Épicure
Épicure est un philosophe grec, né à Athènes fin -342 ou début -341, mort en -270. Il est le fondateur, en 306 av. J. -C.
Catégories :
Philosophe de la Grèce antique - Philosophe agnostique - Décès en -270 - Philosophe hellénistique - Épicurisme - Courant philosophique
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Définitions :
- Philosophe grec fondateur de l'école dite du Jardin, plus connue sous le nom d'épicurisme. Cf. infra, Simulacre. (source : tvcover.free)
| Philosophe Grec Antiquité |
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|---|---|
![]() Hermès romain d'Épicure |
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| Naissance : | fin -342 ou début -341 (Athènes) |
| Décès : | -270 |
| École/tradition : | Atomisme, fondateur de l'épicurisme, précurseur du matérialisme |
| Principaux intérêts : | Théorie de la connaissance, Physique, Éthique, Eudémonisme |
| Idées remarquables : | clinamen ou déclinaison des atomes, atome, vide, prénotion (ou prolepse), ataraxie |
| Influencé par : | Leucippe, Démocrite |
| A influencé : | Cicéron, Lucrèce, Horace, Ovide, Sénèque, Marc Aurèle, Érasme, Montaigne, Gassendi, Voltaire, Hume, Bentham, Schelling, Mill, Marx, Nietzsche, Onfray |
Épicure (en grec Ἐπίκουρος) est un philosophe grec, né à Athènes fin -342 ou début -341, mort en -270. Il est le fondateur, en 306 av. J. -C., de l'épicurisme, l'une des plus importantes écoles philosophiques de l'Antiquité.
Biographie
La vie et l'éducation d'Épicure
Épicure, selon l'opinion la plus courante rapportée par Diogène Laërce, est né à Athènes, dans le dème de Gargettios, en -341. Son père, Néoclès, enseignait la grammaire, et sa mère, Chérestrate était magicienne. Épicure semble avoir été élevé à Samos (peut-être même y est-il né, son père étant un colon athénien), puis il vint à Athènes pour y accomplir son service militaire vers l'âge de 18 ans, avant de partir rejoindre son père à Colophon, au nord de Samos, en -323. Il y resta de -323 à -321 et y reçut certainement les leçons de Nausiphane. Il gagne ensuite Mytilène où il commence à enseigner. Sa philosophie suscite alors l'hostilité (mais il y rencontre son disciple et futur successeur Hermarque), et il part rapidement pour Lampsaque où il vivra de -310 à -306. Il y rencontre Colotès, Métrodore, Idoménée qui le suivront à Athènes.
En -306, à 35 ans, il vint s'installer à Athènes qui venait d'être délivrée par Démétrios Poliorcète, et il y acheta un jardin pour 80 mines : l'école du Jardin devint le centre des études épicuriennes. Il y passa le reste de sa vie. C'est pendant cette dernière période qu'il rédige un très grand nombre de ses œuvres et de ses lettres ; il est l'un de ceux qui ont le plus écrit dans l'Antiquité (300 ouvrages semble-t-il). Il eut pour disciples : Hérodote, Pythoclès, Hermarque, Métrodore, Polyénosz, Léonteos de Lampsaque, Themista, Leontion, Colotès, et Apollonidès, avec lequel il aurait eu plusieurs rapports homosexuels, courants dans la Grèce antique.
Épicure mourut en 270 av. J. -C. La vie qu'il mena dans son jardin fut simple et frugale, il était végétalien (il mangeait tout de même à l'occasion du fromage). Selon Dioclès, cité par Diogène Laërce, «un verre de vin lui suffisait, et il buvait plutôt de l'eau.» Le Jardin est néenmoins passé pour un lieu de débauche, mais de telles accusations semblent calomnieuses, vu l'habitude des philosophes de lancer des accusations douteuses contre leurs adversaires. L'image d'Épicure est devenue celle d'un impie et d'un débauché, pire, d'un pourceau.
La vocation de philosophe lui vint particulièrement tôt, à 14 ans selon le témoignage de Diogène Laërce, lorsque, à la lecture d'Hésiode, il demanda à son maître d'où venait le chaos essentiel d'où toutes choses sortaient que décrit le poète dans la Théogonie. Les réponses de son maître ne le satisfaisant pas, il décida de philosopher seul et sans guide, en autodidacte (on lui reprochera plus tard de s'en être vanté). Il reçut néenmoins les leçons d'un platonicien, Pamphile, et de Nausiphane et Nausycide, des atomistes.
Sa philosophie prône le contentement (de ses avoirs, de son état affectif, de son rang social) et la vie communautaire entre amis dans un bonheur stable. Elle s'oppose avec force au platonisme et de manière plus mesurée à la doctrine d'Aristote (des fragments nous font voir en Épicure un lecteur consciencieux d'Aristote) ; quant à l'héritage démocritéen, l'atomisme épicurien n'en est pas une simple copie : Épicure modifie certaines idées de Démocrite et ajoute le concept particulièrement important de clinamen (voir plus bas le chapitre sur la physique d'Épicure).
