Rationalisme

Le rationalisme est la doctrine qui pose la raison discursive comme seule source envisageable de toute connaissance réelle.



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Le rationalisme est la doctrine qui pose la raison discursive comme seule source envisageable de toute connaissance réelle.

Précisions terminologiques :

On trouve fréquemment et semblablement les expressions de «rationalisme moderne» ou de «rationalisme classique» pour désigner le rationalisme tel qu'il se formule de Descartes à Leibniz, correspondant environ à ce qu'on peut appeler depuis Kant le «rationalisme dogmatique» :

Nous suivrons ici une terminologie distinguant un rationalisme moderne (de Descartes à Leibniz), d'un rationalisme critique pour désigner le plus souvent le rationalisme kantien et post-kantien, indépendamment des nuances, quelquefois sensibles, dont il se compose.

Le mot de rationalisme fut aussi utilisé avant la Renaissance, et au cours du Moyen Âge : il s'agissait alors de rationalisme en théologie.

Le rationalisme moderne

L'attitude intellectuelle visant à placer la raison et les procédures rationnelles comme sources de la connaissance remonte à la Grèce antique, quand sous le nom de logos (qui veut dire à l'origine discours), elle se détache de la pensée mythique et , à partir des sciences, donne naissance à la philosophie.

Platon ne voit dans la sensibilité qu'une pseudo connaissance ne donnant accès qu'à la réalité sensible, matérielle et changeante du monde. Se fier à l'expérience sensible, c'est être comme des prisonniers enfermés dans une caverne qui prennent les ombres qui défilent sur la paroi faiblement éclairée, pour la réalité même. «Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre», fait-il graver au fronton de son école : l'exercice des mathématiques nous apprend à nous détacher de nos sens ainsi qu'à exercer notre seule raison, préalable indispensable à la dialectique philosophique. La connaissance du réel est connaissance des Idées ou essences, réalités intelligibles et immuables, et cette connaissance est rationnelle. Il y a en ce sens un rationalisme platonicien.

Aristote, au contraire, appuie sa philosophie sur l'observation concrète de la nature (physis), et pose les bases

Mais ce n'est pas l'usage de la raison, ni sa revendication, qui suffit à définir le rationalisme comme doctrine. Celle-ci se forme et se systématise à la fin de la Renaissance, dans les conditions spécifiques de la redécouverte de l'héritage antique, et de la mathématisation de la physique.

Le rationalisme moderne repose sur le postulat métaphysique selon lequel les principes qui sous-tendent la réalité sont semblables aux lois de la raison elle-même. Ainsi en est-il du principe de raison déterminante (ou de raison suffisante) que Leibniz, dans les Essais de théodicée (1710), formule de la manière suivante :

«c'est que jamais rien n'arrive, sans qu'il y ait une cause ou du moins une raison déterminante, c'est-à-dire quelque chose qui puisse servir à rendre raison a priori, pourquoi cela est existant plutôt que non existant, et pourquoi cela est ainsi plutôt que de toute autre façon.»

S'il n'est rien qui ne soit ni n'arrive sans cause, il n'est rien par conséquent qui ne soit, en droit, intelligible et explicable par la raison. Dans le cadre de l'onto-théologie, cette identité de la pensée et de l'être trouve sa justification ultime en Dieu, créateur du monde et de ses lois d'une part, de la raison humaine et de ses principes d'autre part. Ce en quoi le rationalisme ainsi compris s'accomplit pleinement dans l'idéalisme philosophique, auquel Hegel donnera sa forme la plus systématique, dans la formule : «ce qui est rationnel est effectif, et ce qui est effectif est rationnel» (Préface des Principes de la philosophie du droit).

Il en résulte que la raison, contenant des principes universels et des idées a priori exprimant des vérités éternelles, est immuable et semblable en chaque homme. C'est en ce sens que Descartes, dans le Discours de la méthode, écrit : «Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée», précisant que «la puissance de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on appelle le bon sens ou la raison, est naturellement égale en l'ensemble des hommes.»

