Humanité

L'humanité sert à désigner à la fois la totalité des individus appartenant à l'espèce humaine mais également les caractéristiques spécifiques qui définissent l'appartenance à ce groupe.



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Page(s) en rapport avec ce sujet :

  • Le sacre de l'espèce humaine. Le Droit au risque de la bioéthique... Il propose de définir l'humain comme étant un être de volonté, ... il serait, selon lui, hasardeux de parler d'essence humaine car, l'humanité est un fait social.... (source : nonfiction)
  • L'Humanité est un film français réalisé par Bruno Dumont, ... espèce humaine, genre humain, homme, hommes, bienveillance, bonté, charité, clémence, ... (source : babylon)
  • Dans la galaxie, l'espèce humaine a toujours été reconnue comme légèrement à part... un des berceaux de l'humanité, est devenue la capitale de l'ancienne... (source : starwars-holonet)
Schéma d'un représentant de l'Humanité formant partie du message d'Arecibo transmis en 1974. L'élément sur sa gauche la taille moyenne d'un homme : 1764 mm. L'élément sur sa droite correspond à la population humaine (en 1974) encodée en 32 bits soit 4 292 591 583.

L'humanité sert à désigner à la fois la totalité des individus appartenant à l'espèce humaine (Homo sapiens) mais également les caractéristiques spécifiques qui définissent l'appartenance à ce groupe.

Un autre usage de ce terme sert à désigner des traits de personnalité d'un individu qui, par exemple, augmentent les qualités ou les valeurs reconnues comme principales à l'humain, telles que la bonté, la générosité dans les civilisations. Le concept d'humanité est aussi à rapprocher de la notion de nature humaine qui souligne l'idée que les êtres humains ont en commun certaines caractéristiques essentielles, une nature limitée et des comportements spécifiques. Ce qui les différencie des autres êtres, d'espèces animales surtout.

La question qui se pose est par conséquent double. D'une part, on doit s'interroger sur le «propre de l'homme» : quelles sont les particularités de la physiologie et du comportement humain qu'on ne retrouve pas dans le reste du règne animal ? Et d'autre part, cette notion pose la question de l'unité de l'homme : dans quelle mesure ces spécificités sont-elles véritablement partagées par l'ensemble des membres de l'espèce humaine, avec surtout le problème posé par l'ethnocentrisme qui essentialise des caractéristiques (e. g., la couleur de la peau) ou des comportements propres à tel ou tel groupe humain ou à telle tradition culturelle et qui, donc, refuse le statut d'humain à des individus d'une autre ethnie.

Ces questions ont en premier lieu été abordées sous les angles de la philosophie et de la religion. Une illustration célèbre de ces débats fut la controverse de Valladolid (en 1550) qui posa la question du statut des Indiens d'Amérique. Par la suite, et surtout à partir du XVIIIe siècle, ces questions seront reprises dans une perspective scientifique croisant les approches de la zoologie, de l'éthologie, de l'anthropologie, de la génétique et de la paléoanthropologie. Quoique reposant sur une démarche scientifique, ces approches ont été et continuent quelquefois d'être critiquées pour ce qu'elles restent influencées, ou alors biaisées, par les idéologies des sociétés contemporaines. Actuellement, les différentes conceptions de l'humanité ont des implications morales, éthiques, scientifiques, juridiques et environnementales qui s'expriment, par exemple, dans les débats sur la personnalité juridique de l'embryon humain ou le statut des grands singes.

Quelques définitions

L'humanité est un terme qui a plusieurs sens.