Son caractère, et l'influence de sa pensée
Épicure voulut assurer l'immortalité de son nom, en léguant le Jardin sous la condition que sa philosophie y fût enseignée et qu'on célébrât chaque mois une fête en son honneur. Il faisait des résumés de ses œuvres et conseillait à ses disciples de les apprendre par cœur.
Mais cet orgueil de philosophe mis de côté, Épicure est décrit comme un ami fidèle et bienveillant, d'un naturel sympathique : «Sa vertu fut marquée en d'illustres caractères, par la reconnaissance et la piété qu'il eut envers ses parents et par la douceur avec laquelle il traita ses esclaves[1].» C'est Sénèque, un Stoïcien, qui dit de sa pratique : «Pour moi, je pense et j'ose le dire contre l'opinion des nôtres, que la morale d'Épicure est saine, droite et même austère pour qui l'approfondit... Je dis qu'elle est décriée sans l'avoir mérité[2].»
La doctrine d'Épicure eut un succès prodigieux, tant par le nombre de ses disciples, que par l'affection et les forts sentiments dont elle fut l'objet : «Le charme de cette doctrine égalait la douceur des sirènes[3].» Elle gagna Rome et toute l'Italie, avec Lucrèce surtout, qui est reconnu comme l'un des rares poètes (sinon l'unique) à avoir réussi à mettre de la philosophie en vers.
La popularité de l'épicurisme contraste avec la diffusion plus faible des doctrines des autres philosophes de l'Antiquité. Le stoïcisme apparaît réservé à des individus capables d'une discipline peu commune, et le platonisme se diffuse en particulier dans les milieux cultivés. On a quelquefois rapproché Épicure de Jésus, en soutenant que ces deux hommes faisaient figure de sauveurs aux yeux du peuple ; et , en effet, les consolations apportées par Épicure sont chantées par Lucrèce comme des dons divins, propres à régénérer l'homme tourmenté par les passions, les superstitions, la peur des dieux, etc. C'est pourquoi certains philosophes, tels que Nietzsche, n'hésitent pas à voir en cette pensée une sorte de christianisme païen[4], i. e. une pensée rédemptrice mais sans la notion de péché propre à cette dernière religion.
Malgré cette œuvre énorme, quoiqu'Épicure eût élaboré l'une des doctrines cardinales de l'histoire de la civilisation européenne (une autre, la plus opposée, étant le stoïcisme), il ne nous reste que trois lettres de ce grand et puissant philosophe (Lettre à Hérodote, Lettre à Pythoclès et Lettre à Ménécée), et quelques maximes (40 Maximes Capitales et 81 Sentences Vaticanes) découvertes pour la majorité à la fin du XIXe siècle. Des fragments du De la nature (Peri phuseos) furent aussi découverts à Herculanum en 1752 (à une époque où la morale épicurienne, longtemps combattue, revenait en force).
Cause de sa mort
Il est mort d'une rétention d'urine causée par la pierre (certainement des calculs rénaux), comme le dit Hermarque dans ses lettres, après une maladie qui a duré quatorze jours ; Hermippe raconte qu'alors il entra dans une baignoire de bronze tempérée d'eau chaude, demanda du vin pur et l'avala. Après avoir enjoint ses amis de se remémorer ses doctrines, ainsi mourut-il.
Il laissa un testament[5] et une lettre à Idoménée.
Doctrine
Le quadruple remède
La doctrine d'Épicure peut être résumée par ce que les épicuriens ont nommé le tetrapharmakon (quadruple-remède), que fit graver Diogène d'Œnoanda sur le mur d'un portique, formulé ainsi :
- on ne doit pas craindre les dieux ;
- on ne doit pas craindre la mort ;
- le bien est facile à atteindre ;
- on peut supprimer la douleur.
Épicure l'avait lui-même formulé ainsi :
«Et désormais y a-t-il quelqu'un que tu mettes au-dessus du sage ? Il s'est fait sur les dieux des opinions pieuses ; il est constamment sans crainte en face de la mort ; il a su comprendre quel est l'objectif de la nature ; il s'est rendu compte que ce souverain bien est facile à atteindre ainsi qu'à réaliser dans son intégrité, qu'en revanche le mal le plus extrême est étroitement limité quant à la durée ou quant à l'intensité ; il se moque du destin, dont certains font le maître absolu des choses. [6]»
On remarque que deux points ont été éludés, la connaissance de la nature (qui concerne par conséquent la partie physique de la doctrine d'Épicure) et la sérénité face au destin.
Le nom de pharmacie indique la finalité de la pensée épicurienne : il faut guérir les hommes des maux qui les accablent. Si la présentation de l'épicurisme dans cet article suit une division classique de la philosophie, sa finalité ultime devra être toujours gardée à l'esprit. On peut noter que le mot grec pharmakos veut dire aussi «poison». Cette ambiguïté du terme pourrait rejoindre la double interprétation nietzschéenne de l'épicurisme, à la fois comme une saine doctrine qui combat les superstitions et comme une ascèse hostile à la vie qui préfigure la récupération chrétienne de la souffrance[7].