Du point de vue de l'origine de nos connaissances, le rationalisme est habituellement opposé à l'empirisme, à l'irrationalisme, ainsi qu'à la révélation :

Rationalisme et empirisme

Selon l'empirisme, l'expérience est la source de toutes nos connaissances. Comme l'explique John Locke dans l'Essai sur l'entendement humain de 1690 :

«Supposons que l'esprit soit, comme on dit, du papier blanc (tabula rasa), vierge de tout caractère, sans aucune idée. Comment se fait-il qu'il en soit pourvu ? D'où tire-t-il cet immense fonds que l'imagination affairée et limitée de l'homme dessine en lui avec une variété presque illimitée ? D'où puise-t-il ce matériau de la raison et de la connaissance ? Je répondrai d'un seul mot : de l'expérience ; en elle , toute notre connaissance se fonde et trouve en dernière instance sa source.»

Cette expérience, c'est celle de nos sens externes, qui nous permet par exemple de former l'idée de couleur, mais également celle de notre pensée en acte, par laquelle nous sommes capables de former l'idée de pensée, ou de raisonnement.

Le rationalisme postule, en effet, l'existence en la raison de principes logiques universels (principe du tiers exclu, principe de raison suffisante) et d'idées a priori, c'est-à-dire indépendantes de l'expérience et précédant toute expérience. Ainsi Descartes admet-il l'existence d'idées a priori et innées telles que l'idée d'illimité, de temps, de nombre, ou l'idée même de Dieu qui est «comme la marque de l'ouvrier sur son ouvrage», idées simples et premières, sans lesquelles l'expérience sensible nous resterait inintelligible : «je considère qu'il y a en nous certaines notions primitives, qui sont comme des originaux, sur le patron desquels nous formons toutes nos autres connaissances» (Lettre à Elisabeth du 21 mai 1643).

Aux yeux du rationalisme, en effet, l'expérience sensible ne saurait donner de connaissance véritable. Platon déjà en dénonçait le caractère fluctuant et relatif, qui ne nous montre qu'un jeu d'ombres inconsistant, et Descartes, dans la première Méditation métaphysique, le caractère trompeur :

«Tout ce que j'ai reçu jusqu'désormais pour le plus vrai et assuré, je l'ai appris des sens ou par les sens : or j'ai parfois éprouvé que ces sens étaient trompeurs, et il est de la prudence de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont une fois trompés.»

Le rationalisme, cependant, nous le verrons plus bas sous sa forme critique, ne répudie pas l'expérience sensible mais la soumet à des formes a priori qui la rendent envisageable et en organisent le donné.

Rationalisme et irrationalisme

Il faut entendre ici par irrationalisme la référence à toute expérience ou toute faculté autre que la raison et n'obéissant pas à ses lois, supposée donner une connaissance plus profonde et plus authentique des phénomènes et des êtres, et laissant place à une frange d'ineffable, de mystère, ou d'inexplicable. Le rationalisme s'oppose en ce sens au mysticisme, à la magie, à l'occultisme, au sentimentalisme, au paranormal ou encore à la superstition. Seuls font autorité les processus rationnels : évidence intellectuelle, démonstration, raisonnement.
C'est au sentimentalisme romantique que s'en prend Hegel dans la préface à la Phénoménologie de l'esprit, quand il évoque cette prétendue philosophie qui «par l'absence de concept se donne pour une pensée intuitive et poétique, jette sur le marché des combinaisons fantaisistes, d'une fantaisie uniquement désorganisée par la pensée – fantastiqueries qui ne sont ni chair, ni poisson, ni poésie, ni philosophie». Celui qui prétend toucher la vérité dans l'expérience ineffable du sentiment intime se condamne au silence ainsi qu'à la solitude de l'incommunicabilité ; «en d'autres termes, il foule aux pieds la racine de l'humanité».

Rationalisme et révélation

D'un point de vue théologique, le rationalisme met en avant la lumière naturelle de la raison par opposition à la connaissance révélée que forme la foi. Contre le fidéisme, il demande que les articles de la foi et les Écritures elles-mêmes soient soumis à l'examen rationnel.

