Pérennialisme
Le pérennialisme, toujours nommé école traditionaliste est une école de pensée qui a pris sa forme actuelle avec les œuvres de René Guénon mais ses adhérents considèrent ses préceptes comme immémoriaux...
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Courant philosophique - Pérennialisme - Philosophie du XXe siècle
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Page(s) en rapport avec ce sujet :
- Comme pour Guénon le «pérennialisme» a eu pour eux comme but logique, ontologique et métaphysique l'installation définitive dans la dernière tradition... (source : annales.univ-mosta)
- ... L'école traditionaliste P91. Pour Guénon et ses continuateurs, la tradition n'a pas une origine humaine et peut être reconnue comme un... (source : hum-hum.monblogue.branchez-vous)
- ... Tout comme René Guénon et Frithjof Schuon, Martin Lings fut séduit par la philosophie pérenne. Le pérennialisme, nommé aussi école traditionaliste, ... à la lumière de la tradition et des prophètes) que Sheikh Sirâj... (source : islamophile)
Le pérennialisme, toujours nommé école traditionaliste (ou traditionisme ou encore traditionnisme) (à ne pas confondre avec le traditionalisme catholique) est une école de pensée qui a pris sa forme actuelle avec les œuvres de René Guénon[1] mais ses adhérents considèrent ses préceptes comme immémoriaux et se retrouvant dans l'ensemble des traditions authentiques, la rapprochant surtout de l'ancienne expression hindoue Sanatana Dharma.
Les autres figures fondatrices de l'école traditionaliste sont le philosophe alémanique Frithjof Schuon et le Srilankais Ananda Coomaraswamy. Sont apparues ensuite les figures de Titus Burckhardt, Martin Lings, Seyyed Hossein Nasr et Georges Vallin.
Définitions
Selon Antoine Faivre[2], les trois postulats du pérennialisme sont l'existence d'une Tradition essentielle, l'incompatibilité entre modernité et Tradition et la possibilité de retrouver cette Tradition par une ascèse intellectuelle et spirituelle.
Tradition et pluralité des religions
Rejetant l'idée de progrès et le paradigme des Lumières, les auteurs pérennialistes décrivent le monde moderne comme une pseudo-civilisation décadente, dans laquelle se manifestent les pires aspects du Kali Yuga (l'âge sombre de la cosmologie hindou). À «l'erreur moderne», les pérennialistes opposent une sagesse immuable d'origine divine, une «Tradition Essentielle», transmise depuis l'origine de l'humanité et restaurée en partie par chaque fondateur d'une nouvelle religion. Les pérennialistes ont une définition toute spécifique de la «Tradition». Elle implique l'idée d'une transmission (tradere), mais pour Guénon et ses continuateurs, la tradition n'a pas une origine humaine et peut être reconnue comme un ensemble de principes révélés et reliant l'homme à son origine divine.
Par-delà la diversité des formes religieuses, ils discernent une unique Tradition (avec une majuscule), que Schuon nomme une «unité transcendante». Ils prétendent que les traditions historiquement scindées ne partagent pas uniquement la même origine divine mais sont basées sur les mêmes principes métaphysiques, quelquefois nommés philosophia perennis.
Le terme «philosophia perennis» est moderne, apparaissant à la Renaissance. Il est le plus souvent associé au philosophe Leibniz qui le doit lui-même au théologien du XVIe siècle Augustinus Steuchius. Mais cet parfait philosophique est plus ancien on peut le retrouver dans la Chaîne d'or (seira) du néoplatonisme, dans le platonisme lui-même, dans la Patristic Lex essentielis, et le relier à la Din al-Fitra islamique ou même à la Sanathana Dharma hindoue.
La redécouverte de la Sophia Perennis
L'auteur français, René Guénon (1886-1951) fut en un sens le pionnier de la redécouverte de cette Philosophia Perennis ou mieux Sophia Perennis au XXe siècle.
