Paracelse

Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim, dit Paracelse, né en 1493 ou 1494 à Einsiedeln en Suisse centrale, mort le 24 septembre 1541 à Salzbourg en Autriche, fut un alchimiste, astrologue et médecin suisse, d'expression allemande.



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Médecin suisse - Personnalité schwytzoise - Histoire de la chimie - Alchimiste de la Renaissance - Astrologue - Pseudonyme - Naissance en 1493 - Décès en 1541 - Médecin du XVIe siècle

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  • Né à Einsiedeln près de Zurich, Paracelse est mort à quarante-huit ans, à Salzbourg, ... les cures thermales, la chirurgie, les maladies dues au tartre.... (source : benjamin.baudrit.free)
Paracelse

Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim, dit Paracelse, né en 1493 ou 1494 à Einsiedeln (près de Zurich) en Suisse centrale, mort le 24 septembre 1541 à Salzbourg en Autriche, fut un alchimiste, astrologue et médecin suisse, d'expression allemande (dialecte alémanique).

Cet esprit rebelle et mystique, typique de la Renaissance, est à l'origine de pensées particulièrement modernes, telles que la médecine du travail ou l'homéopathie.

«Deux particularités majeures marquent de façon différentive la vie de Paracelse : une perpétuelle effervescence et un esprit critique violent et agressif.»[1] On peut ajouter que deux particularités majeures marquent sa pensée : un style hermétique et une recherche profonde. Qu'on en juge par sa définition de la vie dans le traité De vita longa : «La vie n'est rien d'autre qu'une certaine mumia agissant comme un baume et préservant le corps mortel des vers mortels et de la corruption grâce à une liqueur mêlée de sel.»[2]

Biographie

Paracelse naît en 1493 ou 1494 dans le village d'Einsiedeln, un centre de pèlerinage, près de Zurich, en Suisse. Il a pour prénom Théophraste, pour nom Bombastus von Hohenheim. Son nom complet est Phillipus Auréolus Téophratus Bombast von Hohenheim. Sa mère, suisse, est intendante de l'hospice d'Einsiedeln. Son père, Wilhelm Bombastus von Hohenheim, est un chimiste et médecin souabe. En 1502, à neuf ans, suite aux guerres souabes, Théophraste déménage à Villach, en Carinthie (Tyrol autrichien), avec son père. Ce dernier lui enseigne les rudiments de la pensée humaniste, de l'alchimie et de la science des plantes. Sa mère est certainement déjà morte. Toujours adolescent, il travaille dans des mines proches comme mineur, ou, en 1506, comme chimiste à l'école des mines de Villach. Le lieu est occupé par des mines et forges de fer, de plomb et de cuivre qui appartiennent à Sigismond Fugger de Schwatz, banquier des rois et des papes. Il étudie chez les religieux et auprès des ingénieurs des mines. Au contraire de la légende, il ne s'instruit pas de magie auprès de Trithème, abbé de Sponheim. À 16 ans, poussé par son directeur de collège, Joachim von Wadt, il commence à l'Université de Bâle des études de médecine, qu'il poursuit à Vienne (Autriche) , où Joachim von Wadt a été appelé recteur. Paracelse obtient son diplôme de doctorat en médecine à l'Université de Ferrare en 1516, à 22 ans. [3] Il se choisit pour patronyme «Paracelse», peut-être pour montrer sa supériorité sur Celse, célèbre médecin romain du Ie s., peut-être pour latiniser le nom «Hohenheim», domaine de ses ancêtres en Souabe. Il expérimente comme médicaments des sels minéraux jugés particulièrement dangereux, comme l'arsenic, le soufre, le cuivre.

