Historicisme

L'historicisme est «une tendance doctrinale considérant toute connaissance, toute pensée, toute vérité, toute valeur liée à une situation historique déterminée, et préférant l'étude de leur développement plutôt que celle de leur nature propre».



Catégories :

Courant philosophique - Historiographie

Recherche sur Google Images :


Source image : irismonument.be
Cette image est un résultat de recherche de Google Image. Elle est peut-être réduite par rapport à l'originale et/ou protégée par des droits d'auteur.

Page(s) en rapport avec ce sujet :

  • ... Origine et histoire de «historicisme» Étymologie... l'économie en l'inscrivant dans un temps historique réel pour en saisir la spécificité historique. La postérité de l'historicisme est pour le moins ambiguë, ... (source : fr.wiktionary)
  • Les principes de l'«historicisme politique» sont ainsi résumés à la fin du .... pour lui de donner voix à l'énergie cachée dont chaque historicisme est le gardien, ... Avec l'analyse du discours historique, par contre, le concept de ... (source : multitudes.samizdat)
  • A cela Strauss va opposer que l'historicisme est par nature incapable de se.... historique et affirme que le Second Discours présente une «histoire» de ... (source : actu-philosophia)

L'historicisme est «une tendance doctrinale considérant toute connaissance, toute pensée, toute vérité, toute valeur liée à une situation historique déterminée, et préférant l'étude de leur développement plutôt que celle de leur nature propre»[1]. C'est une notion présente dans les débats nés des discussions autour de la philosophie de l'histoire. Le philosophe Karl Popper en est le plus célèbre critique.

Définition

Le terme «historicisme» recouvre plusieurs acceptions.

L'historicisme (historismus ou historizismus) sert à désigner en premier lieu une période de l'historiographie allemande incarnée par Ranke, Droysen ou Meinecke[2], mais également par les économistes List, Hildenbrand, Knies ou Schmoller, et dominante dans la seconde moitié du XIXe siècle. Désireux d'ériger l'histoire au rang de science rigoureuse, ces auteurs défendent plusieurs principes communs : l'historien doit établir les faits tels qu'ils se sont produits et saisir le passé dans sa singularité comparé aux autres époques, sans chercher à émettre un jugement de valeur; toute entreprise de systématisation doit être rejetée au profit d'une recherche des causes immédiates des événements. S'inspirant de la pensée de Herder, ils nomment à considérer chaque époque en elle-même et rejettent toute philosophie téléogique de l'histoire. Cet historicisme applique à la méthode historique les concepts du positivisme[3]. D'autre part, rejetant l'universalisme de l'école classique, ils considèrent que chaque cas national doit être étudié à part, pour parvenir à la connaissance[4].

De son côté, Ernst Trœltsch définit, en 1922, dans Der Historismus und seine Probleme, l'historicisme comme «l'historicisation principale de toute notre pensée sur l'homme, sa culture et ses valeurs.» Selon lui, ce n'est pas l'esprit humain qui, en façonnant ses pensées et ses valeurs, oriente l'histoire, mais le contexte historique qui les détermine[5].

C'est cette seconde acception de l'historicisme que la majorité des penseurs du XXe siècle ont retenu. Ainsi, Raymond Aron en parle comme de «la doctrine qui proclame la relativité des valeurs et des philosophies autant que de la connaissance historique»[6]. Pour sa part, Leo Strauss critique le relativisme de cet historicisme, dont il fait remonter l'origine à l'école historique allemande du XIXe siècle[7].

En revanche, Louis Althusser vise la conception hégélienne de l'histoire lorsqu'il parle d'historicisme[8], [9].

Quant à Karl Popper, mettant sous ce terme les pensées de Platon, Hegel et Marx[10], il donne cette définition de l'historicisme dans Misère de l'historicisme (1944) [11] :

«Qu'il me suffise de dire que j'entends par [historicisme] une théorie, touchant l'ensemble des sciences sociales, qui fait de la prédiction historique leur principal but, et qui enseigne que ce but peut être atteint si on découvre les «rythmes» ou les «motifs» (patterns), les «lois», ou les «tendances générales» qui sous-tendent les développements historiques.»