Théorie de la connaissance (ou gnoséologie)
Contexte philosophique
Épicure élabore une théorie de la connaissance qui se fonde sur les sens, sur la véracité des sensations qui garantissent seules que nous connaissons la réalité. Il invente aussi la théorie des prénotions : nous formons en nous des concepts à partir d'expériences répétées. Ces prénotions donnent un point de départ à la réflexion humaine sans néenmoins recourir à l'hypothèse platonicienne d'une réminiscence des Idées intelligibles.
La question de la fiabilité des sensations est spécifiquement débattue par les philosophes hellénistiques. Soit les sensations sont toutes fausses (thèse sceptique), soit certaines sont vraies et certaines sont fausses, soit elles sont toutes vraies. La thèse sceptique est contradictoire : il faudrait pour la valider un critère supérieur aux sens ; or la raison est dépendante des sens car nos concepts viennent de l'expérience sensible. La seconde thèse est aussi impossible, car il faut un critère pour distinguer une sensation fausse d'une sensation vraie. Mais, pour Épicure, il n'y a pas de critère en dehors des sens, et une sensation ne peut réfuter une autre sensation, car les sens sont différents entre eux. Les sens ne peuvent par conséquent se contredire.
Il ne reste par conséquent que la thèse selon laquelle l'ensemble des sensations sont vraies[8]. Ce point sera développé dans la canonique : la canonique est la première partie de la philosophie d'Épicure, et elle porte sur les critères (canon) de la vérité. Elle consiste en quatre sortes d'évidence.
Les quatre évidences
- La passion ou affection (pathos), évidence du plaisir et de la douleur. Le plaisir nous fait connaître une cause de plaisir, et la souffrance, une cause de souffrance. L'agréable et le pénible sont par conséquent des critères de la vérité non seulement de l'état passif, mais également de sa cause.
- La sensation ou impression sensible : c'est un état passif de la sensation, né du contact avec les choses, et qui nous fait connaître avec certitude la cause active et productrice. Cet état, en effet, par définition (la sensation est irrationnelle et sans mémoire), ne peut agir par lui-même et modifier ce qui nous touche de l'extérieur ; la sensation ne réagit que si elle est excitée par une cause extérieure qui existe par conséquent obligatoirement. En conséquence, les objets sont tels qu'ils nous apparaissent puisque l'ensemble des sensations sont , selon ce critère, aussi vraies : «Dire qu'une sensation est fausse reviendrait à dire que rien ne peut être perçu[9].»
L'erreur est expliquée par le jugement de la raison : les illusions des sens ne sont pas dans nos représentations, mais dans ce que nous y ajoutons par nos jugements, nos raisonnements, nos souvenirs, etc. ; mais, en tout cas, il est impossible de prouver la fausseté de la sensation sans commettre une pétition de principe ou une erreur de catégorie. Nos jugements s'appliquent à deux sortes d'objet, ceux qui peuvent être confirmés par l'expérience (la vérification du jugement est envisageable), et ceux qui ne relèvent pas vraiment de l'expérience, comme le vide par exemple, dont on admet l'existence par un raisonnement (la validité est en ce sens que le jugement n'est pas faux, et peut par conséquent être tenu pour vrai).
- la prénotion (prolepsis ) [10] : ce sont des conceptions générales intérieures à l'âme, constituées par la répétition de la perception d'un objet sensible, mais qui deviennent antérieures à l'impression sensible comme expérience envisageable, et qui sont présupposées dans la compréhension que nous avons des mots que nous employons pour formuler des questions. La prénotion est par conséquent désignée par un nom, et la prononciation de ce nom suscite l'objet qu'il sert à désigner dans notre esprit. Ce procédé rend toute définition inutile, puisque le concept apparaît ainsi avec évidence. La prénotion est par conséquent une image d'une chose réelle dont elle dérive et implique comme telle un jugement d'existence. Ces prénotions nous permettent de dépasser notre expérience actuelle parce qu'elles résultent de notre expérience passée ; en ce sens, elles fondent tous nos jugements et nos croyances.
Épicure ne décrit pas le fonctionnement de l'acquisition de prénotions ; on peut dire néanmoins que c'est une faculté de l'esprit de renouveler certains mécanismes de la perception en opérant des choix parmi les images sensibles (les simulacres).
- l'intuition de la réflexion (phantastikè epibolè tes dianoias ), ou «focalisation» de la pensée : cette intuition fait concevoir l'univers dans son ensemble, en dépassant l'intuition sensible ; c'est la représentation d'un objet extérieur par l'appréhension de son image. Cette dernière évidence a peut-être été ajoutée par les épicuriens aux trois premières évidences d'Épicure.