Sa thèse, beaucoup partagée par les principaux auteurs pérennialistes qui lui ont succédé, est que les religions abrahamiques ont une structure associant exotérisme et ésotérisme.
L'exotérisme, aspect extérieur de la religion, est constitué par les rites religieux et une théologie morale mais aussi dogmatique. Le point de vue exotérique est caractérisé par sa nature «sentimentaliste», plutôt que purement intellectuelle et demeure principalement limité. Fondé sur la doctrine de la création et la dualité qui en découle entre Dieu et sa création, l'exotérisme n'offre pas de moyens de transcender les limites de l'état humain. L'objectif en est seulement le salut religieux que Guénon définit comme un état de perpétuelle béatitude dans un paradis céleste.
Dans la vision Traditionaliste, l'ésotérisme est plus que le complément de l'exotérisme, l'esprit par opposition à la lettre, le noyau comparé à la coquille. L'ésotérisme a — du moins de jure — une autonomie totale comparé à la religion car sa substance principale est la Tradition Essentielle elle-même. Fondé sur la pure métaphysique — par laquelle Guénon entend une connaissance suprarationnelle du Divin, une gnose, et non un dispositif rationnel ou un dogme théologique — son but est la réalisation des états supérieurs de l'être et finalement l'union entre l'individu et le Principe. Guénon nomme cette union l'«identité suprême».
Par le Principe, Guénon et Schuon entendent davantage que le dieu personnel de la théologie exotérique : l'Essence supra-personnelle, l'Au-delà de l'Être, l'Absolu à la fois totalement transcendant et immanent à la manifestation. Selon eux l'essence principale de l'individu est non-différent de l'Absolu lui-même. Guénon se réfère ici aux concepts védiques Brahma (Principe), Atma (Soi) et Moksa (Délivrance). Cette référence n'est pas accidentelle ou circonstancielle : Pour Guénon, le Sanathana Dharma hindou représente en fait «l'héritage le plus direct de la Tradition Essentielle». D'une façon plus générale, les grandes traditions de l'Asie (Advaita Vedanta, Taoisme et Bouddhisme mahayana) ont un rôle paradigmatique dans ses écrits. Il les considère comme l'expression la plus rigoureuse de la pure métaphysique, cette sagesse supra-formelle et universelle n'étant néanmoins en elle-même ni orientale ni occidentale.
Au contraire des religions sémitiques, ces religions asiatiques n'ont pas de structure ésotérisme/exotérisme qui n'est apparue que plus tard dans le cycle historique, dans une époque de décadence spirituelle grandissante, où la grande majorité des gens n'étaient plus «qualifiés» pour comprendre les vérités métaphysiques et les possibilités transcendantes de l'état humain.
La critique de la modernité
Pour Guénon, dans La Crise du monde moderne, la fin de ce processus de dégradation est la modernité elle-même, en laquelle se manifestent les pires possibilités du Kali Yuga. Guénon nomme aussi notre époque le Règne de la Quantité, parce que l'homme et le cosmos sont de plus en plus déterminés, ontologiquement parlant, par la matière. La tragédie du monde occidental depuis la Renaissance est , selon lui, qu'il a perdu presque tout contact avec la Sophia Perennis'et le Sacré. En conséquence, dans le contexte occidental, il est virtuellement impossible pour une âme en quête de spiritualité de recevoir une initiation valable et de suivre un chemin ésotérique.
Il est important de mentionner ici que quoique Guénon ait influencé un personnage comme Julius Evola, aucun des principaux auteurs traditionalistes n'a partagé les idées politiques d'Evola. Ses écrits sont le plus souvent vus dans les cercles les plus traditionalistes comme une déviance antirespectant les traditions, fondée sur une inversion de la hiérarchie entre la contemplation et l'action. Les auteurs traditionalistes étaient plutôt apolitiques, quoique de tendance conservatrice, évitant toute activité politique.
