Philosophe

Un philosophe est une personne pratiquant la philosophie. Comme il y a sans doute tout autant de manières de la pratiquer qu'il y a de philosophes, il n'est pas facile de décrire brièvement ce que peut être un philosophe ; néanmoins, l'idée...



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Définitions :

  • philosophie - Recherche et étude des principes de la pensée, de la connaissance de la réalité, et des finalités de l'action humaine; Doctrine, dispositif... (source : fr.wiktionary)

Un philosophe est une personne pratiquant la philosophie. Comme il y a sans doute tout autant de manières de la pratiquer qu'il y a de philosophes, il n'est pas facile de décrire brièvement ce que peut être un philosophe ; néanmoins, l'idée la plus générale qu'on peut s'en faire est probablement celle d'un homme ou d'une femme qui réfléchit avec sa raison sur le monde et la pensée, pour accéder à la sagesse ou pour comprendre le sens de la vie, dans l'espoir d'être plus heureux ou libre. Ces hommes répondent au qualificatif général de philosophes dans la mesure où ils incarnent, plus ou moins bien, un certain type parfait, comme Picasso ou Van Gogh répondent au qualificatif du type de l'artiste ou comme Einstein, le type parfait du scientifique. On reconnaît ainsi en eux des traits caractéristiques de ce qui semble être le type philosophique.

Au sens populaire, est «philosophe» celui qui, face aux petits ou grands événements de l'existence, fait preuve de patience, de courage, de sérénité, et cherche une existence paisible, à la façon des anciens stoïciens ou épicuriens ; en ce sens, on parle de «vivre en philosophe», de «se montrer philosophe». Au sens antique, est «philosophe» la personne qui «cherche la vérité et cultive la sagesse», comme Socrate et Platon, Épicure et Lucrèce, Épictète et Sénèque. Au sens professionnel est «philosophe» celui qui pense de façon conceptuelle, radicale, critique, systématique les grands principes et valeurs de la vie et de la connaissance, par exemple Hume, Kant, Hegel, Heidegger ou Sartre.

Origine du mot «philosophe»

Héraclide du Pont (340 av. J. -C. ) attribue la création du mot «philosophe» à Pythagore (530 av. J. -C. ), lequel ne se présentait pas comme un sage, mais comme «amoureux de la sagesse» (φιλόσοφος)  :

«Pythagore, dit Aétius, fut le premier à employer le terme de'philosophie'[φιλοσοφία : amour de la sagesse].»[1]
«Léon lui demanda sur quel art il s'appuyait ; Pythagore répondit qu'il ne connaissait pas un seul art, mais qu'il était philosophe. Léon s'étonna de ce mot nouveau.»[2]

Il s'étonna peut-être aussi de la modestie : le philosophe n'est pas sage, il se présente uniquement comme un apprenti en sagesse, un amateur de connaissances profondes et de maîtrise de soi.

Les mots «philosophe» et «philosophie» n'ont pris ce sens, classique, qu'avec Platon, lors de sa lutte contre les sophistes[3], qui se prétendaient savants. Le philosophe, dit Platon, est celui qui «aspire à apprendre», l'homme qui désire savoir de façon droite, l'amoureux de connaissance, le «philomathe» (Ménon, 82cd ; La République, II, 376b), et par conséquent seul Dieu est sage.

«L'appeler'sage', c'est , selon moi du moins, employer une expression ambitieuse et qui ne convient qu'à la Divinité. Mais l'appeler ami de la sagesse, 'philosophe', ou d'un nom analogue, à la fois lui irait davantage et serait mieux dans la note.»

— Platon, Phèdre, 278d

Figures historiques du philosophe

Le philosophe antique : un mode de vie

Le philosophe fait de la philosophie une activité libre à laquelle il consacre sa vie. La philosophie suppose un certain genre de vie, ou un art de vivre. Pythagore, là aussi, intervient. Il se distingue par un genre de vie, «le genre de vie pythagoricien» (βίος πυθαγορικός). Et il distingue trois genres de vie : l'action, le gain (ou la gloire), la contemplation.