Validité scientifique
La canonique permet d'établir les critères de validité d'une théorie scientifique. Une opinion est vérifiée ou falsifiée, elle porte sur des faits évidents ou non évidents. Ces distinctions permettent de formuler des critères. Pour Épicure, ces critères sont :
- l'expérience sensible immédiate : une opinion portant sur un fait est attestée par des choses évidentes,
- l'absence de contre-témoignage implique une certaine cohérence avec les phénomènes : la cohérence des hypothèses sur les choses invisibles et les sensations immédiates, ce qui sert à se représenter la théorie dans son ensemble et dans le détail et de saisir les liaisons entre les phénomènes,
- le fait qu'une théorie est non aujourd'hui réfutée ou falsifiée par les phénomènes : «La non infirmation est le lien de conséquence qui rattache à ce qui apparaît avec évidence une opinion sur une chose invisible ; par exemple Épicure affirme qu'il y a du vide, une chose invisible, et le prouve par cette chose évidente qu'est le mouvement[11].»
Il peut par conséquent y avoir plusieurs théories valides pour expliquer un même phénomène : plusieurs hypothèses qui ne contredisent pas les phénomènes doivent être tenues pour vraies, car on ne peut choisir arbitrairement une cause plutôt qu'une autre.
Théorie du langage
Un nom évoque une prénotion[10], il y a par conséquent pour Épicure un rapport entre théorie de la connaissance et théorie du langage. Pour Épicure il faut se référer au sens premier d'un mot, lié à la prénotion dont il tient son sens. Cette théorie invite à décrire l'origine du langage pour mieux comprendre la connaissance humaine :
- émission de sons sous le choc des sensations ; c'est une impulsion instinctive et naturelle ;
- le langage s'accroît ensuite par convention entre les hommes qui s'accordent sur des expressions facilitant la vie sociale ; les noms décrivent des sentiments et des impressions sensibles.
- enfin, des hommes inventent des mots nouveaux pour de nouvelles connaissances. Des catégories grammaticales et des significations nouvelles sont employées pour utiliser le langage de manière plus abstraite et théorique.
Le langage n'est par conséquent pas une invention humaine : c'est l'environnement de l'homme et sa constitution physique variables qui sont la source des sentiments, des impressions et des sons qui en résultent. Le premier sens d'un mot est par conséquent un sens naturel, mais ce sens est ensuite recouvert par les usages que les hommes en font. Revenir au sens premier, c'est revenir aux préconceptions mêmes, et par conséquent puiser à la source de la connaissance humaine (par opposition à la dialectique). Épicure rejette ainsi à la fois le conventionnalisme et la théorie platonicienne des noms naturels.
L'étude de la nature
Contexte physico-philosophique
La physique (principes, méthode, constitution du monde) d'Épicure est exposée dans la Lettre à Hérodote. La Lettre à Pythoclès, quant à elle , est plus axée sur l'études des météores ou phénomènes naturels (cyclone, foudre... ).
Épicure était un philosophe, mais comme presque l'ensemble des philosophes de l'Antiquité, il était aussi un astronome et un physicien.
Selon lui, une juste compréhension de l'univers sert à mener une vie heureuse :
«Si la crainte des météores et la peur que la mort ne soit quelque chose pour nous, mais aussi l'ignorance des limites des douleurs et des désirs, ne venaient gêner notre vie, nous n'aurions nullement besoin de physique[12].»
Épicure nous invite par conséquent à connaître la nature pour la démystifier, pour éviter de voir des causes magiques ou merveilleuses à l'endroit où il n'y a qu'un mécanisme aveugle et amoral. La souffrance morale viendrait ainsi du fait qu'on attribue à la nature une volonté ou une animation libre : en jugeant son action comme volontaire, on pense que la nature est «malveillante» ou «bienveillante» à notre égard. C'est une interprétation anthropomorphique de la nature (attribution d'émotions et de caractères moraux à la nature) qu'Épicure combat. Si la nature est aveugle et inanimée, il est absurde de louer ou de blâmer ses actions.
D'autre part, Épicure développe la théorie des hypothèses multiples sur la cause d'un phénomène naturel. Les limites de notre connaissance font que pour tel phénomène donné, nous ne pouvons pas trancher entre telle ou telle hypothèse explicative.
Pourtant, malgré ce qui pourrait apparaître à première vue comme des limites, sa physique est suffisamment cohérente pour être examinée indépendamment du reste de sa pensée, probablement parce qu'elle n'implique aucun anthropocentrisme et qu'elle se passe aisément de l'existence des dieux (mais Épicure n'était pas à proprement parler athée[13]).
De la partie physique de la pensée d'Épicure, Cicéron dit :
«Qu'y a-t-il dans la physique d'Épicure qui ne provienne de Démocrite ? Car, même s'il a modifié quelques points, mais aussi je l'ai dit légèrement plus haut concernant la déclinaison des atomes, pour le reste il dit la même chose[14].»
