Thomisme
Le thomisme est un courant philosophique ouvert sur une théologie faisant référence à Thomas d'Aquin consistant essentiellement en un réalisme philosophique.
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Philosophie médiévale - Courant religieux catholique - Courant philosophique
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- courant philosophico-théologique issu de saint Thomas d'Aquin. Le thomisme est un courant philosophique ouvert sur une théologie faisant... s'éloignant plus ou moins des véritables thèses du docteur de l'Eglise selon les types de ... (source : larousse)
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Le thomisme est un courant philosophique ouvert sur une théologie faisant référence à Thomas d'Aquin consistant essentiellement en un réalisme philosophique. Le thomisme a pris de nombreuses formes selon les périodes et les circonstances, s'éloignant plus ou moins des véritables thèses du docteur de l'Église selon les types de formes, certaines consistant en une interprétation extrêmement libre, d'autres se contentant d'une conservation rigide à la lettre de la Somme théologique. Le plupart des philosophes de l'époque moderne, tels que Descartes, Locke, Leibniz et après comme Kant, dialoguent directement ou indirectement avec les formes de thomisme de leur temps.
Une certaine forme de néothomisme s'est développée depuis le début du XXe siècle. Actuellement, les penseurs qui se rattachent à la pensée de Thomas d'Aquin forment un thomisme qui est un courant philosophique et théologique toujours vital. Les interprétations actuelles de Thomas d'Aquin consistent surtout en une mise en perspective contemporaine.
Histoire du thomisme
L'histoire du thomisme pose de complexes problèmes de définition. Certains nient en effet l'unité de cette histoire, car il n'y aurait pas de critères certains pour distinguer ce qu'est un thomiste au sens strict : l'ensemble des thèses principales de Thomas d'Aquin furent à un moment soutenues ou rejetées par les thomistes. En outre, il est incontestable que de nombreux thomistes furent influencés par des courants philosophiques apparemment fort peu thomistes dans leurs fondements (par exemple par le criticisme). Le thomisme prend de nombreuses formes philosophiques et méthodologiques selon les périodes. Il reste cependant le critère de base qui prend les bases et les axiomes de la philosophie de saint Thomas, car sa philosophie est reconnue comme un réalisme extrêmement ouvert sur les avancées scientifiques et philosophiques qui ont pu survenir. Le dominicain Romanus Cessario propose les critères suivants (voir bibliographie) qui, s'ils sont contestables ou non exhaustifs, auront au moins le mérite de nous éclairer légèrement sur le sujet :
Thèses philosophiques défendues par les thomistes
Dieu :
- Dieu est acte pur ;
- l'homme peut saisir l'existence de Dieu à partir des choses visibles ;
- cependant il est impossible pour un homme de saisir ce qu'est Dieu en lui-même ;
En philosophie de matière et de forme ;
- une seule forme substantielle actualise chaque corps physique ;
- l'individualisation d'un corps est réalisée par une matière déterminée ;
- les substances scindées sont dépourvues de tout principe d'individuation ;
- chaque créature est divisée en existence et essence ;
Conception de l'homme :
- distinction dans les substances créées entre nature principale et activités de l'étant ;
- l'âme rationnelle est l'unique forme substantielle de l'être humain individuel.
Ces thèses forment un réalisme métaphysique qui s'oppose nettement à l'idéalisme, au positivisme et au matérialisme. Les penseurs se déclarants thomistes ne dévièrent pas ou particulièrement peu de ces thèses principales.
Périodes du thomisme
Attaque et défense du thomisme (XIIIe ‑ XVe siècles)
Certaines thèses de la doctrine de Thomas sont condamnées trois ans après sa mort, en 1277 sous le soupçon d'Averroïsme, condamnations confirmées en 1284. Le franciscain Guillaume de La Mare rédige un Correctoire de Frère Thomas (1279), pour rectifier les thèses de Thomas en désaccord avec les thèses franciscaines. À partir de 1282, il sera permis de lire les œuvres de Thomas accompagnées de ces corrections. La pensée thomiste est prise à partie par les penseurs qui se rattachent au nominalisme médiéval ou aux penseurs qui se rattachent à Duns Scot. Cependant, certains tentent d'étudier la pensée thomiste, surtout Godefroid de Fontaine ou Pierre d'Auvergne.