Spinoza, dans le Traité théologico-politique, développe une lecture critique de l'Ancien Testament.
Descartes, dans la préface «aux Doyens et docteurs de la faculté de théologie de Paris» qui précède les Méditations métaphysiques, affirme que «tout ce qui se peut savoir de Dieu peut être montré par des raisons qu'il n'est pas besoin de chercher ailleurs que dans nous-mêmes, et que notre esprit seul est capable de nous apporter». Selon lui en effet, parallèlement à la théologie révélée, l'unique raison nous sert à démontrer l'existence de Dieu par l'argument ontologique, de sorte que l'existence de Dieu découle obligatoirement de son essence, comme il découle obligatoirement de l'essence du triangle que la somme de ses angles égale deux angles droits.

Ainsi, pour Descartes, la recherche de la vérité peut se faire par la raison seule, sans la lumière de la foi (les Principes de la philosophie). Le cogito ergo sum postule que l'homme est une substance intelligente qui peut accéder à la vérité.

Le rationalisme critique

Le rationalisme critique, issu de l'entreprise kantienne, peut se caractériser par trois traits :

La synthèse kantienne

Le développement de la physique expérimentale moderne, à la fin de la Renaissance, avec les figures majeures de Galilée, Torricelli, et Newton, va progressivement conduire à une révision du statut de la raison dans ses relations avec l'expérience. «Hypotheses non fingo», «je ne forge pas d'hypothèses», déclare Newton : la science de la nature réclame l'observation des faits, et ne peut découler de seuls principes a priori. Kant, particulièrement attentif à cette question, en prend acte dans la Critique de la raison pure. Il y distingue trois facultés :

On peut donc estimer que Kant opère la synthèse entre l'empirisme et le rationalisme, en donnant droit à l'un comme à l'autre. Mais cette synthèse s'opère en réalité dans le sens d'un rationalisme critique :

«Que toute notre connaissance débute avec l'expérience, cela ne soulève aucun doute (... ) Mais si toute notre connaissance commence avec l'expérience, cela ne prouve pas qu'elle dérive toute de l'expérience.»

Le donné empirique en effet, donné certes irréductible à la raison, ne peut être organisé et donner lieu à une connaissance qu'à travers les formes a priori de notre esprit :

Si quoique la réalité en soi nous reste à jamais inconnaissable : nous n'avons accès qu'à une réalité phénoménale.

Si par conséquent Kant se détourne du postulat cartésien des idées simples et innées constitutives d'une connaissance pure indépendante de l'expérience (dogmatisme), c'est pour leur substituer les catégories pures de l'entendement qui sont la condition de possibilité de toute expérience envisageable.

L'abandon des prétentions métaphysiques

En conséquence de la critique kantienne, prétendre connaître des objets suprasensibles relève d'un usage illégitime de la raison. Ainsi se trouvent invalidées les tentatives de démonstration rationnelle de l'existence de Dieu : contre l'argument ontologique de Saint Anselme et de Descartes, Kant explique que du simple concept de Dieu, on ne peut en déduire analytiquement l'existence. «J'ai par conséquent dû supprimer le savoir pour lui substituer la croyance.»

C'en est fini des prétentions métaphysiques et du dogmatisme de la raison. Dans les années 1830, Auguste Comte, en son Cours de philosophie positive, décrit en ces termes l'état positif, ou scientifique, auquel est enfin parvenu l'intelligence :

«Enfin, dans l'état positif, l'esprit humain, reconnaissant l'impossibilité d'obtenir des notions absolues, renonce à chercher l'origine et la destination de l'univers, ainsi qu'à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s'attacher seulement à découvrir, par l'usage bien combiné du raisonnement et de l'observation, leurs lois effectives, c'est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude.»

Il s'agit désormais de comprendre comment un phénomène se produit. Les faits observables sont liés par des lois qui en expriment uniquement les relations constantes.

C'est dans cette perspective qu'en 1964, E. Kahane, dans son Dictionnaire rationaliste, peut le définir de la manière suivante : «Le rationalisme comporte explicitement l'hostilité à toute métaphysique, le refus de tout inconnaissable a priori, et l'exclusion de tout autre mode allégué de connaissance, tel que la révélation, l'intuition réduite à elle seule, etc.»