«Quand Léon, le tyran de Phlionte, lui demanda qui il était, il répondit :'un philosophe'[φιλόσοφος : amoureux de la sagesse]. Et il disait que la vie est comparable à une panégyrie [assemblée de tout le peuple]. De même que certains s'y rendent pour concourir, d'autres pour faire du commerce, tandis que les meilleurs sont ceux qui viennent en spectateurs, de même, dans la vie, les uns naissent esclaves et chassent gloire et richesses, les autres naissent philosophes et chassent la vérité[4]

L'Antiquité a médité sur le thème de l'accord entre la pensée et la vie. Platon, dans le Lachès (188 d) parle de «la vie qui mettra les actes à l'unisson avec les paroles». Épictète, dans ses Entretiens (I, 29, 55-57) y insiste :

«Ne peux-tu pas appliquer ce qu'on t'a enseigné ? Les raisonnements, ce n'est pas ce qui manque ; les livres sont pleins de ceux des stoïciens. Qu'est-ce qui manque donc ? l'homme qui les appliquera, qui, par la pratique, rendra témoignage pour eux. Prends ce rôle pour que nous n'ayons plus à nous servir, dans l'école, de l'exemple des Anciens, mais que nous ayons aussi des exemples de notre temps.»

Platon donne comme origine au philosophe l'étonnement : «Cet état, qui consiste à s'émerveiller, est particulièrement d'un philosophe.»[5] Par la suite, sur le «naturel philosophe», il donne le trait caractéristique, dans La République (II, 376)  : il y a «désir de connaître et amour du savoir, ou philosophie». Et cette activité consiste à chercher le Vrai, le Beau, le Juste, par conséquent des valeurs, des normes, des principes, des idéaux, par-delà les choses sensibles, cela avec une sagesse et dans une vision globales. D'une part, «le philosophe a envie de sagesse, non d'une sagesse et pas d'une autre, mais de la totalité de ce qu'elle est»[6]. D'autre part, il parvient à une vue synoptique : il prend «une vue d'ensemble de ce qui est disséminé»[7]. Finalement, Platon oppose deux modes de vie : la vie active et la vie contemplative[8], mais lui-même a mené une vie contemplative axée sur la vision du Beau ou du Bien, et une vie active marquée par la fondation de l'Académie et ses efforts pour conseiller un État juste à Syracuse.

Aristote insiste sur le désir de savoir, commun aux hommes, mais central chez le philosophe : «Tous les hommes désirent naturellement savoir»[9]. Plus exactement, pour Aristote[10], le philosophe est un chercheur universel : il possède la totalité du savoir, mais uniquement au niveau des principes les plus élevés (par exemple la loi logique de non-contradiction) et des causes premières et les plus générales (par exemple la cause motrice, l'obligation)  ; profond : il pense des choses complexes, abstraites, générales, éloignées des sens, comme l'Être ; précis ; instructif ; désintéressé : il veut savoir dans l'unique but de savoir, savoir ce qui est universel et nécessaire ; enfin, dominant : «il ne faut pas que le philosophe reçoive, mais qu'il donne des lois». Au final, «si le bonheur est la sagesse, il est manifeste que c'est aux seuls philosophes qu'il appartiendra de vivre heureux»[11].

Une révolution dans notre conception du philosophe grec a été faite par Pierre Hadot. Il a démontré que, pour les Anciens, le philosophe se signale moins par des opinions, des théories, que par un «enseignement oral» et par un «mode de vie». «Cet enseignement oral, et les œuvres écrites qui en émanent, ne communiquent pas un savoir tout fait, mais ils sont destinés avant tout à former un savoir faire, à un savoir discuter, à un savoir parler, qui permettra au disciple de s'orienter dans la pensée, dans la vie de la cité, ou dans le monde. (... ) La philosophie est un mode de vie qui comporte comme partie intégrante un certain mode de discours.» Socrate veut «rendre meilleurs» les hommes ; chez Platon, «la dialectique n'est pas uniquement un exercice logique, mais c'est le dialogue de deux âmes qui ne s'élèvent vers le quoique parce qu'elles s'aiment» ; chez Aristote «la vie théorétique n'est pas une pure abstraction, mais une vie de l'esprit»[12].

Le philosophe à la fin de l'Antiquité : un mage ?