Il se lance dans un premier cycle de voyages (1517-1524) [4]. Il va à Paris, Montpellier, Lisbonne, Oxford. Il se fait enrôler comme chirurgien-barbier dans l'armée hollandaise aux Pays-Bas (1519) puis dans l'armée danoise en Scandinavie (siège de Stockholm en 1520), sous Christian II de Danemark. Il participe, comme chirurgien militaire dans les troupes vénitiennes, aux guerres de Venise (1521-1525). Il se rend peut-être dans l'Empire ottoman. Depuis 1517, la réforme de Luther prend de l'ampleur. En 1524 il assiste à des révoltes populaires.

Villach ne l'accueille pas bien (été 1524). Il se fixe quelque temps à Salzbourg (1524-1525 : il est impliqué dans des troubles sociaux, chez les paysans et mineurs), puis à Strasbourg (déc. 1526 : il prend le droit de bourgeoisie). Il rédige son premier livre Archodoxa magiæ (Archidoxe magique, 1524).

Il vit en Slovaquie, pour récolter des échantillons d'or, d'argent et d'autres minéraux en 1521 à Banská Bystrica, en 1526 et 1527 à Smolník et en 1537 à Bratislava. Sur un mur du palais primatial, de Bratislava, une plaque commémore sa présence où il est écrit In hac platea habitavit A. D. 1537 D. D. [Divinatis Doctor] Paracelsus de Hohenheim. «Sur cette avenue habita en 1537 Paracelse de Hohenheim, docte en choses divines.»

Paracelse a la réputation d'être arrogant, et s'attire l'hostilité des autres médecins en Europe. En mars 1527, à 35 ans, peut-être grâce à l'intervention d'Érasme dont il a sauvé un ami et soigné le foie, à Strasbourg, il devient médecin municipal et professeur de médecine à l'Université de Bâle pendant moins d'un an, ce qui lui suffit pour s'attirer la vindicte de ses collègues. Il fait une superbe proclamation :

«Qui par conséquent ignore que la majorité des médecins de notre temps ont failli à leur mission de la manière la plus honteuse, en faisant courir les plus grands risques à leurs malades ? Ils se sont attachés, avec un pédantisme extrême, aux sentences d'Hippocrate, de Galien et d'Avicenne (... ) J'enseignerai pendant deux heures par jour la médecine pratique et théorique (... ). L'expérience [savante] est notre maître d'école suprême - et de mon propre travail. Ce sont par conséquent l'expérience et la raison, et non les autorités [Hippocrate, Galien, Avicenne] qui me guideront quand je prouverai quelque chose.» (Liber paragraphorum, épître, in Sämtliche Werke, K. Sudhoff édi., t. IV, p. 1-4).

Il enseigne en allemand (Schweizer-deutsch), pas en latin ; il se dispute avec ses collègues, la municipalité, les pharmaciens, avec le chanoine Lichtenfels qui ne l'a pas correctement payé ; il aurait brûlé en public le Canon de la médecine d'Avicenne, un grand classique, le 24 juin 1527, pour la fête de la Saint Jean ; il est fréquemment ivre. Il est chassé de la ville en fév. 1528. Il publie à Nuremberg, en 1529, son premier livre (en tout il n'en publiera que quatre), une dissertation sur le bois de gaïac, une essence venue d'Amérique, utilisée contre la syphilis.

Il se lance dans un deuxième cycle de voyages : Colmar (il rédige sur la syphilis et Bertheonea ou Petite Chirurgie, manuel pour lire et interpréter les signes corporels), Esslingen (il approfondit ses recherches occultes), Nuremberg (nov. 1529 : il fait la connaissance du mystique Sébastien Franck), Beratzhausen-an-der-Laber (1530 : il commence à écrire de la théologie et le Paragranum), Saint-Gall (1531 : il termine le Liber paramirum), Appenzell (1533), Sterzing (1534 : il soigne de la peste), Méran, Saint-Moritz, Pfäffers (Bad Ragaz), Ulm, Augsbourg (1536), Munich, Eferding (1537), Kromau (en Moravie : il rédige son Astronomia magna), Vienne (1537-1538, il est reçu plusieurs fois par Ferdinand Ier, roi de Bohême et de Hongrie, roi des Romains), Villach (mai 1538). En pays miniers (vallée de l'Inn), à Appenzell, il rédige sur les maladies des mineurs (1533) [5] ; dans les villes d'eau (dont Pfäffers) il étudie les bienfaits des eaux thermales (1535) [6], fondant ainsi la médecine professionnelle et la balnéologie.

