Nihilisme

Le nihilisme est un point de vue philosophique selon lequel, le monde est dénué de toute signification, tout but, toute vérité compréhensible ou toutes valeurs.



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Concept nietzschéen - Philosophie politique - Morale - Idéologie - Néant

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Définitions :

  • Doctrine selon laquelle rien de ce que nous croyons connaître par les sens n'a de réalité substantielle; Dispositif politique qui vise à ... (source : fr.wiktionary)

Le nihilisme (latin nihil, «rien») est un point de vue philosophique selon lequel, le monde (et spécifiquement l'existence humaine) est dénué de toute signification, tout but, toute vérité compréhensible ou toutes valeurs.

Cette notion est applicable à différents contextes : histoire et politique, littérature, philosophie.

Nihilisme politique

Le nihilisme correspond à un mouvement politique en Russie, quelquefois nommé «nihilisme destructeur», responsable surtout de l'assassinat du tsar Alexandre II.

Le nihilisme a existé comme un mode de critique sociale en Russie au XIXe siècle. Il évolua vers une doctrine politique n'admettant aucune contrainte de la société sur l'individu, en refusant tout absolu religieux, métaphysique, moral ou politique. Par extension, nom donné aux mouvements révolutionnaires anti-tsaristes qui prônèrent le terrorisme politique. Quoiqu'éphémère, ce mouvement politique aura soulevé des questions auxquelles s'intéresseront les penseurs de tous horizons. De ces interrogations naîtra une doctrine philosophique en relation avec l'absurde sociologique, la négation des valeurs morales et d'une façon plus générale, la négation de l'existence d'une réalité substantielle.

Le terme nihilisme fut popularisé par l'écrivain russe Ivan Tourgueniev dans sa nouvelle Pères et fils (1861) pour décrire, au travers de son héros Bazarov, les vues de l'intelligentsia radicale russe émergente.

Celle-ci était en particulier composée des étudiants des classes supérieures, qui étaient de plus en plus désillusionnés par le changement lent des réformes politico-sociales. Le critique Nicolaï Dobrolioubov, le théoricien Dimitri Pissarev, l'économiste Nikolaï Tchernychevsky, les scientifiques Lavrov et Kropotkine prônent des actions directes et violentes pour renverser le régime pour reconstruire, de façon scientifique, un monde qui assurera le bonheur des masses. [1]

Les nihilistes réussirent à assassiner le tsar Alexandre II qui voulait rendre son régime moins autocratique, ce qui fit passer le pouvoir à son fils qui avait des idées moins libérales. Le raidissement dans une société qui s'industrialisait rapidement aboutit au cours de la Première Guerre mondiale à l'instauration du communisme et la lutte des classes en dispositif. La répression qui suivit l'assassinat du tsar fut fatale au mouvement nihiliste, mais pas à ses idées.

Article détaillé : Serge Netchaïev.

Nihilisme et littérature

Des écrivains comme Dostoïevski dans Les Possédés et Émile Zola dans Germinal montrent et peut-être dénoncent le danger de l'extrémisme du nihilisme. Dostoïevski constate la difficulté de concilier l'idée d'un Dieu bon et tout-puissant avec l'existence du mal. Le mal, en particulier, le tourmente. D'un autre côté, il constate que l'athéisme occidental ne nie plus uniquement Dieu, mais également le sens de la création, la raison d'être du monde et de la vie. Il constate que la justice humaine est incapable de porter remède au mal moral. Elle est elle-même un mécanisme quelquefois inhumain. Le socialisme, dans certaines formes, enlève à l'homme sa liberté pour faire son bonheur. Le socialisme athée nie la conscience. Mais Dostoïevski en vient à constater que «si Dieu n'existe pas, tout est permis. » (cette constatation devient ce que certains appelleraient plus tard le «Problème du bien»). C'est à cette question que plus tard des individus comme Camus tenteront de répondre. Camus, par exemple, pense que le sens de l'absurde n'est pas dans les choses. «L'absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde». L'absurde est maintenu comme certitude et présupposition première. Sa conséquence est le renoncement à toute attribution métaphysique d'un sens à l'existence.

Franz Kafka, Louis-Ferdinand Céline, Albert Camus par exemple dans Le Mythe de Sisyphe (1942) au théâtre, Eugène Ionesco dans La Cantatrice chauve (1950) illustrent cette aliénation de l'individu occidental et son vide existentiel corseté. Ces contraintes permettent chez des artistes comme les surréalistes un dépassement symbolique.

Le nihilisme philosophique

Le nihilisme de Gorgias ou ses propos sur le non-être

Dans la Grèce antique, le sophiste Gorgias développa des thèses nihilistes. Ce fut l'un des premiers philosophes à le faire. Ces thèses se résument en trois points :

Sur le fait que rien n'existe, voici l'argumentation de Gorgias expliquée de manière simplifiée :

Si quelque chose existe, c'est nécessairement l'être ou le non être. Or ni l'un ni l'autre n'existe.

Ainsi, si ni l'être ni le non être n'existent, alors rien n'existe.