Le philosophe, par Rembrandt

À la fin de l'Antiquité, depuis le IIIe siècle av. J. -C. [13] jusqu'à la fin du Ve siècle, le mot «philosophe» prend souvent le sens de «docteur ès sciences occultes»[14]. «C'est un titre dont les alchimistes aimaient spécifiquement se parer»[15]. La plupart de philosophes se lance dans la théurgie (Jamblique, Proclos), la magie (Apulée), l'alchimie (Synésios, Olympiodore d'Alexandrie le Jeune) [16], l'astrologie, la numérologie... Inversement, les mages (Nigidius Figulus, Apollonius de Tyane, Maxime d'Éphèse), les alchimistes (Bolos de Mendès, Zosime de Panopolis), les hermétistes du Corpus Hermeticum se disent «philosophes» ou «pythagoriciens»[17]. Hermès Trismégiste, autorité mythique des hermétistes et des alchimistes, sera nommé «le Père des philosophes», «très ancien théologien et excellent philosophe» ou «grand philosophe, prêtre et roi», et Zosime de Panopolis, le premier grand alchimiste (vers 300), est nommé «la couronne des philosophes».

Les hermétistes prétendent représenter la vraie philosophie :

«Il n'y aura plus, après nous, aucun amour sincère de la philosophie, laquelle consiste dans l'unique désir de mieux connaître la divinité par une contemplation habituelle et une sainte piété. Car énormément la corrompent d'une illimitété de manières... Par un astucieux travail, ils la mêlent à diverses sciences inintelligibles, l'arithmétique, la musique et la géométrie. Mais la pure philosophie, celle qui ne dépend que de la piété envers Dieu, ne doit s'intéresser aux autres sciences que pour admirer comment le retour des astres à leur position première; leurs stations déterminées et le cours de leurs révolutions solaires obéissent à la loi des nombres et pour se trouver (... ) portée à admirer, adorer et bénir l'art et l'intelligence de Dieu[18]

Le philosophe au Moyen-Âge : les philosophantes

Article détaillé : Philosophie chrétienne.

Même si l'expression est postérieure au Moyen-Âge, la fameuse théorie de la "philosophie servante de la théologie" (philosophia ancilla theologiæ) remonte à la fin du IIe s., avec Clément d'Alexandrie, dans les Strômates (I, 5).

«Dieu est le principe de toutes choses bonnes, les unes immédiatement, comme l'ancien et le nouveau Testament, les autres comme secondairement, comme la philosophie. Peut-être même la philosophie a-t-elle été donnée aux Grecs au même titre de l'Écriture [sainte], avant que le Seigneur les appelât. La philosophie est par conséquent une étude préparatoire, c'est elle qui ouvre la route à celui que Jésus-Christ mène à la perfection. Probablement la Vérité n'a qu'une voie, mais d'autres ruisseaux lui arrivent de divers côtés, et se jettent dans son lit comme dans un fleuve éternel[19]

Cette expression sera reprise par Thomas d'Aquin au XIIe siècle, au cours de la période dite scolastique. Durant cette prédiode, la théologie avait pris le pas sur la philosophie. Cependant, après l'entrée d'Aristote en théologie, les théologiens se mirent à la réflexions philosophique. Ils se nommèrent eux-mêmes des philosophantes (des théologiens philosophants) [20].

Le pape Grégoire IX, par la bulle Parens scientiarum (Père des sciences) , exige «que les maîtres de théologie ne jouent pas aux philosophes» (nec philosophos se ostentent), à plus forte raison les maîtres ès-arts.

Existe-t-il une «philosophie chrétienne» ? La question fait rage actuellement. Laquelle, de la raison ou de la foi, doit diriger l'autre ? Les options sont contradictoires. Dès son premier livre, en 386, saint Augustin met le doigt sur le problème de méthode ou de croyance qui se pose à un philosophe chrétien : faut-il suivre la voie de la foi (via fidei) ou la voie du raisonnement (via rationis)  ? Il choisit les deux : «Je désire ardemment saisir la vérité non seulement par la foi mais toujours par l'intelligence»[21]. Plusieurs combinaisons sont envisageables : foi seule (Pierre Damien), intelligence seule (Pierre Abélard), priorité à la foi (Boèce, Thomas d'Aquin), priorité à l'intelligence (Roger Bacon), foi en quête d'intelligence (Augustin, Anselme de Cantorbéry), foi et intelligence en complémentarité, en autonomie (Lanfranc de Pavie) ou peut-être même en contradiction (Averroès, Boèce de Dacie et Siger de Brabant, selon une tradition qui parle – à tort - de «double vérité»). Force est de reconnaître que les principaux philosophes du Moyen Âge sont , quant à leur statut, moines, prêtres, papes, et , quant à leur spécialité, théologiens.