Il publie à Augsbourg, en août 1536, Prognostication des 24 années à venir, écrit en 1530 ou 1531. En sept. 1536, il termine et publie à Ulm Die grosse Wundartzney (La grand chirurgie), il retrouve la gloire. Il rédige son ouvrage principal en philosophie : La Grande Astronomie, ou la philosophie des vrais sages, Philosophia sagax (1537).

Encore déçu par sa ville de Villach, qui ne publie pas ses livres comme promis, il part pour Klagenfurt (1540), puis vers la ville qu'il aime tant : Salzbourg, où l'appelle en avril 1541 l'archevêque-duc Ernest de Bavière, friand de sciences occultes. Il rédige son testament. Il meurt, à l'âge de 48 ans, d'un cancer du foie ou bien atteint par des émanations de mercure tant de fois respirées, à Salzbourg, le 24 septembre 1541. Son corps est inhumé, conformément à ses dernières volontés, dans le cimetière de l'église Saint-Sébastien de Salzbourg. Ses restes se trouvent actuellement dans une tombe localisée sous le porche de l'église, avec ces mots : Pax vivis - requies æterna sepultis. «Paix aux vivants - repos éternel aux défunts».

Sa devise était Alterius non sit qui suus esse potest. «Ne soit d'un autre qui peut être sien. Qu'il n'appartienne pas à autrui, celui qui peut s'appartenir à lui-même» (portrait par Augustin Hirschvogel, 1538).

Paracelse n'était pas rosicrucien, pour une simple raison chronologique : le courant Rose-Croix débute en 1614. Et la Fama Fraternitatis du manifeste rose-croix de 1614 dit de Paracelse : «... quoiqu'il ne soit pas entré dans notre Fraternité». Par contre, la Rose-Croix s'inspire de Paracelse. [7] : notion de Livre de la nature (Liber mundi), recherche de rénovation, combinaison des symboles de la rose et de la croix[8], etc.

En 1578, la Sorbonne condamna 59 thèses de Paracelse. [9]

La médecine

Paracelse distingue cinq méthodes médicales (plantes contraires, médicaments, verbe, herbes et racines identiques, enfin foi)  :

On trouve cinq méthodes envisageables de médecine, dont chacune subsiste scindément, indépendante des autres (... ) La médecine est double : la médecine clinique ou physique, et la médecine chirurgicale. (... ) [1] Ceux qui appartiennent à la première faculté ou secte se nomment Naturels, parce qu'ils traitent les maladies seulement selon la nature des plantes... Ils soignent le froid par le chaud... par leurs contraires. Et les défenseurs de cette secte furent Avicenne, Galien, Rhazis... [2] Ceux qui appartiennent à la seconde secte sont nommés couramment Spécifiques, parce qu'ils traitent l'ensemble des maladies par la forme spécifique ou entité spécifique... Ces médecins guérissent l'ensemble des maladies par la force spécifique des médicaments. À cette classe appartiennent [les] empiriques mais aussi tous ceux qui, parmi les Naturels, font usage de purgations... [3] Les troisièmes s'appellent Caractéristiques, car ils guérissent l'ensemble des maladies au moyen de certains caractères... Cette opération s'accomplit par la parole... Les auteurs et maîtres sont Albert le Grand, les Astrologues, les Philosophes et plusieurs autres. [4] Les quatrième se nomment Spirituels, parce qu'ils savent coaguler l'esprit des herbes et des racines... De cette secte furent quantité de médecins illustres, comme Hippocrate et énormément d'autres. [5] Les cinquièmes se nomment Fidèles, parce qu'ils combattent et guérissent les maladies par la foi... Le Christ lui-même, avec ses disciples, nous en a donné un exemple. [10]