Le procès de canonisation a lieu entre 1319 et 1321 ; canonisation en 1323 ; en 1325, révocation des condamnations. Les écrits de Thomas devront être dorénavant défendus contre une certaine forme radicale d'augustinisme.
Les commentateurs (XVIe et XVIIe siècles)
Après la contre-réforme catholique du Concile de Trente, la scolastique connait un renouveau marqué par le retour aux grandes synthèses du XIIIe siècle, le thomisme en premier lieu. Ce retour au thomisme se marque par l'adoption définitive de la Somme théologique qui remplace le Livre des Sentences de Pierre Lombard comme manuel de théologie. La somme théologique devient l'ouvrage qui doit être lu, étudié et commenté. Ainsi, les commentaires de Thomas fleurissent, de même que les premiers manuels de philosophie thomiste naissent. Les centres de ce renouveau sont en Espagne ou au Portugal les universités de Salamanque, Alcala, Coïmbre.
Ainsi, c'est en particulier pour lutter contre la réforme de Martin Luther que l'Église tente d'organiser sa pensée vers Thomas d'Aquin. L'ensemble des efforts théologiques se réclament par conséquent du thomisme.
Le renouveau thomiste s'affirme en premier lieu chez les dominicains.
- Francisco de Vitoria et ses disciples, qui s'attaquent surtout aux problèmes moraux et anthropologiques que soulèvent la découverte des autochtones et la colonisation :
- Jean Ginès Sepulveda, adversaire de Vitoria.
Chez les Jésuites :
- Ignace de Loyola choisit Thomas d'Aquin comme docteur officiel de son Ordre avec l'obligation de le suivre sur l'ensemble des questions théologiques.
- Luis de Molina
- Pedro da Fonseca
- Gabriel Vasquès, auteur d'un commentaire sur la Somme théologique de Thomas d'Aquin. Dans ses Disputationes metaphysicæ, il abandonne la distinction réelle entre essence et existence.
- Rodrigues Arriagi, auteur d'un volumineux Cours de théologie resté inachevé et d'un Cursus philosophicus où il se montre éclectique.
- Francisco Suarez, qui a "systématisé" en manuel la philosophie de Saint Thomas.
Notons toujours :
- Sylvestre de Ferrare qui produit un commentaire de la Somme contre les gentils.
- Cajétan, cardinal délégué par le Pape pour lutter contre Luther, produit un commentaire de la Somme de théologie.
- Antonius Trombeta, qui tente de réfuter des thèses de Cajétan
- Jean de Saint-Thomas qui produit des commentaires académiques.
- Goudin
Le thomisme à partir du milieu du XIXe siècle : l'apparition du néothomisme
On peut schématiquement distinguer deux aspects du néothomisme au XXe siècle : d'une part la recherche historique thomiste, qui vise à établir la pensée authentique de Thomas ; d'autre part, l'instrumentalisation de certaines thèses thomistes contre la philosophie moderne (positivisme et matérialisme). En France, le néothomisme fut en particulier représenté par Jacques Maritain
L'enseignement catholique est alors fort peu thomiste et s'inspire de Descartes, de son doute et de ses preuves de l'existence de Dieu. Les manuels de philosophie sont des manuels de philosophie cartésienne. Le néothomisme est reconnu comme une réponse à ce danger. À travers l'Europe s'effectue un retour au thomisme : retour à la scolastique en Allemagne, à la fin du XIXe siècle, en réaction contre les doctrines postkantiennes ; en philosophie, on voit un renouveau de l'histoire de la philosophie médiévale ; en Italie, retour à la philosophie aristotélicothomiste. Mais on date la renaissance du thomisme à partir de l'encyclique Æterni Patris («Sur la restauration dans les écoles catholiques de la philosophie chrétienne selon l'esprit du docteur angélique») de Léon XIII en 1879, car le pape conseilla de suivre Thomas pour lutter contre les dangers de certains dispositifs philosophiques, en pensant que la raison pouvait atteindre une vérité philosophique qui ne mettrait pas en danger la foi (voir article crise moderniste). Le 4 août 1880 Léon XIII déclare saint Thomas le patron des études dans les écoles catholiques (Cum hoc sit). Le 29 juin 1914, dans son motu proprio, le pape Pie X demande aux professeurs de philosophie catholique d'enseigner les principes du thomisme dans les universités et les collèges. Et cette même année, la Congrégation romaine des Séminaires et Universités promulgua une liste de 24 thèses thomistes reconnues comme normæ directivæ tutæ. Après la mort de Pie X, Benoît XV fit réviser le Code de droit canonique, recommandant la doctrine de Thomas et approuvant les 24 thèses (1917).