Le philosophe des Lumières : du militantisme

Une autre grande figure du philosophe est celle du philosophe des Lumières. Les plus illustres sont , en France, Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau, d'Alembert, Helvétius, d'Holbach ; en Angleterre, Toland et Hume ; en Allemagne : Wolff, Lessing et Kant. Le philosophe des Lumières croit au progrès, il pratique le libre examen, il conteste la religion révélée.

«La physionomie du philosophe se transforme : moins théologien, moins savant, il est , de plus en plus, l'honnête homme qui se tient au courant de l'avancement des sciences, prend parti dans l'ensemble des querelles, se passionne pour les questions politiques en principe ou par l'action, et , en particulier, devient homme de lettres : la philosophie, désormais, s'exprime par des contes, par le théâtre, par des romans. La question reste ouverte de savoir si les philosophes jouent vraiment un rôle. La fin du siècle (répondra) en philosophie théorique, pure, par Kant, et , en pratique, par la Révolution française[22]

Bien après la philosophie des Lumières, Charles Peirce caractérise ainsi le philosophe, à partir de la figure de Kant :

«Kant possédait à un haut degré les sept qualités mentales d'un philosophe : 1) aptitude à discerner ce qui est donné à sa conscience, 2) originalité inventive, 3) puissance de généralisation, 4) subtilité, 5) sévérité critique, 6) démarche systématique, 7) énergie, diligence, persévérance et dévotion exclusive à la philosophie[23]

Le philosophe d'aujourd'hui : la déconstruction ou la construction phénoménologique

Comment caractériser le philosophe d'aujourd'hui (en France : Michel Foucault, Jules Vuillemin, Jacques Derrida, Michel Onfray... )  ? Luc Ferry retient ces traits-ci[24] :

  1. «Plus aucun philosophe ne se risquerait actuellement à forger un'système'philosophique.»
  2. «La philosophie contemporaine a été pour la majeure partie une déconstruction de l'idéalisme allemand, de la philosophie de la subjectivité telle que Descartes l'avait mise en place. La philosophie devient historienne en déconstruisant les grandes théories du passé.» (La philosophie déconstructive prétend mettre en pièces ou mettre à nu les fondations de la maison philosophie, grâce à une généalogie, une herméneutique ou une réévaluation. Cela remonte à Nietzsche et Heidegger et triomphe avec Derrida).
  3. «Au fil des années soixante, quelque part entre Sartre et Foucault déjà, l'image du philosophe s'est dédoublée en France comme jamais dans les siècles passés. D'un côté le professeur, qui n'est pas obligatoirement un penseur original, mais avant tout un historien de la philosophie. De l'autre, l'essayiste, "l'intellectuel" qui intervient dans le débat public. Le commentaire d'un côté, l'engagement de l'autre, mais point, là comme ici, de créateur singulier.»
  4. «La philosophie moderne semble fréquemment particulièrement "technique", volontiers spécialisée dans des champs spécifiques du savoir (l'épistémologie, la philosophie du droit, de l'éthique, de la politique, du langage, l'histoire des idées, etc. ), elle est devenue, pour la majeure partie, une discipline scolaire ou universitaire, parmi d'autres.»

Profils didactiques du philosophe

Les philosophes se divisent, quant aux idées, en de nombreuses doctrines : rationalisme/empirisme, spiritualisme/matérialisme, dogmatisme/scepticisme/relativisme... Mais ils se distinguent aussi, au sein du mode de vie philosophique, par leurs profils de penseurs, leurs styles de pédagogues, leurs manières en méthodologie.


Les deux esprits philosophiques
selon William James
esprit tendre esprit dur
rationaliste (principes) empiriste (faits)
intellectualiste sensualiste
idéaliste matérialiste
optimiste pessimiste
religieux irreligieux
volontariste fataliste
moniste pluraliste
dogmatique sceptique

Philosophie, culture, société, État

Le philosophe et sa culture

La plupart des grands philosophes étaient aussi des scientifiques pratiquant plusieurs disciplines. La totalité de ces disciplines leur permettait de se construire une représentation de l'univers comportant plusieurs perspectives plus ou moins solidaires (biologique, physique, philosophique, etc. ).