Par la suite, il distingue cinq origines aux maladies, qui correspondent à des maladies constitutionnelles (empoisonnements ou infections, incidences climatiques et cosmiques, maladies mentales, enfin action de Dieu sur le déroulement des maladies)  :

«Il y a cinq entités qui produisent et génèrent l'ensemble des maladies, de chacune desquelles provient chaque maladie (... ). [1] [La force que renferment en eux les astres] agit de telle sorte en notre corps qu'il est totalement soumis à leur opération ainsi qu'à leur impression. Cette force des astres est nommée entité astrale (ens astrorum)... [2] La seconde force ou puissance, qui nous trouble violemment et nous précipite dans les maladies, est l''entité vénéneuse (ens veneni)... [3] La troisième force est celle qui affaiblit et use notre corps... On l'appelle entité naturelle (ens naturale). Cette entité se perçoit si notre corps est incommodé par une complexion immodérée ou affaibli par une complexion mauvaise... [4] La quatrième entité s'entend des esprits puissants, qui blessent et débilitent notre corps qui est en leur puissance...  : entité spirituelle (ens spirituale)... [5] La cinquième entité qui agit en nous, c'est l'entité divine (ens Dei). (... ) Il existe cinq pestes : une provenant de l'entité de l'astre, une autre de l'entité du poison, une troisième de l'entité de la nature, une quatrième de l'entité des esprits, et la dernière de l'entité de Dieu. (... ) Ceci n'est pas du style chrétien, mais païen.»[11]

Paracelse a étudié ce qu'il nomme les «maladies invisibles» (Von den unsichtbaren Kranckheiten, 1531, 1ère éd. 1567), et leurs causes. Les délires viennent de l'imagination ou de la foi.

Chirurgie et médecine expérimentale

Le grand livre de médecine de Paracelse est le Paragranum. Liber quatuor columnarum artis medicæ (1531). En médecine, Paracelse enseigna la théorie des signatures[12], mais ses idées n'ont pas été toutes bien comprises à son époque.

Paracelse fut un pionnier de l'utilisation en médecine des produits chimiques et des minéraux. Vers 1526 il a découvert le mot «zinc» pour désigner l'élément chimique zinc, en se référant à l'aspect en pointe aigue des cristaux obtenus par fusion et selon le mot de vieil allemand zinke signifiant pointe.

Il a utilisé l'expérimentation pour développer les connaissances sur le corps humain. Il est reconnu comme un des pères de la médecine expérimentale. Il est à l'origine de l'émancipation de la médecine comparé aux anciennes croyances spéculatives. Pour lui l'unique vraie médecine doit être basée sur l'expérience. Expérimenter la Nature pour soulager la souffrance de ses identiques, c'est ce qu'il fit durant toute sa vie.

Chirurgien beaucoup en avance sur son époque, il préconisait de maintenir les plaies propres. Au lieu de faire souffrir en détergeant ou en brûlant les chairs, il préférait utiliser la mumie[13], composé à base d'huiles principales. Ou encore les procédés alchimiques tels que les sels de cuivre ou l'argent.

Le précurseur de la toxicologie

Monument dédié à Paracelsus à Beratzhausen, Bavière

Paracelsus, quelquefois reconnu comme le père de la toxicologie, a rédigé :

Alle Ding sind Gift, und nichts ohn Gift; allein die Dosis macht, daß ein Ding kein Gift ist.
«Tout est poison, rien n'est poison, ce qui fait le poison c'est la dose.»

Cela veut dire que des substances fréquemment reconnues comme toxiques peuvent être anodines ou même bénéfiques à petites doses ; inversement, une substance habituellement inoffensive comme l'eau peut s'avérer mortelle si on l'absorbe en trop grande quantité[14]. Il a vu que le mercure soigne la syphlilis, mais, mal dosé, tue[15].