  1. Dans un premier sens elle sert à désigner la totalité des êtres humains : elle a une dimension essentiellement biologique et descriptive en rapport avec l'évolution des espèces. C'est un synonyme des Homo sapiens.
  2. Dans un deuxième sens, évaluatif, elle insiste sur l'unité constitutive du groupe humain et prend une dimension morale à prétention normative sur les visions tendant à créer une distinction entre ses membres. La source de cette unité constitutive est problématique : le patrimoine génétique, le partage d'une rationalité idéologique, d'un rapport à l'existence, ou encore la reconnaissance mutuelle : dans cette acception, l'humanité dispose d'une force expressive qui dépasse le débat du fondement conceptuel. Cette définition est celle qui donne sens au Crime contre l'humanité et trouve un écho dans les questions de discriminations.
  3. Enfin, dans un troisième sens, aussi évaluatif, l'humanité sert à désigner une prescription proprement comportementale, pour certains relevant d'un modèle existant mais qui, pour d'autres, représente une idée vers laquelle tend notre espèce. Cette définition exprime son sens quand les actes réalisés par les genres sont relevés comme manquant d'humanité, ou encore qualifiés d'"inhumains". C'est dans cette unique acception que prennent aussi sens les jugements populaires selon lesquels certains animaux ont plus d'humanité que certains humains.

Le propre de l'homme

Aspects historiques

L'Homme et l'animal

Rembrandt, La leçon d'anatomie du Dr Tulp ou la diversité des émotions de l'Homme

«Le rire est le propre de l'homme» dit Rabelais [1] reprenant Aristote[2], lequel dit aussi que l'homme est un animal social et raisonnable. Ainsi depuis l'antiquité, des humains se sont interrogés sur le propre de l'homme, se demandant en quoi ils se distinguaient principalement des autres animaux.

Pour les religions monothéistes, dans lesquelles l'homme, sommet de la Création, a été fait à l'image de Dieu, cette distinction vis-à-vis des animaux est claire et se définit par l'âme. Dans le monde chinois, il est l'agent intermédiaire entre le Ciel et la Terre. Dans cette vision, l'Homme se considère comme l'espèce «dominante» sur la Terre, et l'environnement est mis à sa disposition pour satisfaire ses besoins.

Ce nouveau paradigme en traçant ainsi une continuité phylogénétique de l'animal à l'humain a mis à mal ces convictions millénaires sur l'unicité de l'homme mais l'anthropocentrisme en vigueur a alors pris une autre forme idéologique : de sommet de la création, l'être humain est devenu sommet de l'évolution. Cela s'est surtout traduit dans la terminologie utilisée dans classifications cladistiques : le terme primates sert à désigner étymologiquement «les premiers» et notre taxon jadis désigné sous le nom d'Archonta signifiait «les chefs».

Le «propre de l'Homme» dans les sciences contemporaines

D'un point de vue biologique, l'espèce humaine est en continuité évolutive avec les autres espèces animales et surtout les grands singes. Mais bien avant la découverte des autres primates et la classification d'Homo sapiens au sein de cet ordre, philosophes et scientifiques se sont penchés sur le statut de notre espèce par comparaison avec les autres animaux et sur ce qui faisait le «propre de l'homme». Parmi les aspects qui ont été mis en avant par les philosophes et les scientifiques, quelquefois à tort, comme caractéristiques de la spécificité humaine, on peut recenser :

Spécificités de la biologie humaine

La majorité de ces caractéristiques biologiques, ou alors, l'ensemble des caractéristiques peuvent être retrouvées sous une certaine forme chez d'autres espèces animales. A titre d'exemple, certains oiseaux sont capables d'utiliser des outils rudimentaires faits de brindilles pour atteindre une noix[3] et les chimpanzés bonobos sont connus pour pratiquer une sexualité non-reproductive homo- et hétérosexuelle qui facilite la cohésion sociale. Ces caractéristiques ne forment par conséquent pas des critères de distinction absolus. Il n'en reste pas moins que chez l'humain, s'il est commode de comparer, certaines de ces caractéristiques sont développées de façon particulièrement spécifique.

Psychologie, éthologie et anthropologie

La culture

Spécificités propres à la culture humaine

En science, deux grands domaines tentent d'apporter des réponses à cette question : les sciences de la nature et les sciences sociales. Les sciences de la nature, incluant la biologie, usent de méthodes scientifiques et des théories de l'évolution des espèces, alors que les sciences sociales s'orientent vers le paradigme de l'évolution culturelle humaine, proposé par l'histoire et la paléoanthropologie.

