ses trois noms sociaux successifs (Wang Yunqing ???, Wang Shixiong ???, Wang Zhiming ???). Sous les Yuan, le courant Quanzhen fut investi du contrôle des institutions religieuses du Nord de la Chine ; Wang Chongyang fut titré Seigneur immortel[1] en 1269 par Kubilaï Khan, puis Empereur divin[2] par Wuzong (1308-1311).

Biographie

Les débuts

Il naît en 1113 dans une famille aisée du village de Daweicun (???) [3] près de Xianyang au Shaanxi, troisième fils de Wang Baiwan (???). Il reçoit une éducation lettrée qui porte ses fruits, si on en croit les textes et poèmes qu'il a laissés, d'assez bonne qualité littéraire. Entre 1135 et 1140, il se présente aux examens impériaux et est reçu avec d'excellents résultats ; il change son prénom et son nom social pour marquer le début de sa carrière de fonctionnaire. Néanmoins, il doit finalement se contenter d'un petit poste de collecteur des taxes sur l'alcool. Ce sous-emploi est le plus souvent expliqué par la politique de discrimination ethnique des empereurs jurchens de la dynastie Jin qui contrôle alors le Nord de la Chine ; l'emploi des Hans est limité et les examens ne jouent plus un rôle aussi important que sous les Song. Profondément déçu, Wang Dewei finit par de désintéresser de son poste pour se consacrer à la pratique taoïste.

En 1159, il prétend avoir rencontré dans un estaminet (ou chez un boucher, selon une autre une version de la légende) du bourg de Ganhe (??) les célèbres immortels Lü Dongbin et Zhongli Quan (???), qui lui auraient enseigné une formule alchimique secrète. L'année suivante, il fait la connaissance de de nouveau l'un des immortels qui lui remet le Ganshui xianyuan lu (?????) lui prédisant la rencontre de deux de ses futurs disciples, Ma Yu (??) et Tan Chuduan (???) [4]. Il quitte alors sa famille, adopte ses prénom et nom social définitifs, mais aussi le nom religieux de Chongyang. Il se fait ermite au village de Liujiangcun (???) près du mont Zhongnan (???). [5] Il y vit d'une façon excentrique, s'adonne à la boisson[6] et reçoit le sobriquet de "Wang l'épileptique" (Wang Haifeng ???). Il creuse en état de transe un trou qu'il appelle "tombe du mort-vivant"[7] dans lequel il vit enterré trois ans. Lorsqu'il en ressort, il construit par-dessus une hutte qu'il appelle Quanzhen ou Complétude de l'Authentique, nom par lequel son école sera connue. [8] Il vit quatre ans sur le mont, pendant lesquels il recueille quelques disciples, Shi Chuhou (???), Liu Tongwei (???) et Yan Chutong (???), avec qui il commence à prêcher.

Le succès

Wang Chongyang

En 1167, devant le peu de succès de sa prédication, il met le feu à son ermitage. Selon la légende, les villageois accourus à l'aide le voient danser à côté des flammes. Il part seul propager sa doctrine au Shandong. A Ninghai (??), il fait la connaissance d'un couple riche, Ma Congyi (???) [9] et Sun Bu'er (???), qui deviennent ses disciples et lui apportent un soutien financier et social. Ma Congyi surtout devient son second sous le nom de Ma Yu (??). Avec Tan Chuduan (???), guéri miraculeusement, Qiu Chuji (???), Liu Chuxuan (???), Wang Chuyi (???) et Hao Datong (???), ils forment le groupe des sept premiers disciples qui seront divinisés sous le nom des Sept immortels du Nord (běiqīzhēn ???).

À partir de ce moment, la prédication de Wang Chongyang commence à connaître le succès. En moins d'un an, cinq congrégations "des trois doctrines" (sanjiaohui ???) se forment : Les Sept joyaux (Qibaohui ???), La Fleur de jade (Yuhuahui ???), Le Lotus d'or (Jinlianhui ???), Les Trois lumières (Sanguanghui ???) et L'Égalité (Pingdenghui ???). Le terme "trois doctrines" (taoïsme, bouddhisme et confucianisme) reflète l'ambition syncrétique de Quanzhen, dont le canon comprend le Classique de la piété filiale et le Sutra du Diamant. Cette tendance au syncrétisme, déjà ancienne, a pris de l'importance sous les Song, comme en témoigne le développement du néo-confucianisme.

Après trois années au Shandong, Wang Chongyang décide à l'automne 1169 de repartir prêcher la bonne parole dans son Shaanxi natal. Laissant Wang Chuyi et Hao Datong sur le mont Kunyu (???), il emmène avec lui Qiu Chuji, Liu Chuxuan, Tan Chuduan et les époux Ma, mais meurt en route aux portes de Kaifeng en 1170. Ses disciples ramenèrent sa dépouille à Liujiangcun, site de son premier ermitage, où ils font construire à sa mémoire le Temple de l'obtention du Dao (Chongyang chengdao gong ?????)  ; ils font aussi ériger à Ganhe le Temple de la rencontre des immortels (Yuxian gong ???). Des légendes, refusant cette durée de vie trop courte pour un maître taoïste, prétendent qu'il ressuscita.