La voie initiatique
Bien qu'il ait milité dans ses premiers ouvrages pour une restauration de l'«intellectualité» respectant les traditions en Occident sur la base du catholicisme et de la Franc-maçonnerie, il est clair que Guénon a rapidement abandonné cette idée. Ayant dénoncé les leurres de la théosophie et l'occultisme, deux influents mouvements florissants à cette époque, Guénon fut initié en 1912 dans l'ordre Shadhili et partit au Caire en 1930 où il passa le reste de sa vie comme musulman Soufi. À ces nombreux correspondants, il désignait clairement le soufisme comme la forme la plus accessible de tradition initiatique pour les occidentaux désireux de trouver ce qui n'existe plus en Occident : une voie initiatique de connaissance (Jnana or Gnose), comparable à la Advaita.
De fait, quoique Ananda Coomaraswamy fût hindou, de nombreux continuateurs de Guénon tels que Frithjof Schuon, Martin Lings, Titus Burckhardt furent initiés au soufisme. D'autres demeurèrent chrétiens, surtout le philosophe des religions Jean Borella. Marco Pallis était bouddhiste. Les représentants les plus influents de cette école en Europe du Nord sont les musulmans convertis : Kurt Almqvist, Tage Lindbom et Ashk Dahlén.
Influence dans le milieu académique
On peut penser que la pensée traditionaliste a eu une influence importante, quoique discrète, dans le domaine des sciences comparatives des religions et spécifiquement sur Mircea Eliade dans sa jeunesse, quoiqu'il ne fut pas lui-même membre de cette école. Des chercheurs contemporains comme Huston Smith, William Chittick, Harry Oldmeadow, James Cutsinger et Seyyed Hossein Nasr ont promu le pérennialisme comme alternative à l'approche laïque et profane des phénomènes religieux.
Études académiques sur le Traditionalisme
Le traditionalisme et l'école traditionaliste sont un champ d'études de l'histoire de la pensée, des sciences des religions et de la sociologie des religions. Ces études se focalisent sur la vie et l'œuvre de René Guénon, de ses continuateurs, mais aussi des groupes et institutions de cette mouvance.
Histoire
Les études sur le Traditionalisme ont commencé en 1971 avec la publication d'un article de Jean-Pierre Laurant : «Le problème de René Guénon» dans la Revue de l'histoire des religions. Durant les années 1980, les travaux universitaires en anglais se sont focalisés essentiellement sur Julius Evola à cause de son influence sur la politique italienne dans les années 1970 ; en même temps, les études en français sur René Guénon lui-même se sont développées. Ce n'est pas avant les années 1990 qu'ont été publiés en anglais des travaux académiques sur le phénomène plus vaste du Traditionalisme. Cet intérêt s'est toujours étendu au début des années 2000 du fait de l'influence croissante de l'activiste politique russe Alexandre Douguine.
Controverses
Les Traditionalistes sont fréquemment hostiles aux travaux des universitaires. Guénon lui-même les tenait en piètre estime, les voyant comme faisant partie du problème de la modernité, et ses continuateurs ont généralement un point de vue identique.
Des controverses ont suivi la publication du livre de Mark Sedgwick Against the Modern World (Contre le monde moderne) en 2004 : Tandis que les universitaires et d'autres qui n'étaient pas de la mouvance Traditionaliste ont fréquemment salué l'ouvrage, [1] [2], comme le firent aussi certains Traditionalistes, d'autres Traditionalistes ont publié des compte-rendus extrêmement hostiles, attaquant non seulement le livre mais également son auteur, l'accusant de divers motifs personnels le discréditant, surtout d'être «une sorte d'espion euro-atlantiste» et de n'avoir lui-même «pas été autorisé à entrer dans un ordre initiatique "Traditionaliste"[3].» Sedgwick a rejeté ces accusations, et maintenu que ses motivations étaient les mêmes que celles de n'importe quel historien.
Notes et références
- ↑ Le terme Sophia Perennis (sagesse pérenne) remontant quant à lui à la Renaissance.