L'aspect le plus frappant et évident nous distinguant du reste du règne animal est sans aucun doute la place que prend les représentations culturelles dans l'organisation sociale de la vie de notre espèce généralement, et ce, depuis des milliers d'années, comme en attestent les manifestations d'art préhistorique.

Cependant, la conscience humaine et la connaissance humaine ne retrouvent pas leurs équivalents dans le reste du règne animal. La place de la culture dans le développement de notre espèce n'a pas la même importance dans notre vie que peut avoir la culture dans le reste des groupements sociaux animaux. Par exemple :

Évidemment, la culture et les sociétés se retrouvent chez plusieurs espèces animales, mais il n'y a que l'espèce humaine qui a fondé des institutions sociales telles que l'école, les banques, ou le mariage, sur la base de ses croyances et de ses connaissances. Elle est aussi l'unique à remettre en question de façon récurrente ces mêmes institutions sociales ; à les redéfinir ainsi qu'à mettre sur pied des réformes ou des révolutions pour faire changer les dispositifs dans lesquels la majorité de l'espèce se confine. Pour ce qu'il est envisageable d'en savoir, notre espèce est l'unique à avoir donné des sens aussi polysémiques aux choses qui l'entoure. En effet, peu de gens, en particulier en croisant les cultures et les époques, partagent le même sens d'une réalité sociale. A titre d'exemple, la conceptualisation du mariage a énormément changé au cours du développement de la société humaine, en étant quelquefois absent, quelquefois une question militaire, quelquefois une question morale, quelquefois une question de reproduction et quelquefois une question de liberté individuelle ou de dépendance.

Rôle de la culture chez notre espèce sociale

Le triomphe de la République par Aimé-Jules Dalou, Place de la Nation, Paris

Le fait que l'humain ne puisse survivre seul et qu'il ait besoin des autres en fait un "animal social". Les communautés d'humains sont généralement tissées d'un réseau complexe de relations sociales, de rites, d'usages, de croyances, de coutumes, de traditions, de normes sociales et de lois. Ce fait a été particulièrement tôt remarqué par les penseurs, en Orient comme en Occident : Aristote a défini l'humain comme un «animal social» ; Confucius déclare que, personne ne pouvant vivre avec les bêtes sauvages et les oiseaux, chacun se doit de participer à la société. La majorité des grandes créations humaines sont le produit d'une généalogie complexe d'influences culturelles et des efforts conjugués d'un groupe ou d'un peuple. Des pyramides aux haiku, des didgeridoo aux navettes spatiales, c'est à l'aspect social des humains qu'on peut relier la créativité et l'inventivité qui marque notre culture.

Le rôle de la culture idéologique chez l'espèce humaine dépasse largement celui qu'elle joue chez les autres espèces. Quoiqu'on ne puisse nier la culture présente chez les autres espèces sociales, deux définitions de la notion de culture cohabitent actuellement ensemble en science. Dans sa définition faible, la culture englobe l'ensemble des comportements culturels du règne animal :

«Ensemble de signes et de conduites constituant des distinctions dans le comportement de deux communautés appartenant à une même espèce. Pour faire culture, ces signes et conduites doivent être partagés par les membres du groupe, être transmis socialement et individuellement, manifester des variations dans le temps et dans l'espace telles que ces variations appartiennent toutes finalement à un même ensemble [4]

Cependant, dans sa définition forte, la culture moderne n'admet que la culture humaine :

«Ensemble des principes, des représentations et des valeurs partagées par les membres d'une même société (ou de plusieurs sociétés) et qui organisent leur façon d'agir sur eux-mêmes, c'est-à-dire d'organiser leurs rapports sociaux, la société. Par valeurs on sert à désigner les normes, positives ou négatives, qui s'attachent dans une société à des manières d'agir, de vivre, ou de penser ; les unes étant proscrites, les autres prescrites. [5]»

Adaptabilité de l'Homme

Si on considère son aire de distribution, la diversité des climats et des habitats qu'il peuple, l'être humain, grâce à son dynamisme ainsi qu'à sa capacité d'utiliser la matière s'adapte aux écosystèmes en les transformant. C'est l'une des espèces vivantes les plus versatiles pour modifier son environnement et apprivoiser les changements génèrés. Au contraire de de nombreuses autres espèces chez qui les capacités d'adaptation sont dues à la morphologie, le degré d'adaptabilité tient en premier lieu à sa flexibilité comportementale due surtout à son cerveau développé.