Contribution au taoïsme

Combinant diverses traditions taoïstes avec des concepts bouddhistes et néo-confucianistes, Wang Chongyang préconise pour atteindre l'immortalité une voie principalement spirituelle et une ascèse sévère vécue plutôt dans le cadre d'un monastère ou d'un ermitage. Il imprime ainsi à son courant un caractère différent des nombreuses écoles alchimiques, magiques ou rituelles, comme celles qui se regrouperont dans le courant Zhengyi, dont les maîtres sont généralement mariés. Le succès de Quanzhen marque le recul définitif (mais non la disparition) de l'alchimie externe waigong (??) devant l'alchimie interne neigong (??), entamé avec le courant Shangqing.

Écrits

Wang Chongyang a couché énormément de ses instructions sous forme de poèmes, rassemblés par ses disciples dans un recueil : Anthologie de la Complétude de l'Authentique (Chongyang quanzhen ji ?????). On lui doit aussi Les Quinze Principes fondateurs (Chongyang lijiao shiwulun ???????), l'Anthologie des transformations (Chongyang jiaohua ji ?????), Les Secrets des serrures d'or et de jade (Chongyang zhenren jinguanyusuo jue ?????????) et , pour l'anecdote, Les Dix Transformations par le partage de la poire (Chongyang fenli shihua ji ???????), écrit pour exhorter les époux Ma à se séparer pour réaliser l'idéal de célibat de l'école (le partage de la poire, fenli, est homonyme de séparation). Ses écrits se trouvent dans le Canon taoïste.

Écoles

À l'imitation des Cinq Écoles et Sept traditions du Chan, Quanzhen s'est donné Cinq Patriarches et Sept Accomplis (wǔzǔqīzhēn ????).

Les premiers sont l'immortel Donghua (????) assimilé à Wan Xuanpu (???), Zhongli Quan, Lü Dongbin, Liu Haichan, Wang Chongyang[4].

Les Sept Accomplis sont ses premières recrues, qui selon la tradition fondèrent les branches du courant :

Ma Yu (??)  : Yuxian (??) "Rencontre des immortels"
Tan Chuduan (???)  : Nanmu (??) "Hommage" ou Nanwu "Vide austral"
Liu Chuxuan (???)  : Suishan (??) "Mont Sui"
Qiu Chuji (???)  : Longmen (??) "Porte du dragon", branche principale
Wang Chuyi  :Yushan (??) "Mont Yu"
Hao Datong  : Huashan (??) "Mont Hua"
Sun Bu'er (???)  : Qingjing (??) "Pureté et calme"

Dans la culture populaire

En faisant de Wang Chongyang l'un des personnages de la Trilogie du Condor, [10] Jin Yong, auteur de romans de kung-fu à succès, a beaucoup popularisé sa figure en dehors des cercles taoïstes, tout en la transformant. Présenté comme un patriote anti-Jurchen et un maître d'arts martiaux accompli, le Wang Chongyang fictif vit, en total décalage avec l'idéal ascétique du personnage historique, une histoire d'amour mouvementée avec une héroïne appelée Lin Chaoying (???). Il n'est pas rare que les amateurs de littérature de kung fu considèrent la version de Jinyong comme entièrement conforme à la vérité historique. Dans les romans, il est quelquefois surnommé Zhongshentong (???).

Références et notes

  1. Seigneur immortel Chongyang, initiateur de Quanzhen ????????
  2. Empereur divin Chongyang, initiateur de Quanzhen et soutien du Faîte suprême ??????????
  3. Région de Qindu (???) canton de Shuangzhao (???), selon les Archives de Xianyang (?????)  ; certaines biographies le font naître à Liujiangcun (???)
  4. La liste des Cinq Patriarches établie au début du XIIIe siècle introduit Liu Haichan entre Lü Dongbin et Wang Chongyang ; selon Judith Boltz, c'est une tentative de rattachement de la tradition des alchimistes du Sud (Zhang Boduan) à Quanzhen.
  5. Sur le territoire de Zhongnanzhen (???), xian de Hu
  6. Il préconisera plus tard l'abstention totale d'alcool, l'ascèse et la méditation étant censées remplacer les psychotropes ; la légende taoïste prétend que l'immortel Liu Haichan (???) des Cinq dynasties le guérit de son ivrognerie en lui faisant boire l'eau de la rivière Gan, ce après quoi il ne but plus que de l'eau, qui lui procurait la même ivresse que le vin.
  7. húosǐrénmù ????
  8. Selon une autre version de sa biographie, Complétude de l'Authentique est le nom du premier lieu de culte que lui bâtirent Ma Yu et sa femme Sun Bu'er.
  9. toujours nommé Ma Yifu (???) ou Ma Yu (??), nom religieux Danyang (??)
  10. traduite en français sous le titre La Légende du Héros chasseur d'aigles, Editions YOU-FENG

Voir aussi

Taoïsme | Quanzhen | Qiu Chuji | Ma Danyang | Sun Bu'er | Wang Changyue

Bibliographie

MARSONE (Pierre) 43852 WANG CHONGYANG (1113-1170) ET LA FONDATION DU QUANZHEN. Référence : 01EPHE5019 (thèse EPHE)

Sources principales

Archives de Xianyang | Vie de Wang Chongyang sur Taoism. org | wiki zh | wiki en

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