Il a rédigé des ouvrages majeurs Des mineurs et De la maladie des montagnes [mines] (Von der Bergsucht) (1533). Il décrit les risques professionnels, pulmonaires, liées à l'extraction des minerais et au travail des métaux, il aborde le traitement médical et les stratégies de prévention. Cela fait de lui le précurseur de la médecine du travail. La maladie qu'il a décrite et qu'on connaissait à l'époque sous le nom de «mal des montagnes» était due à une irradiation par le radon, un gaz constitué par la désintégration du radium qui se dégage des roches, en particulier dans les régions granitiques et volcanique et uranifères, et qui s'accumule dans l'atmosphère des cavités souterraines mal ventilées (caves, mines). Son inhalation prolongée peut provoquer un cancer du poumon chez les professionnels exposés (les mineurs) et même chez les habitants des maisons polluées par ces émanations naturelles. Le radon serait responsable de 9 % des décès par cancer du poumon en Europe[16], [17].

Paracelse a aussi écrit un ouvrage sur le corps humain qui contredit les idées de Galien. Galien avait avancé la théorie selon laquelle la maladie est génèrée par un déséquilibre entre les quatre humeurs : le sang, le flegme, la bile noire et la bile jaune. Il recommandait des régimes alimentaires spécifiques pour le «nettoyage des humeurs putrides» et utilisait fréquemment, la purge et la saignée. Cette théorie a été acceptée, jusqu'à ce que Paracelse la conteste, par tous ceux qui croient que la maladie est le résultat d'une attaque du corps par des agents extérieurs.

Le précurseur de la médecine psychosomatique, etc.

On lui attribue la première mention clinique ou scientifique de l'inconscient. Il rédige :

«Ainsi, la cause de la maladie connue sous le nom de chorée est une simple question d'opinion et d'idée, suscitée par l'imagination, affectant ceux qui croient à ce qui leur a été suggéré. Cette idée et cette opinion sont à l'origine de la maladie à la fois chez les enfants et les adultes. Dans le cas des enfants c'est aussi l'imagination, fondée non pas sur la réflexion mais sur la vision, parce qu'ils ont entendu ou vu quelque chose. La raison en est la suivante : la vue et l'ouïe sont si forts qu'ils ont inconsciemment fantasmé sur ce qu'ils ont vu ou entendu.»[18]

Il pressentit l'organothérapie (utilisation des tissus, glandes ou organes à l'état naturel ou sous forme d'extraits)  : «Prends du fiel de bœuf pour la cirrhose hépatique et de l'extrait splénique [de rate] pour les obstructions de la rate.»

Pilier 1 : la philosophie

Dans le Paragranum (1531) [19], Paracelse fait reposer sa médecine sur «quatre piliers» : «la philosophie, l'astronomie, l'alchimie, et la vertu» du médecin.

Paracelse avait rejeté les traditions Gnostiques, mais conservé une grande partie de la philosophie hermétique, néoplatonicienne et pythagoricienne suite à Marsile Ficin et de Pic de la Mirandole.

Ses vues tirées de la philosophie hermétique proclamaient que la maladie et la santé du corps dépendent de l'harmonie entre l'homme, le microcosme et la Nature, le macrocosme. La grande idée philosophique de Paracelse est celle de microcosme.