La plupart des espèces existantes (de la fourmi, au singe en passant par les reptiles ou les bactéries) ont une capacité d'adaptation en relation avec leurs biomes. L'humain, comme les animaux domestiques par exemple, ne dispose pas d'attributs morphologiques lui servant à se défendre contre les prédateurs (cornes, crocs, griffes... ) ou de survivre dans des conditions climatiques complexes (pas de fourrure). Cela n'a cependant pas empêché l'être humain d'occuper la majorité des milieux terrestres d'une part en sachant exploiter les ressources, en ignorant les conséquences de ses actes, mais également en transformant le biôme.

Même si la majorité des espèces transforment leur environnement (en construisant des nids, par exemple) et quelquefois de manière assez imposante comme les barrages fabriqués par les castors, l'espèce humaine peut produire des transformations bien plus radicales dans une évaluation des modifications écologiques de l'habitat. Les pertes de la biodiversité planétaire liées aux activités humaines est un exemple d'actualité. Grâce à leurs capacités cognitives et grâce aux connaissances technologiques acquises dans leur réseau social, les humains disposent d'une capacité et exerce des destructions de l'habitat. Cette orientation de l'évolution culturelle de l'espèce sert à détruire et de s'adapter de façon spécifiquement rapide comparé aux autres espèces animales pour lesquelles les capacités d'adaptation sont essentiellement déterminées par les lois de l'évolution biologique.

L'évolution biologique d'une espèce, ce qui n'est pas de l'adaptation, ni de l'évolution culturelle, est le fruit de mutation par la reproduction. Les espèces avec un cycle reproducteur habituel, les virus par exemple, évoluent rapidement, si on compare les temps de gestation avec les humains. La capacité de réagir de l'espèce humaine à un changement environnemental est quelquefois rapide. Ce n'est cependant pas une capacité d'adaptation physiologique ou organique qui est sollicité mais plutôt une adaptation comportementale ou technique, issue d'habitudes développées culturellement, découvertes ou imitées.

L'évolution technique et culturelle a entraîné l'expansion de la population humaine, la modification de l'environnement terrestre et la civilisation des sociétés humaines au cours des dernières centaines de milliers d'années. Certains chercheurs soutiennent que l'évolution génétique a précédé l'évolution culturelle humaine. Donc, la culture cognitive plus que la nature humaine a déterminé les transformations de l'environnement biophysique et sociale de l'espèce humaine, ce qui a génèré une perte d'habitat et de biodiversité. À ce sujet, le paléoanthropologue Yves Coppens soutient que «Le développement technique et culturel dépasse le développement biologique».

Les scientifiques qui élaborent le concept d'empreinte écologique considèrent que le mode de vie contemporain qui prévaut en Amérique du Nord, en Europe et dans les cultures modernes rend les humains identiques à des prédateurs de ressources, à des parasites de la biosphère, du monde animal et végétal. Il serait la cause de la sixième grande crise d'extinction massive des espèces que connaitrait l'histoire de la Terre .

Place du langage articulé

Même si plusieurs espèces ont des moyens de communication, rien d'identique aux élaborations humaines ainsi qu'à la place que prend le langage articulé n'a été observé jusqu'désormais. Les grammaires complexes ou les concepts abstraits que chaque humain utilise l'ensemble des jours ne se retrouvent nullement à l'état naturel chez les autres espèces. Il est aujourd'hui avancé en zoologie que les épaulards ont des accents linguistiques et des langues selon leur appartenance culturelle. Selon le linguiste Noam Chomsky, un trait différentif des humains serait l'instinct du langage, un mécanisme inné du cerveau capable d'acquérir un langage par l'observation de notre entourage.