Les thèses de 1914
Les thèses de 1914 sont une liste de 24 thèses promulguées par la Congrégation romaine des séminaires et des université sous le pontificat de Pie X reconnues comme norme directive.
Thèses ontologiques :
- 1. La puissance et l'acte divisent l'être de telle sorte que tout ce qui est est ou bien acte pur, ou bien composé obligatoirement de puissance et d'acte comme principes premiers et intrinsèques.
- 2. L'acte, parce qu'il est perfection, n'est limité que par la puissance, qui est une capacité de perfection. Donc, dans l'ordre où l'acte est pur, il ne peut être qu'infini et unique ; à l'endroit où il est fini et multiple, il entre en véritable composition avec la puissance.
- 3. C'est pourquoi dans la raison absolue de l'être même, Dieu seul subsiste, seul entièrement simple ; l'ensemble des autres choses qui participent à l'être ont une nature qui restreint l'être, et sont constituées d'essence et d'existence, comme principes réellement différents.
- 4. L'être se dit de Dieu et des créatures, non pas d'une manière univoque ni d'une manière purement équivoque, mais d'une manière analogue, d'une ressemblance à la fois d'attribution et de proportionnalité.
- 5. Il y a, en outre, dans toute créature, composition réelle du sujet subsistant avec les formes qui lui sont ajoutées secondairement, i. e. les accidents ; et cette composition ne se comprendrait pas si l'être n'était point reçu réellement dans une essence différente de lui.
- 6. Outre les accidents absolus, il y a également le relatif, qui est un rapport vers quelque chose. Quoique ce rapport vers un autre ne veut pas dire selon sa raison propre quelque chose d'inhérent à un sujet, il a fréquemment sa cause dans les choses et par suite une entité réelle différente du sujet.
- 7. La créature spirituelle est particulièrement simple dans son essence.
Le néo-thomisme du XXe siècle
Au début du XXe siècle, le thomisme prend un tournant nouveau, surtout dans l'Université de Louvain avec le cardinal Mercier et en France avec des penseurs proches de Bergson dans son combat contre le positivisme. Jacques Maritain s'engage dans ce renouveau thomiste, entraînant à sa suite des penseurs comme Aimé Forest.
Les études sur saint Thomas prennent aussi une nouvelle tournure, surtout en exposant des nouvelles interprétations particulièrement discutées, comme Étienne Gilson, ou en proposant de nouvelles méthodes de lecture historique, comme Marie-Dominique Chenu.
Bibliographie
- Étienne Gilson, Le Thomisme. Introduction à la philosophie de Saint Thomas d'Aquin, Coll. Études de philosophie médiévale, 1, paris, Librairie J. Vrin, 1948.
- Lucien Lelièvre, L'enseignement du thomisme, Fides, Ottawa, 1965
- Jean-François Courtine, Suarez et le dispositif de la métaphysique, PUF, collection "épiméthée", 1990
- Henri Collin, Manuel de philosophie thomiste, 1927, Paris, Téqui. (3 tomes)
- Jacques Maritain, Éléments de philosophie thomiste, Paris, éditions Téqui (2 tomes)
Voir aussi
Liens externes
- Les œuvres de Thomas d'Aquin disponibles en ligne à la Bibliothèque des Éditions du Cerf
- L'histoire du thomisme Thomas d'Aquin et thomisme
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