Il développe la théorie des signatures. La forme, la couleur des plantes, des animaux, des mains, etc. indiquent leurs affinités, correspondances avec d'autres choses, comme les organes. A titre d'exemple, «la racine de satyrion (orchis) est constituée comme les organes génitaux de l'homme, elle promet par conséquent de restaurer par voie magique la puissance et le désir sexuels»[20]

Selon Daniel-P. Walker, «dans les écrits de Paracelse, si on les additionne tous, l'homme a trois corps (élémentaire, sidéral, céleste), deux âmes (éternelle, vitale), quatre esprits (terrestre, sidéral, animal, divin.»[21] Mais sa théorie des corps subtils est complexe à cerner. Alexandre Koyré voit les choses ainsi : le microcosme reflète le macrocosme ; le macrocosme (ou Univers) a trois étages : monde matériel, monde astral (Gestirn, Astrum, Âme du monde) et Dieu ; le microcosme (ou homme) est , lui aussi triple, composé de corps, âme et esprit, c'est-à-dire de matière, astre et Dieu ; de la sorte, 1) le corps matériel a pour double l'esprit corporel, qui subsiste un certain temps après la mort comme «ombre» ou «larves» ; 2) l'âme, qui est force et conscience, a pour double le corps astral (evestrum), qui permet aux mages de communiquer entre eux ; et 3) l'esprit a pour double le corps spirituel.

Pilier 2 : l'astronomie

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Il fut aussi astrologue, comme de nombreux médecins constitués à l'université qui exerçaient à cette époque en Europe. L'astrologie jouait un rôle particulièrement important dans la médecine de Paracelse. Dans ses Neuf livres del'Archodoxe, il consacre plusieurs chapitres à l'usage de talismans pour guérir les maladies, proposant des talismans pour différentes maladies mais aussi des talismans pour chaque signe du Zodiaque. Il a aussi découvert un alphabet nommé Alphabet des Mages, pour graver le noms des anges sur les talismans.

Pilier 3 : l'alchimie

Paracelse connaît les mines de cuivre de Villach (1502), les mines de fer de la Suède (1519), les mines d'argent de Schwaz (1533), tant sur l'aspect pratique, médical, que sur l'aspect technologique, alchimique. Il a résumé ainsi sa pensée : «Énormément ont dit que l'objectif de l'alchimie était la fabrication de l'or et de l'argent. Pour moi, l'objectif est tout autre, il consiste à rechercher la vertu et le pouvoir qui réside peut-être dans les médicaments.»[22] Il fait par conséquent de la philosophie hermétique ou de l'iatrochimie (médecine hermétique), pas de l'alchimie elle-même. Johann Huser, un de ses éditeurs, a montré que Paracelse n'a rédigé aucun ouvrage d'alchimie au sens respectant les traditions du terme.

Pourquoi les théories de Paracelse continuent-elles à séduire ? Les historiens en débattent toujours, mais l'avènement de la distillation semble avoir contribué au changement. La technique s'est vu consacrée à la fin du Moyen Âge dans la communauté des alchimistes, et de nombreux produits naturels ont été testés. À partir des substances naturelles comestibles, tels le fenouil, la noix de muscade et les clous de girofle, les chimistes obtiennent toujours trois types de produits : un fluide volatil, ou «esprit», une substance huileuse, enfin un résidu solide.

Paracelse remplace les quatre Éléments (Terre, Eau, Air, Feu) par trois Substances, ou plutôt, en ajoutant le Sel aux deux substances jusqu'alors admises (Soufre et Mercure), il place les trois Substances dans les quatre Éléments

«Parmi l'ensemble des substances, il en est trois qui donnent à chaque chose leur corps, c'est-à-dire que tout corps consiste en trois choses. Les noms de celles-ci sont : Soufre, Mercure, Sel. Si ces trois choses sont réunies, alors elles forment un corps (... ). La vision des choses intérieures, qui est le secret, appartient aux médecins. (... ) Prenez l'exemple du bois. Ce dernier est un corps par lui-même. Brûlez-le. Ce qui brûlera, c'est le Soufre ; ce qui s'exhale en fumée, c'est le Mercure ; ce qui reste en cendres, c'est le Sel. (... ) Ce qui brûle, c'est le Soufre ; celui-là [le Mercure] se sublime, parce qu'il est volatil ; la troisième Substance [le Sel] permet de former tout corps.»[23]

Lorsque l'alchimie décompose une chose en ses constituants, le principe sulfureux se sépare comme une huile combustible ou une résine, le principe mercuriel vole comme une fumée ou se manifeste comme un liquide volatil, enfin le principe salé demeure comme une matière cristalline ou amorphe indestructible.