Certains anthropologues pensent[Qui ?] que ces traits découlent d'un processus mental moins accessible, et peut-être propre à l'humain : l'aptitude à créer des idéaux ainsi qu'à y aspirer. Les êtres humains peuvent penser dans l'abstraction, manipuler des concepts, des idées. Ils peuvent se mettre en question, utiliser des raisonnements logiques, élaborer des règles morales, planifier consciemment des actions à long terme, tout cela dans une dimension qu'on ne connaît chez aucune autre espèce animale, même si certaines ont montré des facultés dans ces domaines. Homo sapiens veut dire d'ailleurs «Homme sage», «Homme qui pense».

Il existe peu d'éléments pour appréhender les capacités cognitives des autres espèces du genre Homo, comme Homo erectus, ou Homo neanderthalensis désormais éteintes. Leurs aptitudes au langage font toujours l'objet de débats passionnés, même si Homo neanderthalensis présentait les caractéristiques anatomiques indispensables à la parole. Il fabriquait aussi des outils identiques à ceux des premiers Homo sapiens, et la supériorité de ce dernier sur son contemporain paléolithique Néandertal n'a rien de certain. L'Homme de Néandertal avait surtout un cerveau plus volumineux.

Apprentissage et socialisation : les enfants sauvages

Si la génétique n'est pas suffisante et que le rôle du langage et de la culture sont des aspects essentiels de la nature humaine, l'humanité rentre dans le champ des débats sur l'inné et l'acquis et "nature et culture ". Ces questions se sont surtout posées au XIXe siècle avec les études sur l'apprentissage et la socialisation des enfants sauvages, et la question : quels apports culturels nécessite un petit d'humain pour devenir un humain ?

Approche de l'évolution culturelle en paléoanthropologie

Cette perspective, développée en premier lieu par Yves Coppens et Pascal Picq se fonde sur l'étude des premiers hominidés. Elle soutient que l'humanité est apparue après l'avènement de l'Homo sapiens.

Pour les paléoanthropologues et une bonne partie des chercheurs dans le domaine en sciences sociales, l'évolution biologique a précédé l'évolution culturelle, mais cette dernière a surpassée les effets de l'évolution biologique; c'est-à-dire que, selon ce paradigme, la culture est plus à même d'expliquer les transformations sociales et les différences entre les Hommes que la génétique. Les paléoanthropologues sont en accord avec l'approche biologique, jusqu'à un certain point ; ils conçoivent eux aussi que la culture est effectivement une donnée anthropologique (de l'ordre de la nature). Cependant ils ajoutent une nuance spécifique, la place de la culture dans la vie de notre espèce animale :

«Les origines de notre espèce Homo sapiens sont sans doute africaines et remontent à plus de 200 000 ans. Mais une révolution énorme arrive, portée par certaines populations d'Homo sapiens : la révolution symbolique, avec l'art qui apparaît sous toutes ses formes - musique, gravure, peinture, sculpture, sans oublier les parures et mobilier funéraire. [6]»

Pour pouvoir comprendre dans quelle mesure l'Homo sapiens n'a pas de toujours l'être humain, les paléoanthropologue ont dû chercher à comprendre ce phénomène spécifique. Ils en sont venu à la conclusion provisoire mais actuelle que l'humanité est en fait notre invention :

«C'est une construction de notre psychisme qui s'appuie obligatoirement sur un substrat cognitif dont les origines remontent au-delà du dernier ancêtre commun que nous partageons avec le chimpanzé. Au cours de leur évolution, les chimpanzés ne sont pas devenus des hommes; quant aux hommes, il n'est pas certain qu'ils soient devenus humains. [6]»

En ce sens, ces chercheurs affirment que l'humain est loin d'être une notion qui va de soi et qu'il faut parvenir à distinguer l'espèce de l'idéal pour saisir le propre de notre espèce. Sous cet angle d'analyse l'humain devient une création dans l'esprit de notre espèce. Le paléoanthropologue Pascal Picq pose ainsi la question :

«Le propre de l'humain n'est-il pas précisément de se poser cette question : "Qu'est ce que l'humain ?" Et est-ce ce sens propre à notre espèce Homo sapiens ? Dans ce cas, les autres hommes, dits préhistoriques, étaient-ils des humains ?[7]»

Pour résumer, selon cette approche la culture humaine, comprenant l'histoire, la connaissance humaine et le fait "humain" forme la création de ce qui ressemble au propre de notre espèce.