Ce jugement a traversé les siècles. Pourtant, tel quel, il est manifestement faux. La physique épicurienne est en effet plus proche de la pensée ionienne qui est plutôt positiviste, que du rationalisme qui triomphe alors, avec le stoïcisme par exemple. La pluralité des mondes, l'infini, la négation des croyances populaires, de la providence et du destin, etc. ne sont pas spécifiquement compatibles avec la théologie de cette doctrine. La physique épicurienne est l'exact opposé de la physique stoïcienne. Qui plus est , Démocrite est rationaliste lorsqu'il formule la théorie de l'atome, et il n'accorde aucune confiance aux données sensibles. Épicure, au contraire, s'appuie sur l'expérience et le témoignage véridique des sens. Les deux théories s'expriment par conséquent de la même manière, mais pas pour les mêmes raisons.
Thèses principales de la physique épicurienne
La physique d'Épicure est par conséquent en gros une reprise de l'atomisme de Démocrite, qu'Épicure a probablement appris par Nausiphane, mais il la modifie en introduisant l'idée d'un clinamen, pour conserver la liberté de la volonté humaine qui est niée par la doctrine atomiste.
Principes
La philosophie naturelle d'Épicure est fondée sur un petit nombre d'axiomes, où on reconnaît aisément le principe de conservation de la cosmologie ionienne :
- rien ne naît de rien
- tout ne peut naître de tout
- rien ne peut retourner au néant.
Le tout est constitué d'une illimitété d'atomes dans l'infinité du vide. Au sein de cette illimitété, un monde est une organisation éphémère, qui n'est ni unique, ni fermée sur elle-même. Il existe plusieurs mondes particulièrement différents les uns des autres, contenant des êtres vivants particulièrement variés. Ces thèses ioniennes ne sont pas particulièrement atomistes ; on peut néanmoins déduire l'existence de l'atome du principe de conservation.
En effet, la réalité dans sa totalité est pour Épicure composée de deux éléments : les atomes et le vide. Or, les atomes sont les parties insécables de la matière. L'hypothèse de l'atome découle alors obligatoirement de l'axiome 3. Si tout peut retourner au néant, l'univers disparaît. L'atome est par conséquent la réalité permanente de l'univers.
L'atome est :
- une réalité invisible, éternelle, immuable, indélébile ;
- une grandeur insécable mais non indivisible (les grandeurs se divisant en minima, l'atome en est composé).
Il reste à décrire cette réalité ultime et première qu'est l'atome.
L'atome
L'atome a les qualités suivantes, qui expliquent la formation des choses sensibles[15] :
Le mode de composition est par contre peu invoqué.
Ces qualités sont dites principales ; les atomes ne sont pas des unités semblables, mais ont des espèces différentes : pour former un homme ou un dieu, il faut des atomes différents. Les atomes sont par conséquent les semences des choses (spermata), et non pas seulement leurs composants.
En revanche, la couleur, l'odeur, etc, sont des attributs accidentels qui n'existent qu'au niveau phénoménal assez à un sujet. Néanmoins, Épicure estime que cette réalité subjective a tout autant de réalité et est aussi vraie que la réalité principale des atomes.
Les atomes se déplacent dans le vide ; ce déplacement est inévitable, puisque le vide est défini comme ce qui n'offre aucune résistance[16]. La nature même de l'atome est en fait ce mouvement immanent et perpétuel, dirigé pour l'ensemble des atomes dans la même direction, avec la même vitesse, selon la pesanteur, de haut en bas. Il ne peut y avoir de différences de vitesse, car la différence de résistance des milieux est nulle : en effet, le vide n'offre pas de résistance[17]. À cette pesanteur universelle, s'ajoute le poids propre de chaque atome.
Les atomes peuvent aussi vibrer sur place et s'agréger. Ils forment alors des corps de plus en plus complexes. Mais il faut alors expliquer comment les atomes peuvent dévier de leur course, puisque celle-ci étant la même pour l'ensemble des atomes, ces derniers ne peuvent jamais se heurter. C'est là qu'Épicure introduit le fameux clinamen (paregklisis), qui est une déviation spontanée, spatialement et temporellement indéterminée, et qui permet aux atomes de s'entrechoquer.
Cette hypothèse a laissé perplexe bien des philosophes, y compris des épicuriens. Il faut en premier lieu noter que la physique épicurienne n'est pas déterministe ; qu'ensuite le clinamen est , selon Lucrèce[18], conçu sur le modèle de la volonté libre opposé à l'impulsion donnée de l'extérieur.