La dialectique expérimentale

Loin d'exclure l'expérience, le rationalisme kantien en fait l'une des deux sources de nos connaissances et réconcilie en ce sens rationalisme et empirisme. Mais il convient de préciser ce qu'on entend par conséquent par «expérience» :

Elle ne saurait consister, comme le croirait un empirisme naïf, en un fait brut, en une vérité du réel se donnant à nous dans l'évidence du constat immédiat. Sans la médiation de la raison en effet, l'expérience resterait muette et ne saurait rien nous enseigner. Les faits ne parlent pas d'eux-mêmes. Kant – il faut toujours ici l'évoquer – y insiste longuement dans la Critique de la Raison Pure :

«[Les physiciens] comprirent que la raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même selon ses propres plans et qu'elle doit prendre les devants avec les principes qui déterminent ses jugements, suivant des lois immuables, qu'elle doit obliger la nature à répondre à ses questions et ne pas se laisser conduire pour ainsi dire en laisse par elle ; car autrement, faites au hasard et sans aucun plan tracé d'avance, nos observations ne se rattacheraient point à une loi indispensable, chose que la raison demande et dont elle a besoin. Il faut par conséquent que la raison se présente à la nature tenant, d'une main, ses principes qui seuls peuvent donner aux phénomènes concordants entre eux l'autorité de lois, et de l'autre, l'expérimentation qu'elle a imaginée selon ces principes, pour être instruite par elle , il est vrai, mais non pas comme un écolier qui se laisse dire tout ce qui plaît au maître, mais, au contraire, comme un juge en fonctions qui force les témoins à répondre aux questions qu'il leur pose.»

Ce qui nous est ainsi schématiquement tracé, c'est la démarche de la science expérimentale telle qu'elle se dessine depuis Galilée :

De la même façon qu'un «homme d'expérience» est non seulement un homme qui a vécu, mais un homme qui a su réfléchir à ce vécu pour en tirer des leçons, l'expérience pour le savant n'a de sens qu'en fonction de problèmes qu'il cherche à résoudre, et d'hypothèses rationnelles qu'il élabore à cette fin. Gaston Bachelard, dans Le nouvel esprit scientifique, l'explique en ces termes :

«(... ) une expérience ne peut être une expérience bien faite que si elle est complète, ce qui n'arrive que pour l'expérience précédée d'un projet bien étudié à partir d'une théorie achevée (... ) Les enseignements de la réalité ne valent qu'autant qu'ils suggèrent des réalisations rationnelles.»

Le système expérimental, effectué en laboratoire, est rationnellement planifié et construit par le chercheur, suivant les hypothèses qu'il veut tester. Il nécessite un appareillage complexe, qui est lui-même le résultat d'un effort théorique antérieur. Comme le précise Bachelard (op. cité)  :

«(... ) il faut que le phénomène soit trié, filtré, épuré, coulé dans le moule des instruments, produit sur le plan des instruments. Or les instruments ne sont que des théories matérialisées. Il en sort des phénomènes qui portent de toutes parts la marque théorique.»

D'où l'expression, par ce même philosophe, de «rationalisme appliqué». L'expérience en laboratoire n'est par conséquent pas le réel à l'état brut, mais un réel reconstruit et sélectif, dans lequel la vérité s'élabore à travers un ensemble d'opérations et de procédures rationnelles qui corrigent notre approche naïve et spontanée. «Rien n'est donné, tout est construit.» Se dessine en ce sens une dialectique expérimentale, un dialogue et une collaboration entre l'expérience et la raison, ouvrant la voie, selon l'expression de Bachelard, à une «épistémologie non cartésienne».

Historicité de la raison

Avec la Phénoménologie de l'esprit, Hegel mettait en avant l'historicité d'une raison qui développe ses formes à travers l'histoire du monde. Comme le fait observer Gilles-Gaston Granger, «la grande découverte hégélienne, c'est le caractère historique de la raison», et cette prise de conscience de l'historicité détermine le rationalisme contemporain. À une conception fixiste de la raison, telle qu'elle apparaît toujours dans les catégories de l'entendement dont Kant entendait dresser une fois pour toutes le tableau complet, s'oppose désormais une conception dynamique de la raison, toujours liée au contexte historique et épistémologique dans lequel elle se déploie.