En opposition à cette approche se pose celle d'Edward Oslimite Wilson et son approche sociobiologique qui sous-tend que la culture modifie la génétique et que les facteurs explicatifs des comportements et de la spécificité humaine sont d'ordre purement biologiques. L'enjeu autour de la question demeure important et ladite réponse, non résolue, malgré les ressources de l'espèce.

Résumé sur le propre de l'Homme

En fin de compte, la question «quel est le propre de l'humain ?» relève probablement en premier lieu de la biologie et de la philosophie. C'est aussi une question posé en science, comme c'est le cas en paléoanthropologie et en sociobiologie.

Du point de vue de la biologie, cette question peut sembler peu pertinente pour les chercheurs et les éducateurs en sciences humaines. Si on prend l'angle d'approche de la sociobiologie cela semble plus pertinent pour inclure le rôle écologique de l'espèce humaine dans la culture. La paléoanthropologie apporte une réponse intéressante à la question, tout en se concentrant sur les aspects biologiques d'Homo sapiens. Une citation de Pascal Picq résume cette position scientifique :

«L'humain est bien une invention des hommes, qui repose sur notre héritage historique partagé, mais n'est pas une évidence pour tout autant. Homo sapiens n'est pas humain de fait. [8]»

Pour la philosophie et la religion les débats abstraits se poursuivent toujours aujourd'hui autour de la question de l'essence de la "nature humaine".

L'unité de l'humanité

En philosophie

Antiquité

L'idée d'une unité de l'humanité est apparue dans les temps les plus anciens.

En Chine, Confucius (551-479 av. J. -C. ), contemporain des présocratiques, proposa, dans le climat de décadence du pouvoir central de cette époque, un parfait éthique de l'homme où la vertu est centrale, ainsi qu'un parfait politique (les Entretiens).

Le ren ou jen est la vertu d'humanité, de dignité de l'homme, sens de l'humain et de la sagesse. La Voie Dao (ou Tao) est , à côté du ren, le chemin des anciens.

Cet parfait politique se retrouve quelques siècles plus tard en occident, à travers la conscience d'une unité de l'humanité. A titre d'exemple, dans le stoïcisme : «les hommes ne doivent pas se séparer en cités et en peuples ayant chacun leurs lois spécifiques, car l'ensemble des hommes sont des concitoyens» (Plutarque). «Ma patrie, c'est le monde» (Sénèque).

Moyen Âge

Il faut noter au Moyen Âge l'intégration des concepts de métaphysique en occident (Thomas d'Aquin), à partir des échanges qui eurent lieu avec la civilisation islamique. Cette possibilité a résulté d'une similitude d'approche entre les grandes religions sur des concepts fondamentaux de la philosophie antique, celle-ci étant représentée essentiellement par Aristote sur les questions métaphysiques : substance, être, essence, existence.

Lumières

Cette notion de destin collectif a été développée au XVIIIe siècle par les philosophes, à travers les notions de droit naturel.

XIXe siècle

L'idée de destin collectif est contestée au XIXe siècle par Arthur Schopenhauer et Friedrich Nietzsche.

Auguste Comte reprit l'idée d'humanité à travers ce qu'il nomma le Grand-Être et la religion de l'humanité (voir positivisme religieux)  : cette idéologie proposait en réalité une religion sans Dieu [9]. Elle fut rapidement déformée par certains de ses successeurs. A titre d'exemple, Charles Maurras s'inspira de la synthèse subjective d'Auguste Comte (1854), et réduisit le Grand-Être à la nation. Il introduisit les formes modernes de nationalisme en France, et inspira de nombreux mouvements politiques, parfois extrémistes.

XXe siècle

Henri de Lubac critiqua les conceptions humanistes du XIXe siècle[10].