Pluralité des mondes
Ce point étant admis, les atomes peuvent alors s'assembler :
«Les nombreux éléments, depuis un temps illimité, sous l'impulsion des chocs qu'ils reçoivent et de leur propre poids, s'assemblent de mille manières différentes et essayent l'ensemble des combinaisons qu'ils peuvent former entre eux, si bien que par l'épreuve qu'ils font de l'ensemble des genres d'union et de mouvement, ils en arrivent à se grouper soudainement en des ensembles qui forment l'origine de ces grandes masses, la terre, la mer, le ciel, et les êtres vivants. »
Il y a par conséquent une illimitété de mondes existants, correspondant à l'infinité des combinaisons atomistiques : Épicure soutient la thèse de la pluralité des mondes, au contraire de ceux qui pensent qu'il n'y a qu'un seul monde actuel (peu importe qu'ils admettent des mondes envisageables ou non, comme Leibniz) [19] :
«Ce n'est pas uniquement le nombre des atomes, c'est celui des mondes qui est illimité dans l'univers. Il y a un nombre illimité de mondes identiques au nôtre et un nombre illimité de mondes différents. En effet puisque les atomes sont en nombre illimité, comme nous l'avons dit tout à l'heure, il y en a partout, leur mouvement les portant même jusque dans les lieux les plus éloignés. Et d'autre part, toujours en vertu de cette illimitété en nombre, la quantité d'atomes propres à servir d'éléments, ou, c'est à dire, de causes, à un monde, ne peut être épuisée par la constitution d'un monde unique, ni par celle d'un nombre fini de mondes, qu'il s'agisse d'ailleurs de l'ensemble des mondes identiques au nôtre ou de l'ensemble des mondes différents. Il n'y a par conséquent rien qui empêche l'existence d'une illimitété de mondes[20].»
La psychologie
L'étude de l'âme est membre de la physique[21]. L'âme est un corps fait d'atomes, et qui possède des qualités qui sont des accidents des corps composés. C'est un souffle chaud et subtil dans lequel se trouvent la pensée et les affections. Sa liaison avec le corps permet la sensation ; une fois cet agrégat détruit, l'âme n'éprouve plus rien et se dissipe.
Mais ici encore la théorie d'Épicure rencontre des difficultés ; les qualités vitales sont difficilement attribuables à un souffle chaud. L'âme sera alors un assemblage d'atomes spécifiques : atome de souffle, atome d'air, atome de chaud, et un quatrième atome sans nom, qui expliquerait la mobilité de la pensée. L'âme, dans la mesure où elle est un corps, est mortelle. Cette conception de l'âme, comme le reste de la physique, est au service du bonheur : il s'agit de faire disparaître les mythes qui viennent troubler notre pensée à propos de notre destination après la mort. À la vie éternelle, est opposée la mort immortelle, le temps illimité pendant lequel nous ne sommes pas.
Dans le monde romain, Lucrèce poursuivit les idées d'Épicure en les axant nettement dans un matérialisme à la mode antique.
Éthique et politique
Problèmes fondamentaux de l'éthique
L'éthique d'Épicure est exposée essentiellement dans la Lettre à Ménécée et les Maximes capitales. La morale épicurienne est une morale qui fait du plaisir le bien[22] et l'origine de la vertu[23], et de la douleur le mal (la privation de bien). Elle nous enjoint de rechercher le Souverain bien, et d'atteindre l'ataraxie. Kant critiquera la morale épicurienne (et stoïcienne) au motif que la vertu peut aller contre le bonheur personnel[24].
L'atomisme de Démocrite implique la négation du libre-arbitre. Et s'il est indispensable que nous agissions comme nous le faisons, nous ne sommes pas responsables de nos actions. C'est pourquoi nous avons vu qu'Épicure avait introduit le clinamen. Il pense aussi que nous pouvons contrôler les déterminations physiques.
Le déterminisme, expliquant tout par des mouvements atomiques, nie le rôle explicatif d'une causalité psychique de la croyance ou de la volition. Or, quoiqu'Épicure soit atomiste, il ne tient pas le déterminisme comme moralement intolérable. Il faut par conséquent que les propriétés phénoménales et les impressions sensibles aient une réalité causale véritable, de même que le moi et la volonté.
Bonheur et plaisir
Cette doctrine est fréquemment interprétée à tort comme une philosophie de «bon vivant» cherchant le plaisir avec excès. En réalité, c'est une philosophie d'équilibre fondée sur l'idée que toute action entraîne à la fois des effets plaisants (positifs) et des effets amenant la souffrance (négatifs). Il s'agit par conséquent pour l'épicurien d'agir sobrement en recherchant les actions amenant l'absence de douleur, d'où doit découler le plaisir négatif de cet état de repos (ataraxie) mais la pleine conscience de cette ataraxie procure le plaisir suprême et la clef du bonheur c'est de connaître ses propres limites ; c'est pourquoi l'excès doit être évité car il apporte la souffrance. Sans être une philosophie morale hédoniste, cette pensée ne recommande pas l'ascétisme s'il a des conséquences nuisibles.
Épicure défend un mélange de joie tempérée, de tranquillité et d'autosuffisance[25]. Le plaisir est le bien, et les vertus servent d'instruments. La vie selon le plaisir est cependant une vie de prudence[26], de vertu et de justice.
