Sophiste

Un sophiste est en premier lieu un orateur et un professeur d'éloquence de la Grèce antique, dont la culture et la maîtrise du discours en font un personnage prestigieux dès le Ve siècle av.



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Définitions :

  • du grec sophistès, de la même famille que sophia, veut dire «celui qui est habile». Personnages de la société grecque des IV è et V è... (source : ac-grenoble)
Écoles de l'Antiquité
École milésienne
École pythagoricienne
Atomisme
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Sophistique
Académie
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Cynisme
Cyrénaïsme
École mégarique
École péripatétique
Scepticisme
Le Jardin d'Épicure
Stoïcisme
Nouvelle Académie
Néoplatonisme
École d'Alexandrie

Un sophiste (du grec ancien sophistès : «spécialiste du savoir», constitué à partir de sophia : «savoir, sagesse») est en premier lieu un orateur et un professeur d'éloquence de la Grèce antique, dont la culture et la maîtrise du discours en font un personnage prestigieux dès le Ve siècle av. J. -C. , et contre lequel la philosophie va en partie se développer. En effet, n'ayant en vue que la persuasion d'un auditoire, que ce soit dans les assemblées politiques ou lors des procès en justice, les sophistes développent des raisonnements dont l'objectif est seulement l'efficacité persuasive, et non la vérité, et qui à ce titre contiennent fréquemment des vices logiques, quoiqu'ils paraissent à première vue cohérents : des «sophismes».

De là, le mot «sophiste» en est venu à qualifier actuellement, de manière péjorative, celui qui profite des ambiguïtés du langage pour produire des raisonnements ou des arguments apparemment solides, c'est-à-dire prenant l'apparence de la rigueur démonstrative, mais contenant en réalité un vice ou une perversion volontaire visant à manipuler ou à tromper l'auditeur (par exemple dans la démagogie).

C'est Platon qui a popularisé le mot par ses dialogues, dans lesquels Socrate discute fréquemment avec des sophistes pour démasquer leurs faux raisonnements. Le philosophe n'ayant pour but, quant à lui, que la recherche de la vérité, il doit en effet combattre les imposteurs qui ne jouent que sur la vraisemblance pour piéger leurs auditeurs, ou encore paraître avoir raison en toute circonstance (buts d'autre part immmoraux). C'est pourquoi Aristote a ensuite fondé la science de la Logique, visant à classer les différentes formes de raisonnement (ou syllogismes) en faisant le tri entre ceux qui sont cohérents et ceux qui font simplement semblant de l'être, surtout dans le traité intitulé Réfutations sophistiques[1].

La sophistique sert à désigner d'autre part à la fois le mouvement de pensée issu des sophistes de l'époque de Socrate, mais également le développement de la réflexion et de l'enseignement rhétorique, habituellement à partir du IVe siècle av. J. -C. , en pratique à partir du IIe siècle ap. J. -C. dans l'Empire romain.

La première sophistique

Point de vue sociologique

Les Grecs faisaient la différence entre la sophrôsuné (sagesse-mesure/modération) et la sophia (sagesse-savoir). Parmi ceux qui s'intéressaient à cette dernière, il y eut en premier lieu les sophoi (sages, surtout les Sept sages), puis les philosophoi (chercheurs de sophia, philosophes - voir Pythagore). Entre les deux, se situent les sophistai (spécialistes de sophia, les premiers emplois du mot portent en particulier sur un savoir technique, par ex. la musique). Sans pour tout autant former une école en soi, les membres de ce groupe avaient en commun plusieurs idées nouvelles. Au cours du Ve siècle av. J. -C., un certain nombre de sophistes, issus pour la majorité de cités périphériques ou de petite taille, parcourent la Grèce pour donner des leçons de sophia. Ces leçons sont payantes et même particulièrement chères, mais les sophistes promettent à leurs élèves (le plus fréquemment, de jeunes aristocrates) une rapide réussite. Au contraire du sophos ou du philosophos, qui tendent à transformer leurs disciples en sophoi et philosophoi à leur tour, les sophistes ne veulent pas former des sophistai, mais, concrètement, des gens aptes à réfléchir, à prendre des décisions, à argumenter ainsi qu'à gouverner. Ils détournèrent leur attention des sciences et de la philosophie pour la porter sur des études plus pratiques, essentiellement la rhétorique, la politique et la loi, compétences dont avaient besoin les jeunes Grecs afin d'assurer leur succès. Une partie de leur parfait éducatif survit toujours dans la notion moderne de «sophistication». Ils encourageaient aussi une certaine connaissance des arts et métiers. Ils suscitent un grand engouement, mais également des réactions de la part de ceux qui estiment qu'ils sont des révolutionnaires. On ne possède presque rien de leurs œuvres, probablement parce que leur enseignement était payant : ils n'avaient pas intérêt à l'offrir librement au public.