Il s'agit par conséquent d'envisager l'histoire comme le développement d'un processus identifié et déterminé, qu'on devine à l'aide du passé, et qui sert à déterminer le futur. Selon Karl Popper, le marxisme est l'historicisme le plus abouti, qui fait explicitement de la lutte des classes le moteur de l'histoire.

Pour Christophe Bouton, «Popper sème la confusion en définissant l'historicisme comme une doctrine qui affirme la prédictibilité de l'histoire à partir de lois générales, ce que nient tant l'historicisme épistémologique que l'historicisme relativiste[12]

Pour sa part, George W. Stocking reprend la définition de l'historicisme épistémologique dans son article «On the limits of "presentism" and "historicism" in the historiography of the behavioral sciences» (1965), où il met en garde les historiens contre l'abus des récurrences et des anachronismes propres au point de vue des vainqueurs et leur oppose l'historicisme méthodologique, qui permet d'appréhender une «raisonnabilité» et des modalités du savoir différentes[13].

De même, en 1998, Laurent Mucchielli considère qu'«être historiciste ou tout simplement historien, c'est comprendre que les textes ont des contextes, que les discours ont été pensés et prononcés à l'intention d'un auditoire, que les articles et les livres ont été pensés et écrits à l'intention d'un lectorat, que les grands hommes quels qu'ils furent ont eu des professeurs et n'ont pas tout découvert, qu'ils ont reproduit comme les autres les préjugés et les stéréotypes culturels les plus généraux de leur époque, qu'ils ont eu les mêmes faiblesses narcissiques (fréquemment plus que les autres... ), bref qu'ils furent simplement des hommes et en particulier des hommes de leur temps[14], [15]

Discussion

Certains auteurs font le lien entre le développement de l'historicisme et du positivisme et les égarements des idéologies modernes de l'autonomisation de la volonté du Sujet. Un Vœgelin, un Karl Löwith ou un Leo Strauss n'hésitent pas à voir dans la pensée moderne l'expression d'un historicisme, réalisé par Hegel et Comte.

Les critiques de l'historicisme

La notion

La critique porte sur le fait que la représentation d'un tel développement de la Raison dans l'Histoire, non seulement est contradictoire en soi (si chaque époque révèle un particularisme qui doit être dépassé, la modernité est une telle époque), mais aboutit aussi à rendre relatives les figures historiques dans lesquelles la raison s'est montrée.

Le relativisme propre à l'historicisme tend à déconsidérer comme choses du passé les philosophies antérieures, pour ne privilégier que ce qui arrive en dernier. Non seulement l'historicisme est aliéné à la conscience historique, mais tend à faire le lit de l'idée selon laquelle les Modernes comprennent mieux les auteurs du passé, que ceux-ci ne se comprenaient eux-mêmes. Cette appréhension surplombante du passé, comme elle réinterprète l'histoire à la faveur des opinions du présent et sous le mode du relativisme, préfigure le nihilisme, et par sa distinction entre faits et valeurs, l'éclatement de la philosophie en sciences humaines.

Selon l'encyclique Fides et ratio, pour comprendre correctement une doctrine du passé, il est indispensable que celle-ci soit replacée dans son contexte historique et culturel. Cependant, l'encyclique dit aussi que la connaissance historique ne peut pas aboutir à la négation des vérités immuables et éternelles.

Les critiques libérales

Article détaillé : Historicisme (économie) .

La critique de l'historicisme, proche de la critique du scientisme est un thème récurrent de la pensée libérale contemporaine, Friedrich Hayek, en plus de Popper et Mises, s'en est fait l'écho.