La classification des désirs
Épicure classe ainsi les désirs[27] :
| Désirs naturels | Désirs vains | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| Nécessaires | Simplement naturels | Artificiels | Irréalisables | ||
| Pour le bonheur (ataraxie) | Pour la tranquillité du corps (aponie) | Pour la vie (nourriture, sommeil) | Variation des plaisirs, recherche de l'agréable | Ex : richesse, gloire | Ex : désir d'immortalité |
Cette classification n'est pas séparable d'un art de vivre, où les désirs sont l'objet d'un calcul en vue d'atteindre le bonheur. Pour le comprendre, il faut se rappeler l'atomisme : plaisir et douleur, dans cette conception, sont des accidents, ils n'existent pas au niveau des atomes, mais uniquement au niveau de la conscience. À partir de là, il est naturel de juger bon le plaisir et mauvaise la douleur, puisque l'ensemble des êtres cherchent le plaisir. Ce sont nos sentiments qui nous indiquent que le plaisir est désirable. C'est une conscience naturelle, et notre constitution fait que nous cherchons le bonheur obligatoirement.
Mais, pour le calcul des plaisirs, tout plaisir n'est pas digne d'être choisi : le plus grand des plaisirs est la suppression de toute douleur. En conséquence, on doit éviter certains plaisirs, et même accepter certaines douleurs.
Épicure fait aussi la distinction entre les plaisirs mobiles et les plaisirs statiques. Le plaisir statique est un état corporel et psychologique où nous sommes libérés de toute douleur, le bonheur est à son comble. Le plaisir mobile, par contre, ne dure que le temps de son activité. Une vie qui suit ces plaisirs, comme les cyrénaïques, consiste à remplir une jarre percée. Les plaisirs mobiles sont par conséquent en réalité subordonnés aux plaisirs statiques.
En fin de compte, le principe principal de la doctrine d'Épicure est de vivre selon la prudence lorsque on cherche le plaisir. La libération des troubles (ataraxie) est la marque suprême du bonheur : elle renvoie au quadruple remède ; vivre sans peur, avec les plaisirs de l'amitié et de nos souvenirs, en supprimant les fausses croyances sources d'angoisse et les douleurs évitables.
Les institutions humaines, l'amitié, les dieux
La civilisation humaine
Nous avons eu l'occasion de voir comment dans la théorie de la connaissance, Épicure envisageait l'origine du langage. Cette origine est à la fois naturelle et conventionnelle. Elle suppose des institutions humaines, qui sont nées progressivement de l'histoire de l'humanité : «Ce sont les choses elles-mêmes qui ont la majorité du temps instruit et contraint la nature humaine, et que la raison n'a fait que préciser ensuite.»
De la même façon, la justice est une institution humaine : «Entre les animaux qui n'ont pu faire de conventions pour ne pas se nuire réciproquement, il n'y a ni justice ni injustice ; et il en est de même des nations qui n'ont ni pu ni voulu faire de conventions pour le même objet[28].»
L'amitié et l'amour
Épicure pose la question de la sincérité de l'amitié. Qu'est-ce qu'un véritable ami ? Comment définir l'amitié vraie ? Pour Épicure, le véritable ami est avant tout celui qui prévient les besoins de l'autre, lui évitant ainsi les troubles de l'âme et lui permettant d'accéder à l'ataraxie. L'amitié est finalement un des plaisirs du sage, de très loin supérieur à la passion amoureuse source de malheurs.
Ainsi, selon Épicure :
«Parmi les choses dont la sagesse se munit en vue de la félicité de la vie tout entière, largement principale est la possession de l'amitié[29].»
Et selon Diogène Laërce :
«il [le sage] sera insensible aux aiguillons de l'amour [... ]. Les plaisirs de cette passion ne furent jamais utiles ; au contraire, on est trop heureux quand ils n'entraînent point après eux des suites qu'on aurait sujet de déplorer [30].»
L'amour entre deux personnes n'existe que dans la proximité de la chair ; sans cette proximité, le sentiment amoureux n'a pas de consistance. Épicure est ainsi fidèle à sa physique : le fondement de toute réalité est la sensation corporelle. L'amour n'est par conséquent pas un phénomène incorporel, absolu ou parfait, comme le croyait Platon[31]. Cette intuition sera développée par Lucrèce, qui écrira de très belles pages sur l'amour et ses illusions[32]. L'amour est , de même, condamné par Épicure comme source de désordres inutiles, qui entravent la tranquillité de l'âme et de la cité.
Les dieux
«Les dieux ne sont pas à craindre.» En effet, pour Épicure, les dieux sont des êtres qui existent dans un état de béatitude permanent. Leur nature même fait qu'ils n'interviendront jamais dans la vie des hommes. Par conséquent, Épicure combat toute la tradition antique qui veut que les dieux soient jaloux ou rancuniers. Donc, puisque les dieux sont tournés vers leur béatitude et leur bonheur, nous ne devons pas les craindre comme pouvant abattre leur divine colère ou punition sur nous, nous devons juste les prendre pour modèle de bonheur.