- ↑ «L'historien et le pérennialisme», Politica Hermetica, n°10 (L'histoire cachée entre histoire révélée et histoire critique, 1996), 68-72.
- ↑ (en) Róbert Horváth, «A Critique of Against the Modern World by Mark Sedgwick»
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d'une traduction de l'article de Wikipédia en anglais intitulé «Traditionalist School» (voir la page de discussion) .
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d'une traduction de l'article de Wikipédia en anglais intitulé «Study of Traditionalism» (voir la page de discussion) .
Bibliographie
Pour des biographies spécifiques plus complètes voir les articles René Guénon et Julius Evola.
École traditionaliste
- Alexandre Douguine, Julius Evola et la Russie, Ars magna, 2005.
Religion comparée
- William W. Quinn, Jr., The Only Tradition (1996) ISBN 0791432130
- Seyyed Hossein Nasr, Knowledge and the Sacred (1989) ISBN 0-7914-0177-4
- Harry Oldmeadow, Traditionalism : Religion in the Light of the Perennial Philosophy (2000) ISBN 955-9028-04-9
- Huston Smith, Forgotten Truth : The Common Vision of the World's Religions (1976), reprint ed. 1992, Harper SanFrancisco, ISBN 0-06-250787-7
Études académiques sur l'école traditionaliste
- Sur Guénon en français
- Jean-Pierre Laurant, «Le problème de René Guénon», Revue de l'histoire des religions (1971).
- Marie-France James, Ésotérisme et Christianisme : autour de René Guénon (1981)
- Pierre-Marie Sigaud, éd., René Guénon [Dossiers H] (1984)
- Jean-Pierre Laurant et Paul Barbanegra, eds, René Guenon [Cahier de l'Herne] (1985)
- Antoine Faivre, éd, dossier sur le Pérennialisme, Aries 11 (1990)
- Sur Evola en anglais
- Roger Griffin, «Revolts Against the Modern World : The Blend of Literary and Historical Fantasy in the Italian New Right», in Literature and History (1985)
- Franco Ferraresi, «Julius Evola : Tradition, Reaction and the Radical Right», in Archives européennes de sociologie (1987)
- Travaux généraux récents
- Mark Sedgwick, Against the Modern World : Traditionalism and the Secret Intellectual History of the Twentieth Century ISBN 0-19-515297-2
- Jean-Pierre Laurant, René Guénon : Les enjeux d'une lecture (2006) ISBN 2-84454-423-1
- Sur le Traditionalisme en anglais
- Carl W Ernst, «Traditionalism, the Perennial Philosophy and Islamic Studies», MESA Bulletin (1994)
- Andrew Rawlinson, The Book of Enlightened Masters : Western Teachers in Eastern Traditions ISBN 0-8126-9310-8
Sites externes en complément des ouvrages académiques
- www. traditionalists. org, site web de Mark Sedgwick sur les études académiques des Traditionalistes et du Traditionalisme.
Autres
- Sur Evola en français
- Alexandre Douguine, Julius Evola et la Russie, Ars magna, 2005.
- Arnaud Guyot-Jeannin, Julius Evola, L'Âge d'Homme, 1997.
- Thierry Jolif, Evola envers et contre tous !, Dualpha, 2001.
- Jean-Paul Lippi, Evola, Pardès, 1999.
- Jean-Paul Lippi, Julius Evola, métaphysicien et penseur politique, Âge d'homme, 1998.
- Claudio Mutti, Julius Evola et l'islam, Ars magna, 2004
- Claudio Mutti, La Grande influence de René Guénon en Roumanie, suivi de Julius Evola en Europe de l'Est, Akribeia, 2002.
- Paolo Taufer, Les Jeunes et les ruines de Julius Evola, Éditions du Sel, 2005.
Voir aussi
Liens externes
- Site sur l'école pérennialiste/traditionaliste
- Interview de Huston Smith sur la Tradition essentielle.
Recherche sur Amazone (livres) : |
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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 09/03/2010.
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