L'économiste libéral Ludwig von Mises présente en 1957[16] l'historicisme comme une doctrine épistémologique par essence hostile à l'économie. Selon lui, l'historicisme rejette toutes sources de connaissance - hormis les sciences naturelles, la logique et les mathématiques - qui ne seraient pas fondées sur l'étude de l'histoire, au premier rang desquelles l'économie. L'historiciste estime que l'erreur principale de l'économie est de croire que l'homme recherche exclusivement son bien-être matériel. Mises conteste que l'économie prêche une telle croyance : toute action humaine s'expliquerait par un jugement de valeur des individus. Ainsi le coût, qui pour les historicistes est un élément propre aux sociétés capitalistes, serait en réalité «un élément de tout type d'action humaine, quelles que soient les caractéristiques du cas spécifique. Le coût est la valeur des choses auxquelles l'acteur renonce pour parvenir à ce qu'il veut : c'est la valeur qu'il attache à la satisfaction désirée de façon la plus pressante parmi les satisfactions qu'ils ne peut avoir parce qu'il en a préféré une autre. C'est le prix payé pour une chose».

Mises postule mais aussi, croyant pouvoir appliquer les méthodes des sciences naturelles à l'histoire, l'historiciste recherche les lois qui gouverneraient l'histoire. S'étant fixé un objectif impossible, les lois que l'historiciste décrit ne sont tant que le produit de son intuition, peu importe que «l'auteur de l'Apocalypse, Hegel et , par dessus tout, Marx se considéraient comme idéalement informés des lois de l'évolution historique.»

Notes et références

  1. Dictionnaire actuel de la langue française, Paris, Éditions Flammarion, 1985, p. 552.
  2. Friedrich Meinecke, Die Entstehung des Historismus, 1936.
  3. Christophe Bouton, Le procès de l'histoire, fondements et postérité de l'idéalisme historique, 2004, p. 254.
  4. Mokhtar Lakehal, Dictionnaire de science politique. Les 1500 termes politiques et diplomatiques, Pairs, L'Harmattan, 2005, 430 pages, p. 206 (ISBN 2747587630) .
  5. Christophe Bouton, Le procès de l'histoire, fondements et postérité de l'idéalisme historique, 2004, p. 254-255.
  6. Raymond Aron, La Philosophie critique de l'histoire, 1938
  7. Christophe Bouton, Le procès de l'histoire, fondements et postérité de l'idéalisme historique, 2004, p. 255.
  8. Louis Althusser, «Le marxisme n'est pas historicisme», Lire le Capital, tome 1, 1968.
  9. Christophe Bouton, Op. cit. , p. 255-256.
  10. Mokhtar Lakehal, Op. cit. , 2005, p. 206.
  11. Karl Popper, Misère de l'historicisme, Plon, 1955.
  12. Christophe Bouton, Op. cit. , p. 255, note 2.
  13. Claude Blanckært (dir. ), L'Histoire des sciences de l'Homme. Trajectoire, enjeux et questions vives, Paris, L'Harmattan, 1999, 308 pages, p. 13 (ISBN 2738483216) .
  14. Laurent Mucchielli, La découverte du social : naissance de la sociologie en France, 1870-1914, Paris, La Découverte, 1998.
  15. Claude Blanckært (dir. ), Op. cit. , 1999, p. 13-14.
  16. dans son ouvrage Théorie et histoire : une interprétation de l'évolution économique et sociale publié en 1957, consultable en ligne : site de Hervé de Quengo

Bibliographie

Lien externe

Recherche sur Amazone (livres) :



Ce texte est issu de l'encyclopédie Wikipedia. Vous pouvez consulter sa version originale dans cette encyclopédie à l'adresse http://fr.wikipedia.org/wiki/Historicisme.
Voir la liste des contributeurs.
La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 09/03/2010.
Ce texte est disponible sous les termes de la licence de documentation libre GNU (GFDL).
La liste des définitions proposées en tête de page est une sélection parmi les résultats obtenus à l'aide de la commande "define:" de Google.
Cette page fait partie du projet Wikibis.
Accueil Recherche Aller au contenuDébut page
ContactContact ImprimerImprimer liens d'évitement et raccourcis clavierAccessibilité
Aller au menu