Bachelard, en introduisant dans La formation de l'esprit scientifique (1938) la notion d'obstacle épistémologique, veut montrer une pensée rationnelle en prise à des «crises de croissance» :

«C'est dans l'acte même de connaître, intimement, qu'apparaissent, par une sorte d'obligation fonctionnelle, des lenteurs et des troubles. C'est là que nous montrerons des causes de stagnation et même de régression, c'est là que nous décèlerons des causes d'inertie que nous appellerons des obstacles épistémologiques.»

Les conquêtes progressives du rationalisme se font par conséquent contre la raison elle-même, de sorte qu'«en revenant sur un passé d'erreurs, on trouve la vérité en un véritable repentir intellectuel.» Passé d'erreurs : généralisation hâtive de la connaissance, habitudes verbales, pragmatisme, substantialisation, réalisme naïf qui sont tout autant d'obstacles que la science dresse face à elle-même. «Préciser, rectifier, diversifier, ce sont là des types de pensées dynamiques qui s'évadent de la certitude et de l'unité et qui trouvent dans les dispositifs homogènes plus d'obstacles que d'impulsions.» L'esprit rationnel, dans le cadre des sciences, doit être un esprit critique toujours en alerte devant ses propres facteurs d'inertie, toujours prompt à remettre en question ses propres conquêtes. «Reste ensuite la tâche la plus complexe : mettre la culture scientifique en état de mobilisation permanente, remplacer le savoir fermé et statique par une connaissance ouverte et dynamique, dialectiser l'ensemble des variables expérimentales, donner enfin à la raison des raisons d'évoluer.»

Dans un même ordre d'idées, Karl Popper, dans La logique de la découverte scientifique, tente de montrer que le caractère d'une théorie scientifique tient à sa réfutabilité. On ne peut en effet, à partir d'expériences singulières, aussi nombreuses soient-elles, conclure à l'universalité d'une loi. Mais on peut la tester : il suffit de montrer une seule observation contraire à un énoncé universel pour être certain que cet énoncé est faux. Le vrai n'est par conséquent pas la simple réciproque du faux, de sorte qu'on ne peut vérifier une hypothèse, mais uniquement essayer de la falsifier. Une théorie ne sera par conséquent tenue pour vraie qu'autant qu'elle résistera aux tests expérimentaux pour la mettre en échec. C'est dire donc que la science progresse par réfutations et expérimentation : rien n'est définitif, la vérité est toujours provisoire.

La raison n'est plus conçue comme un dispositif clos et rigide de principes déterminés a priori, mais bien comme une réalité plastique et dynamique, comme un processus constructif, dont témoigne l'histoire même de la connaissance. Ce qu'on considère comme étant une explication rationnelle dépend par conséquent étroitement du contexte historique dans lequel elle est formulée, de l'état des connaissances, et de l'évolution des techniques d'observation et d'expérimentation. Le concept de probabilité, par exemple, introduit dans les modèles complexes de la science des particules, ou celui de modèle local, ne pouvaient intervenir à titre d'explication rationnelle dans le cadre de la physique galiléenne ou newtonienne. Comme le précise Gilles-Gaston Granger : «Ainsi la science progresse-t-elle par dépassements successifs des formes périmées de la raison (…) L'irrationalité véritable apparaît par conséquent plutôt comme une régression vers des formes anachroniques de l'explication.»

Tel se veut le rationalisme critique, élargi : un rationalisme débarrassé de ses préjugés métaphysiques, intimement mêlé au développement des sciences, qui se construit par dépassement de ses propres formes historiques, et issu d'une conception dynamique de la raison.

Organisations rationalistes en France

Le terme de «rationalisme» est revendiqué par un certain nombre d'organisations proches de l'anti-cléricalisme et du positivisme. Il se distingue, en ce sens restreint, du sens général plus philosophique (le rationalisme philosophique, de Kant ou de Hegel, ne s'oppose nullement à la religion ou à la théologie).

Point de vue chrétien

Point de vue artistique

Références




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