La valorisation de la connaissance dans la culture occidentale fait que le philosophe est beaucoup reconnu, à tort ou à raison, comme le sommet du prestige intellectuel. Mais ce statut est aussi fréquemment remis en cause, et cela pour des raisons qui apparaissent depuis l'Antiquité, comme par exemple l'instrumentalisation de la philosophie par des opportunistes, ou parce qu'il arrive qu'il y ait des malentendus sur ce qu'on peut attendre de la philosophie. Ce prestige de la philosophie a aussi souffert du développement du monde moderne et de la professionalisation de cette discipline.

Dans le monde moderne, le philosophe peut paraître inutile, d'une part face aux sciences qui prétendent quelquefois être la source unique de la connaissance, d'autre part face aux idéaux de confort et de bien-être des sociétés démocratiques, idéaux soutenus par la science. L'esprit moderne n'est par conséquent peut-être pas compatible avec la discipline de l'esprit et de la vie exigée par une pratique de la philosophie qui ne semble pas rentable. Énormément plus, aux yeux du philosophe, la culture moderne comporte bien des aspects pour le moins douteux. La «substitution» de la philosophie par les sciences à l'époque moderne est en quelque sorte un parricide. La pensée philosophique est , en effet, à l'origine de toute pensée rationnelle en Occident.

Dans la Grèce antique, modèle de modernité à son époque, les gens faisaient toujours appel aux mythes, aux opinions pour expliquer les mystères du monde. Ce n'est qu'avec l'arrachement de conscience que forme la philosophie, l'effort fait pour se dégager du mythe par les philosophes, que la pensée occidentale a pu accéder à un niveau rationnel de réflexion. Elle a ainsi donné naissance à la pensée rationnelle, logique, qui est le substrat indispensable à toutes autres sciences ultérieures[31], [32].

Le philosophe peut par conséquent apparaître soit comme un vestige archaïque de temps révolus, soit au contraire comme un défenseur d'une vie authentique menacée par la rationalisation outrancière des sociétés marchandes et par la dévalorisation que de tels dispositifs de consommation font subir aux individus. Ainsi, si la place des philosophes dans la société est un problème soulevé depuis Platon, ce problème est remarquable au XXIe siècle par la force avec laquelle il se pose : il remet en cause la légitimité même de la philosophie.

Le philosophe et sa société

Dans un essai, Pierre Riffard[33] a isolé quelques caractéristiques du philosophe, à travers les âges, depuis Thalès jusqu'à Jean-Paul Sartre.

Le philosophe conseiller politique

Le philosophe s'est fait, quelquefois, «conseiller du Prince», généralement de façon maladroite et inefficace.

Dans la Grèce antique, plusieurs philosophes se sont occupés activement et quasiment de politique, pas uniquement dans leurs livres :

Enfin,

Du côté des néo-platoniciens, on peut rappeler que :

Dans les temps modernes, on voit :

Le dernier mot revient à Pascal : «Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher»[38].

Critiques

Pierre Thuillier écrivit contre les philosophes professionnels un pamphlet appelé Socrate fonctionnaire, essai contre l'enseignement de la philosophie à l'université. Perçu lors de sa sortie comme un suicide professionnel, l'ouvrage rencontra cependant le succès.