Les médecins se convainquent tandis que la digestion n'est pas une cuisson, comme ils l'avaient soutenu auparavant, mais une fermentation.

Pour la préparation des médicaments, il cherche le principe actif, la quintessence. «La quintessence d'une plante est si efficace qu'une demi-once opère plus que cent de la plante en son état naturel.»

Paracelse accepte par conséquent l'alchimie comme art médical pour préparer des remèdes (modus præparandi rerum medicinalium) mais pas comme technique transmutatoire (alchimia transmutatoria).

Pilier 4 : la vertu du médecin

Il insiste sur la conscience du médecin, son honnêteté, son sentiment de responsabilité, sa mission. [24] «Je vous recommande de ne pas être âpre au gain, de mépriser le superflu et la fortune, de voir parfois des malades gratuitement, préférant le plaisir de la reconnaissance à celui d'un vain luxe... On ne peut point aimer la médecine sans aimer les hommes.» «Tu ne dois pas uniquement regarder l'homme, mais également la nature et ce que cache le ciel (... ). Car l'homme en est composé.»[25] Dans ses Commentaires des Aphorismes d'Hippocrate, Paracelse écrit : «Le médecin ne doit pas trop se vanter : il a un maître au-dessus de lui, et c'est le temps, qui joue avec lui comme le chat avec la souris», «Le médecin doit savoir ce que veut la nature et qu'elle est le Premier Médecin. L'homme vient ensuite.»

Le Paracelsisme

Le renouveau paracelsien

Le renouveau paracelsien (en anglais paracelsian revival) est une période qui couvre la seconde moitié du XVIe, durant laquelle va se produire un essor particulièrement important de l'alchimie et des doctrines de Paracelse (1493/4-1541). Elle a été découverte et appelée par l'historien de sciences américain Lynn Thorndike en 1941 dans sa monumentale History of Magic and Experimental Science (Une histoire de la magie et de la science expérimentale) en 8 volumes (1923–58). Cette époque va surtout voir la publication et la traduction en latin à la fois des œuvres de Paracelse (avec leur traduction en latin) et des textes alchimiques, comme ceux de Jean d'Espagnet, avec surtout de grands anthologies qui culminent avec de Theatrum Chemicum.

Bibliographie

Éditions en langue allemande

Livres traduits en français

(par ordre chronologique)

(ouvrages non datés, par ordre alphabétique)

ANTHOLOGIES :

Livres apocryphes : le Pseudo-Paracelse

Il y a des ouvrages authentiques, des ouvrages suspects, des ouvrages apocryphes. [26]

Études en français

(par ordre chronologique)