Les grands sophistes les plus célèbres furent Protagoras, expert en droit, Gorgias, un maître de la rhétorique, Prodicos, l'un des premiers à étudier le langage et la grammaire, et Hippias d'Élis, une véritable encyclopédie vivante qui prétendait tout savoir. Il y en eut bien d'autres, dont certains charlatans, qui pouvaient porter l'éristique à un état dérisoire. Pour eux, la finalité se limitait à la victoire des arguments face à l'adversaire. A titre d'exemple, Thrasymaque prétendait que par nature, le faible n'a aucun droit sur le fort. À cause de joutes oratoires, Aristote a qualifié d'agonistique cette pratique de la parole. Mais en dépit de cet aspect douteux, c'est entre autres à travers la critique socratique des arguments des sophistes que s'est constituée la méthodologie philosophique, sans oublier leur contribution aux progrès des sciences grammaticales et linguistiques.

Prodicos fit évoluer l'analyse du langage par son approche des différentes significations des mots. Sa contribution la plus significative se trouve dans sa méfiance de l'utilisation polysémique du verbe qui le pousse à établir un usage de mots ayant un sens précis dans lequel chaque expression doit faire référence à une seule et même chose.

Point de vue de l'histoire des idées

Bien qu'on connaisse mal le détail des idées professées par les sophistes, il y avait sans doute de grandes différences de l'un à l'autre. Cependant, ils semblent tous s'être intéressés aux domaines suivants :

La curiosité sans limites des sophistes et leur pragmatisme font qu'ils ont fréquemment été jusqu'à remettre en cause l'existence des dieux. Des œuvres de Protagoras furent détruites par autodafé[2], [3].

D'après Michel Onfray, l'historiographie de la philosophie a discrédité et méprisé ce courant philosophique[4]. D'autre part, la recherche récente a tendance à remettre en cause l'existence de ce courant comme tel. L'unique véritable point commun de ceux que nous appelons «les sophistes» serait leur prétention à détenir la «science» (sophia) ainsi qu'à pouvoir la transmettre à quiconque paye pour écouter leurs leçons, alors que, sur tout le reste, leurs positions sont particulièrement diverses et fréquemment opposées. Ce seraient leurs adversaires (et rivaux dans la recherche d'élèves), ceux qui se disent «philosophes» (litt. «ceux qui cherchent la science», sans prétendre la posséder déjà), c'est-à-dire les disciples de Socrate, Démocrite, Isocrate, etc., qui auraient procédé à cet amalgame. Les caractéristiques communes énumérées ci-dessus seraient en réalité communes à l'essentiel des intellectuels grecs de l'époque[5].

La seconde sophistique

C'est le polygraphe Philostrate qui, au début du IIIe siècle ap. J. -C. , dans ses Vies des sophistes, a découvert l'expression de «seconde sophistique». Plutôt qu'une définition chronologique, il s'agissait en fait d'une définition logique (seconde parce qu'il en existe déjà un autre type). Mais, comme les sophistes évoqués par Philostrate sont tous du IIe siècle, les historiens modernes de la rhétorique ont tendance à la cantonner à cette période.

Le sophiste de la seconde sophistique est en premier lieu un professeur de rhétorique qui a pour élèves des adolescents. Outre ses leçons, il compose des manuels techniques, des recueils de sujets à traiter, avec ou sans correction, des modèles de discours.

Le sophiste a aussi un rôle de porte-parole de sa cité : il compose et prononce des discours lors des grandes occasions (visite d'un grand personnage, surtout de l'empereur, fête solennelle, ambassade auprès de l'empereur ou auprès d'une autre cité, remerciement à un bienfaiteur, éloges... ). Il peut aussi jouer le rôle de conseiller auprès de sa cité en composant des discours qui prônent telle ou telle politique, telle réforme, qui dénoncent tel défaut.

Enfin, en partie à titre publicitaire (pour conquérir des élèves), le sophiste se déplace fréquemment pour donner des échantillons de son art en des séances publiques dans d'autres villes que celles qu'il habite. Le sommet de carrière auquel peut prétendre un sophiste est d'être remarqué par l'empereur, auprès duquel il pourra jouer les mêmes rôles qu'auprès d'une cité : éloges et conseils, mais il vaut mieux éviter les reproches. Cependant, les sophistes ont étudié et développé les divers moyens de faire entendre des remarques peu flatteuses sans fâcher l'auditeur.