Les progrès techniques vont provoquer des changements imprévisibles dans la définition de ce qu'est l'«être humain», surtout des actions sur la génétique et des cyborgs. A titre d'exemple, l'écrivain de science-fiction Isaac Asimov a énoncé les trois lois de la robotique pour encadrer les pouvoirs délégués aux robots, et s'est interrogé dans plusieurs de ses romans sur ce qui ferait d'un robot un membre de l'humanité.

Certains courants philosophiques modernes ont nié l'existence d'une nature humaine. C'est le cas, par exemple, du marxisme pour lequel la nature se réduit à «la totalité des rapports sociaux» (Karl Marx). Dans une même perspective, pour l'existentialisme français, «l'existence précède l'essence» (Jean-Paul Sartre), de sorte que, au sens strict, la nature humaine n'existe pas. Plusieurs autres philosophes contemporains continuent de tenter de définir la nature humaine.

La notion d'humanité a donné la notion de solidarité étendue à toute l'espèce, fréquemment résumée par le mot «humanitaire».

L'humanité est par conséquent la totalité des êtres humains, quelles que soient leurs différences, qu'elles soient culturelles, ethniques, religieuses, philosophiques, sexuelles, géographiques ou autres.

Dans les religions

Dans le christianisme

L'unité de l'humanité revêt deux formes :

Unité de la nature humaine

Au niveau de chaque individu, le corps, l'esprit, et l'âme forment une seule nature, la nature humaine.

Saint Paul affirme en effet :

«Que le Dieu de paix lui-même vous sanctifie tout entier, et que tout ce qui est en vous, l'esprit, l'âme et le corps, se conserve sans reproche jusqu'au jour de l'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ !» [11]

L'Église catholique l'exprime de la façon suivante :

«L'unité de l'âme et du corps est si profonde qu'on doit considérer l'âme comme la forme du corps ; c'est-à-dire, c'est grâce à l'âme spirituelle que le corps constitué de matière est un corps humain et vivant ; l'esprit et la matière, dans l'homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature[12]
Unité de l'humanité

D'autre part, l'humanité a aussi une unité d'esprit, à travers l'Esprit Saint. La Prière eucharistique IV mentionne l'expression de «Création tout entière» :

«À nous qui sommes tes enfants, accorde, Père particulièrement bon, l'hé­ritage de la vie éternelle auprès de la Vierge Marie, la bien­heureuse Mère de Dieu, auprès des Apôtres et de l'ensemble des saints, dans ton royaume, où nous pourrons, avec la création tout entière enfin libérée du péché et de la mort, te glorifier par le Christ, notre Seigneur, par qui tu donnes au monde toute grâce et tout bien.»

Enjeux moraux et juridiques

La définition d'une nature humaine a des enjeux moraux, légaux et de pérennité : si certains humains ne sont pas reconnus comme tels, il n'est pas indispensable de les traiter avec les égards dus à une personne. La controverse de Valladolid opposa par exemple en 1550 le dominicain Bartolomé de Las Casas et le philosophe Sepulveda sur le statut des Indiens d'Amérique.

L'homme et son environnement

. Dans plusieurs traditions philosophiques et religieuses, il existe une formulation de domination de l'homme sur les autres êtres vivants [13]. Cette forme de domination semble avoir été accentuée et récupéré par des cultures humaines vers le XVIIe siècle, quand, par exemple, Descartes affirme, dans la sixième partie du discours de la méthode :

«[... ] au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connoissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux, et de l'ensemble des autres corps qui nous environnent, aussi nettement que nous connoissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à l'ensemble des usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature.»

L'idée de domination est ici remplacée par Descartes par celle de «maîtrise» et de «possession».