Notes et références

  1. Walter Pagel, Paracelse, Arthaud, 1963, p. 16.
  2. Quatre traités de Paracelse, 3 : Le Livre de la longue vie, Dervy. 1992.
  3. [1] A historical essay and travelogue on Paracelsus
  4. Paracelse, Spitalbuch (1529), éd. Karl Sudhoff : Sämtliche Werke, Munich et Berlin, Otto Wilhelm Barth, 1922-1931, t. VII, p. 374 ; La grande chirurgie, préface.
  5. Paracelse, De la maladie des montagnes [mines] et d'autres maladies identiques (1533), in Œuvres médicales, trad. Bernard Gorceix, PUF, 1968.
  6. Paracelse, De la vertu des bains de Pfäffers. Vonn dem Bad Pfäffers... Tugenden (1535).
  7. Voir Roland Edighoffer, Les Rose-Croix et Paracelse, ARIES, Paris, La Table d'émeraude, 19 (1996), p. 67-80.
  8. Paracelse, Liber de resurrectione et corporum glorificatione (1533, en all. ). Voir Roland Edighoffer, La Rose-Croix au XVIIe s. , Cahiers du G. E. S. C., Paris, Archè, 1993, p. 108.
  9. Didier Kahn, Cinquante-neuf thèses de Paracelse censurées par la Faculté de théologie de Paris, le 9 octobre 1578, in Sylvain Matton (éd. ), Documents oubliés sur l'alchimie, la kabbale et Guillaume Postel offerts, à l'occasion de son 90e anniversaire, à François Secret par ses élèves et amis, Genève : Droz, 2001 (Travaux d'Humanisme et Renaissance, CCCLIII), p. 161-178.
  10. Paracelse, Liber paramirum (1531), «Livre des prologues» : Œuvres médico-chimiques ou Paradoxes. Liber paramirum, trad. de l'all. Grillot de Givry (1913), Milan, Archè, coll. Sebastiani, 1975, t. 1 p. 7-12.
  11. Paracelse, Liber paramirum (Livre des cinq entités), Livre des prologues : Œuvres médico-chimiques ou Paradoxes. Liber paramirum, Livre des prologues, trad. de l'all. Grillot de Givry (1913), Milan, Archè, coll. Sebastiani, 1975, t. 1 p. 19-26.
  12. Paracelse, Die Grosse Wundartzney (1536).
  13. Pseudo-Paracelse, Des maladies invisibles et leurs causes. Von den unsichtbaren Kranckheiten und deren Ursachen (1531-1532), in Œuvres médicales, trad. Bernard Gorceix, PUF, 1968.
  14. January 26, 2007 : Dr. Adrian Cohen was saddened, but not surprised, to hear about the 28-year-old woman who died earlier this month after drinking nearly two gallons of water to try to win a radio station contest . (WashTimes)
  15. Paracelse, Le mal français. Von der Frantzösichen kranckheyt (1529).
  16. deuxième cause de décès par cancer du poumon aux États-Unis, après le tabagisme
  17. Les risques liés à l'exposition domestique au radon, La Revue Prescrire (ISSN 0247-7750) , no 281, mars 2007
  18. Paracelse, Des maladies invisibles et de leurs causes. (De causis morborum invisibilium. Von den unsichtbaren Kranckheiten) (1531-1532), trad. de l'all.  : J. Grillot de Givry, Paracelse. Œuvres médico-chimiques ou Paradoxes (1913), Milan, Archè, coll. Sebastiani, 1975, t. 2 p. 245-307.
  19. Paracelse, Le Paragranum où sont décrits les quatre piliers sur lesquels repose la médecine : la philosophie, l'astronomie, l'alchimie et la vertu, in Œuvres médicales choisies, trad. Bernard Gorceix, PUF, 1968, p. 29.
  20. Paracelse, De imaginibus, chap. 9 : Sämtliche Werke, t. XIII, p. 377. W. Pagel, Paracelse, p. 168.
  21. D. -P. Walker, La magie spirituelle et angélique. De Ficin à Campanella (1958), trad., Dervy, 1988, p. 209. Selon Thomas Eraste, Disputationes de medecina nova Philippi Paracelsi (1572-1578), Pars altera, p. 220 sq.
  22. Paracelse, Liber Paragranum.
  23. Paracelse, Liber paramirum (1531), Livre I : Des causes et origines des maladies provenant des trois premières Substances, chap. 2 : Œuvres médico-chimiques ou Paradoxes. Liber paramirum, trad. de l'all. J. Grillot de Givry (1913), Milan, Archè, coll. Sebastiani, 1975, t. 1 p. 158-161.
  24. Paracelse, La grande astronomie ; Sept défenses.
  25. Paracelse, in Œuvres médicales, trad. B. Gorceix, 1968, p. 71.
  26. Albrecht von Haller, Bibliotheca medicinæ practicæ, II (Basle, 1777), 2-12.

Voir aussi

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