Troisième sophistique

Certains historiens de la rhétorique parlent toujours d'une «troisième sophistique» pour distinguer les sophistes du IVe et du Ve siècles ap. J. -C. de leur prédécesseurs. Dans l'empire désormais chrétien et plus bureaucratique, leur influence est en effet moins grande que au cours du Haut Empire, parce qu'ils sont en concurrence avec les légistes, les bureaucrates et les évêques. D'autre part, ces sophistes tardifs semblent davantage préoccupés de morale.

Parmi les sophistes célèbres, Hérode Atticus, Dion de Pruse (ou Chrysostome), Ælius Aristide, Fronton (latin). Pour la troisième sophistique, Libanios, Himérios, Thémistios (mais c'est aussi d'autre part un philosophe) et Chorikios.

Le sophiste selon Platon

Pour Platon, les sophistes ne sont pas un simple repoussoir, mais des adversaires sérieux dont les doctrines méritent d'être combattues. Socrate attaque violemment les sophistes qui, par leur relativisme et leur nominalisme, sont les ennemis de l'idéalisme platonicien. Platon ne critique cependant que modérément les «grands» sophistes : les dialogues de Platon mettent en scène des joutes entre des disciples de ceux-ci et Socrate, qui en vient facilement à bout, les déconsidère et les ridiculise[6]. Les principaux reproches portent sur les points suivants :

Cependant, certaines thèses philosophiques défendues par les sophistes sont prises au sérieux par Platon :

Notes et références

  1. Voir Aristote, Organon et surtout les Réfutations sophistiques où il catalogue les principaux types de sophismes. Cf., dans une moindre mesure, la Rhétorique, où il les définit comme des «semblants d'enthymèmes».
  2. Protagoras (dont l') écrit sur les dieux fut brûlé par l'ordre des magistrats. http ://fr. wikisource. org/wiki/Histoire_du_mat%C3%A9rialisme_-_I, _I, _%C2%A7_I_ :_P%C3%A9riode_de_l%27ancienne_Atomistique, _particuli%C3%A8rement_D%C3%A9mocrite
  3. Selon Diogène Laërce, qui cite à ce propos un ouvrage perdu d'Aristoxène, Platon a souhaité des autodafés des œuvresmatérialistes de Démocrite (Diogène Laërce, IX, 40 (Vie de Démocrite, [1]). L'ouvrage d'Aristoxène (qui ne nous est pas parvenu) s'intitulaitHistorika Hupomnêmata, Souvenirs historiques. Par contre, on ne possède pas de témoignage que Platon ait souhaité faire connaître le même sort aux ouvrages des sophistes, Démocrite n'ayant d'ailleurs jamais été compté comme sophiste. Sur l'interprétation donnée par certains modernes de ce passage de Diogène Laërce, voir Michel Onfray, Les sagesses antiques, Contre-histoire de la philosophie, tome I, Grasset (2006), p. 58 ;Démocrite, Platon et la physique des particules élémentaires de Iraj Nikseresht, Nikseresht Iraj, Luc Brisson, L'Harmattan, 2007 ; Laura Gemelli Marciano, Democrito e l'Accademia. Studi sulla trasmissione dell'atomismo antico da Aristotele a Simplicio ; Edouard Delruelle, Métamorphoses du sujet ; Fernando Bæz, Histoire universelle de la destruction des ouvrages, Fayard.
  4. Michel Onfray, Conférence de l'université populaire de Cæn - contre histoire de la philosophie- le pur plaisir d'exister.
  5. Voir surtout les travaux de Marie-Pierre Noël et du centre de recherche CRISES.
  6. Michel Onfray, Le pur plaisir d'exister, chapitre 04 - Les pré-socratiques.

Bibliographie

Première sophistique

Deuxième sophistique

  • Philostrate, Vies des Sophistes.
  • Ælius Aristide, Discours et déclamations.
  • Dion Chrysostome, Discours et déclamations.
  • Eunape, Vies des philosophes et des sophistes.
  • Favorinos, Discours et déclamations.
  • Himérios, Discours et déclamations.
  • Libanios, Discours, Déclamations, Lettres, Progymnasmata.

Études sur la première sophistique

Études sur la seconde sophistique et ses prolongements

Recherche sur Amazone (livres) :



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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 09/03/2010.
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