La pensée de Nietzsche

A la fin du XIXe siècle, Friedrich Nietzsche décrit l'accélération de l'histoire avec les déséquilibres qui s'accentuent, compensés par la tyrannie anonyme des institutions, génératrice de stress. Pour lui, la notion de nihilisme recèle un paradoxe intéressant. Il décrit deux formes de nihilisme :

Selon Nietzsche, l'état normal du nihilisme, qui est la négation de l'être, est une manière divine de penser, en ce sens qu'elle est un rejet définitif de tout parfaitisme (du nihilisme au sens faible) et de ses conséquences (la morale chrétienne entre autres).

Influencé par la pensée nietzschéenne, Cioran inventera le nihilisme pessimiste, qui ne laisse à l'homme aucune lueur d'espoir : «Contre l'obsession de la mort, les subterfuges de l'espoir comme les arguments de la raison s'avèrent inefficaces.»[3] D'autre part et dans une œuvre quelquefois comparée à celle de Cioran, Albert Caraco voyait la vie comme un non-sens absolu.

La pensée de Heidegger

Cf : Heidegger

Nihilisme et bouddhisme

Le bouddhisme est fréquemment confondu avec le nihilisme[4]. Cela est une interprétation erronée ou simplement une ignorance de la notion de vacuité (shûnyâta) [5], qui littéralement veut dire «vide». Cette vue fausse[6]vient de notre manière instinctive de penser en termes de dualité[7], de couples d'oppositions. Le bouddhisme rejette tant l'Être que le Néant, concepts qui tous deux ne correspondent à aucune réalité (l'Être n'est pas, dans la mesure où il n'y a rien de permanent, et le Néant n'est pas, par définition : la réalité est quelque chose qui n'est ni l'un ni l'autre et que la pensée discursive ne peut saisir ultimement)  :

Ce monde est supporté par un dualisme, celui de l'existence et de la non-existence. Mais lorsque on voit avec juste discernement l'origine du monde tel qu'il est , "non-existence" n'est pas le terme qu'on retient. Lorsque on voit avec juste discernement la cessation du monde tel qu'il est , «existence» n'est pas le terme qu'on retient. (Kaccayanagotta Sutta)

Lorsque on dit que les choses sont vides d'existence propre, on veut dire qu'elle n'existent pas par elles-mêmes, c'est-à-dire qu'elles dépendent des autres pour exister. Qui plus est , comme elles sont impermanentes par conséquent transitoires, elles n'existent pas durablement. C'est en ce sens qu'on parle de non-existence, de vacuité. Les phénomènes ne renvoient pas à un substrat durable (l'Être), ni à une absence de cause (le Néant), mais à d'autres phénomènes en réalité relative.

Le concept de "vacuité absolue" est cependant ce qui s'approche le plus du "néant" de la philosophie occidentale, et le nirvāna est défini dans les textes comme "à l'endroit où il n'y a rien, où rien ne peut être saisi" (Sutta Nipāta, 1093-1094). Le bouddhisme est fréquemment vu comme nihiliste parce qu'il n'affirme pas la survie d'une quelconque âme, à la différence de la majorité des religions théistes. En réalité, la philosophie bouddhiste prétend se placer, d'un point de vue ultime, au-delà de l'être et du non-être, dans la non-dualité.

Le Néant est aussi un état de conscience, accessible par la méditation, qui correspond à la sphère du Néant (akiñcaññayatanam) dans l'arūpaloka.

Pour Friedrich Nietzsche, qui emploie le terme de nihilisme dans un sens particulièrement spécifique, qui n'est pas le sens courant (il sert à désigner ainsi la tendance à dévaloriser l'ici-bas en faveur d'un "au-delà", quel qu'il soit, religieux, politique, etc. ), le bouddhisme, comme les autres religions, relève du nihilisme. Ce que le bouddhisme, de son côté, nomme nihilisme (ucchedavada) , est le point de vue matérialiste selon lequel la mort est la fin absolue de l'existence (la renaissance est niée), ce qui était l'opinion de l'école Chârvâka.

Notes et références

  1. En ce sens, ils ne peuvent pas être qualifiés de nihilistes, dans la mesure où ils proposent de reconstruire un monde ; ils sont révolutionnaires.
  2. Fragments posthumes, cité dans Le nihilisme est-il un humanisme de Christine Daigle.
  3. Emil Cioran, Précis de décomposition, «Les Essais», Gallimard, 1949, p. 22.
  4. C'est le point de vue des premiers auteurs européens entrés en contact avec le bouddhisme, tels que Hegel, Victor Cousin ou Renan. Voir à ce sujet Le culte du néant, Roger-Pol Droit, Le Seuil, 1997.
  5. «La vacuité n'est ni le néant ni un espace vide différent des phénomènes ou extérieur à eux. C'est la nature même des phénomènes.» (Le Moine et le Philosophe, Jean-François Revel, Matthieu Ricard, 1997)
  6. Le nihilisme est condamné par le bouddhisme, il fait partie des vues fausses 51 à 57 du Brahmājālasūtta.
  7. Voir aussi Philosophie bouddhiste#Non-dualité

Bibliographie

Voir aussi

Liens

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