Citations

Notes et références

  1. Aétius, Opinions (VIes. ), I, 3, 8, trad. du grec Jean-Paul Dumont, Les présocratiques, Paris, Gallimard, coll. "Pléiade", 1988, p. 570.
  2. Cicéron, Tusculanes (45 av. J. -C. ), V, 3, § 8, trad. du latin Émile Bréhier, Les stoïciens, Paris, Gallimard, "Pléiade", 1962, p. 364.
  3. Platon montre cependant Socrate usant de procédé sophistes, ainsi dans Le Banquet où il fait «démontrer» par ce dernier que l'amour est laid, dans la mesure où il recherche la beauté et qu'on ne recherche que ce dont on manque
  4. Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres (vers 200), VIII, 8, trad. du grec, Paris, Le livre de poche, coll. «La pochothèque», 1999, p. 947.
  5. Platon, Théétète, 155 d.
  6. Platon, La République, V, 475 b.
  7. Platon, Phèdre, 265 d.
  8. Platoin, Gorgias, 500 c ; Théétète, 172-176 ; Le politique, 258 e.
  9. Aristote, Métaphysique, A, 1, trad. J. Tricot, Vrin.
  10. Aristote, Métaphysique, A, 2.
  11. Aristote, Invitation à la philosophie (Protreptique) (366 av. J. -C.  ?), trad., Paris, Fayard, coll. «Mille et Une Nuits», 2000, p. 38.
  12. Pierre Hadot, Études de philosophie ancienne, Paris, Les Belles Lettres, coll. «L'âne d'or», 1998, p. 207-258. Voir aussi Exercices spirituels et philosophie antique, Paris, Institut d'études augustiniennes, 1981 ; Qu'est-ce que la philosophie antique ? (1995), Paris, Gallimard, "Folio".
  13. André-Jean Festugière, La Révélation d'Hermès Trismégiste, Les Belles Lettres, 1944, rééd. 1981, t. 1, p. 131 ss., 187 ss.
  14. Franz Cumont, L'Égypte des astrologues, Bruxelles, 1937, p. 122. André-Jean-Festugière, La révélation d'Hermès Trismégiste, t. I, p. 37.
  15. Michèle Mertens, in Les alchimistes grecs, t. IV. 1 : Zosime de Panopolis. Mémoires authentiques, Les Belles Lettres, 1995, p. 67.
  16. C. Lacombrade, Synésios de Cyrène, hellène et chrétien, Paris, 1951, p. 64-71. Mais il s'agit peut-être de deux Synésios : Synésios le Néoplatonicien (v. 370-vers 413) et Synésios l'Alchimiste. De même pour Olympiodore : Olympiodore d'Alexandrie le Jeune (vers 550) et Olympiodore l'Alchimiste (fin du IVe siècle ?). J. R. Martindake, The Prosopography of the Later Roman Empire, Cambridge, 1980, p. 800.
  17. P. Kingsley, Ancient Philosophy, Mystery and Magic, Oxford University Press, 1995.
  18. Corpus Hermeticum (100-300), XIX : Asclépius (IVe s.  ; version latine), § 13, trad. André-Jean Festugière, Les Belles Lettres, 1960, t. 2, p. 311.
  19. Clément d'Alexandrie, Strômates (vers 190), I, 5.
  20. sur ce point, voir surtout Étienne Gilson, L'Esprit de la philosophie médiévale, Vrin, 1932.
  21. Saint Augustin, Contre les Académiciens, III, 20, [43].
  22. Yvon Bélaval, «Le siècle des Lumières», in Histoire de la philosophie, Paris, Gallimard, coll. «Pléiade», 1973, p. 601-608.
  23. Charles Peirce, Collected Papers, t. I, § 522.
  24. Luc Ferry, apud Jean-François Dortier (coord. ), Philosophies de notre temps, Auxerre, Éditions des sciences humaines, 2000 ; Luc Ferry et Alain Renaud, Philosopher à 18 ans, Paris, Bernard Grasset, 1999, p. 289, 293.
  25. Platon, Le sophiste, 247 c et 248 a.
  26. Leibniz, Opuscules et fragments inédits, édition Louis Couturat (1903), Hildesheim, G. Olms, 1988, p. 170. Voir François Duchesneau, Leibniz et la méthode de la science, Paris, PUF, 1993, p. 88, 79.
  27. Leibniz, Opuscules et fragments inédits, p. 557.
  28. Nietzsche, Par-delà le bien et le mal (1886), VI, § 211.
  29. William James, Le pragmatisme (1907).
  30. [1]
  31. Jean-Pierre Vernant, Les origines de la pensée grecque (1962), Paris, PUF, "Quadrige", 2007.
  32. Alexandre Koyré, Études galiléennes, Paris, Hermann, 1939, 3 t.  ; Du monde clos à l'univers illimité (1957), trad. de l'an., Paris, Gallimard, "Tel", 1988, 350 p.
  33. Pierre Riffard, Les philosophes : vie intime, Paris, PUF, "Perspectives critiques", 2004.
  34. Platon, lettre VII, 331-333 ; lettre VIII, 352 : Lettres, trad. Luc Brisson, Paris, Garnier-Flammarion, 1994.
  35. Lucien Jerphagnon, Au bonheur des sages, Desclée de Brouwer, 2004, p. 142.
  36. Philippe Soulez, Bergson politique, PUF, 1989, 409 p.
  37. Emmanuel Davidenkoff, Luc Ferry, une comédie du pouvoir, Hachette, 2004
  38. Blaise Pascal, Pensées, édition Léon Brunschvicg (1897), Classiques Hachette, p. 321.
  39. [2]

Voir aussi

Bibliographie

Classiques

(par ordre chronologique)

Études

(par ordre alphabétique)

Lien externe

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