Pour les biologistes contemporains, l'humain est un primate et un super-prédateur. Pour les écologistes et les anthropologues, l'humain contemporain moderne entretient une culture qui modifie consciemment le biotope terrestre à une vitesse qui n'a jamais été atteinte par d'autres êtres vivants. Cependant, l'importance de cette modification est actuellement bien loin derrière les effets d'autres êtres vivants, comme par exemple les bactéries et les plantes qui ont modifié la composition de notre atmosphère. De ce point de vue, l'humain est un animal en rupture culturelle avec son environnement naturel. La quasi-totalité des réactions des humains civilisés est liée à des peurs et des désirs qui influent sur son jugement et son comportement de façon non maîtrisée, ou alors inconsciente pour certains. Cette orientation culturelle, d'une vision historique a marqué la pensée sociale et peut se retrouver sous la forme de dictons tel que celui prononcé par Thomas Hobbes : "L'homme est un loup pour l'homme". Parallèlement à ces visions anthropomorphiques de supériorité, à la domination culturelle humaine exercée sur la biosphère ainsi qu'à la l'influence de certains individus de l'espèce humaine sur d'autres, existaient, existent et existeront des idéologies pratiques d'inter-relation et d'inter-dépendance avec ce qui nous entoure, nous supporte et nous réconforte, la nature.

Vision d'interdépendance

Des modes de pensée concevant l'Homme comme étant lié à son environnement existent depuis des millénaires ; l'idée selon laquelle l'humain est perçu plutôt comme étant ce qu'il est parce que les autres sont ce qu'ils sont , existait et existe en même temps que la vision de supériorité mais pas dans les mêmes cultures.

Cette vision d'interdépendance s'exprime toujours clairement aujourd'hui chez plusieurs peuples aborigènes ou amérindiens. A titre d'exemple, chez les Inuits la terminologie pour décrire notre espèce veut dire littéralement "gens". Ce concept pluriel se distingue de celui d'"Homme" qui est plutôt singulier. Il en va de même pour la philosophie de l'Ubuntu qui ne peut concevoir sa propre existence qu'en relation avec celle des autres et de celle du Temps du rêve. Ces peuples vont se concevoir comme de simples intervenants parmi d'autres dans le fonctionnement du monde. Chaque autre élément, qu'il soit végétal, minéral ou animal, a son importance et a droit d'existence et au respect. Ce respect peut quelquefois s'illustrer par la croyance en l'incarnation d'un esprit ou d'un dieu incarnant ces différents éléments.

Le type de vision d'interdépendance des humains entre eux et avec leur environnement, a pris son importance dans les sociétés individualistes depuis les années 1980 avec la montée des discours, des idées écologistes et des connaissances. Plusieurs autres facteurs ont aussi favorisé l'émergence de ce type de discours qui peut aussi s'apercevoir dans les idées actuelles de partage de savoirs pour le bien de tous.

Cette conception de l'interdépendance existe aussi en science, dans les traditions philosophiques et religieuses, surtout la tradition judéo-chrétienne qui conçoit la Création comme un tout.

Voir aussi

Lien externe

Notes et références

  1. dans "l'Avis aux lecteurs" de Gargantua (1534)
  2. Des Parties des animaux, III, X
  3. (en) http ://news. bbc. co. uk/1/hi/sci/tech/6948446. stm
  4. Godelier, M. (1998)  : «Quelles cultures pour quels primates, définition faible ou définition forte de la culture ?», dans Ducros A., Ducros J. & F. Joulian, La culture est-elle naturelle ? Histoire, épistémologie et applications récentes du concept de culture, Paris, Errance, p. 217.
  5. Godelier, M. (1998)  : «Quelles cultures pour quels primates, définition faible ou définition forte de la culture ?», dans Ducros A., Ducros J. & F. Joulian, La culture est-elle naturelle ? Histoire, épistémologie et applications récentes du concept de culture, Paris, Errance, p. 218.
  6. PICQ P L'humain à l'aube de l'humanité p59 dans Qu'est ce que l'humain ?
  7. PICQ P L'humain à l'aube de l'humanité p33 dans Qu'est ce que l'humain ?
  8. Picq P., «L'humain à l'aube de l'humanité» p64, dans Qu'est ce que l'humain ?
  9. Le positivisme est un culte des morts, Raquel Capurro
  10. le Drame de l'humanisme athée, 1942
  11. Saint Paul, Première épître aux Thessaloniciens, chapitre 5, verset 23
  12. Jean-Paul II, Catéchisme de l'Église catholique, numéro 365, page 84.
  13. Voir à ce sujet le Livre de la Genèse, chapitre 1

Bibliographie

Citations sur la nature de l'Homme

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