Les dieux n'ont rien de commun avec nous, et l'attribution de nature anthropomorphique d'émotions ou de passions aux dieux est absurde. Épicure tend à démythifier les dieux, pour en faire de simples entités immuables et indifférentes[33].
La critique de la religion et de la superstition entamée par Épicure trouve un écho manifeste dans l'œuvre de Lucrèce (De rerum natura), et sera saluée par Nietzsche (L'Antéchrist, § 58).
Mort et philosophie
Ne pas craindre la mort est une marque de sagesse. La crainte, on l'a vu, est en particulier la conséquence de la superstition. La psychologie d'Épicure doit permettre de supprimer l'ensemble des superstitions qui se rapportent à l'âme : la mort est une extinction complète, elle n'est rien pour nous. On ne doit par conséquent pas laisser la peur ruiner notre vie. Le raisonnement principal est le suivant :
«Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : lorsque nous sommes, la mort n'est pas là, et lorsque la mort est là, c'est nous qui ne sommes pas[34] !»
Quelques arguments annexes contre la crainte de la mort :
- être mort n'est pas pire que de n'être pas encore né ;
- la survie personnelle est impossible (cf. psychologie d'Épicure) ;
- l'enfer est une projection des terreurs morales de cette vie ;
- la vie bien vécue est un exercice en vue de la mort ;
- la durée de notre vie est insignifiante ;
- une vie vraiment achevée n'est pas augmentée par un temps illimité.
Le désir de vivre n'est pas rationnel ; si notre vie est idéale, notre accomplissement dans la vie de l'ensemble des jours ne sera rien de plus si nous sommes immortels. C'est par conséquent la qualité de la vie qui prime, la qualité du bonheur, et non la quantité.
En conclusion de cette pensée : la philosophie est une activité qui produit la vie heureuse.
Épicure écrit ainsi à Ménécée :
«Que personne, parce qu'il est jeune, ne tarde à philosopher, ni, parce qu'il est vieux, ne se lasse de philosopher ; car personne n'entreprend ni trop tôt ni trop tard de garantir la santé de l'âme. Et celui qui dit que le temps de philosopher n'est pas encore venu, ou que ce temps est passé, est pareil à celui qui dit, en parlant du bonheur, que le temps n'est pas venu ou qu'il n'est plus là[35].»
Bibliographie
Éditions
- Epicurea, H. Usener, Leipzig, 1887. C'est l'édition de référence, en grec.
- Epicurus, epistulæ tres et ratæ sententiæ, P. von der Muehll, Leipzig, 1887.
- Épicure, Lettres et maximes, Texte établi et traduit, avec une introduction et des notes par Marcel Conche, édition bilingue, PUF, Paris, 1987.
Œuvres
- Lettres : Lettre à Hérodote (la physique), Lettre à Pythoclès (les phénomènes célestes), Lettre à Ménécée (l'éthique) : Diogène Laërce, X, 35-83, 84-117, 122-138.
- Maximes capitales : Diogène Laërce, X, 139-154.
- Préceptes : Diogène Laërce, X, 117-121.
- Sentences vaticanes : Sententiæ Vaticanæ, P. von der Mühl, éd. Teubner d'Épicure, 1922.
- Fragments de papyrus du "De la nature", G. Arrighetti, Epicuo, opere, 2° éd., Turin, 1973.
Traductions en français
- Les philosophes hellénistiques, tome I : Pyrrhon - L'épicurisme, Long et Sedley, Cambridge University Press, 1987 (Flammarion, Paris, 2001).
- La philosophie d'Épicure (De finibus, I), Cicéron, Mille et une nuits, 2002
- Lettres et maximes, Texte établi et traduit, avec une introduction et des notes par Marcel Conche, édition bilingue, PUF, Paris, 1987
- Lettres, Maximes, Sentences, trad. J. -Fr. Balaudé, Le livre de poche, 1994.
- Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres (vers 200), livre X, Le livre de poche, 1999.
Études
- Contemporaines
- J. et M. Bollack, H. Wismann, La lettre d'Épicure, Minuit.
- André-Jean Festugière, Épicure et ses dieux, PUF, 1996.
- Victor Goldschmidt, La doctrine d'Épicure et le droit, Vrin, 2000.
- Jean-Marie Guyau, La morale d'Épicure, Encre Marine, 2002.
- Paul Nizan, Les matérialistes de l'Antiquité, 1936, Maspero, 1968.
- Michel Onfray, Contre-histoire de la philosophie, tome I : Les sagesses antiques, Grasset (2006), ISBN 2-246-64791-6, p. 177-224.
- Geneviève Rodis-Lewis, Épicure et son école, Gallimard, «Folio essais», 1993.
- Jean Salem, Tel un dieu parmi les hommes : L'éthique d'Épicure, Vrin, 2002.
- Julie Giovacchini, Épicure - Les Belles Lettres, Paris 2008 - ISBN 978-2-251-76062-9.
- Richard Roos, «Nietzsche et Épicure : l'idylle héroïque», article repris dans Lectures de Nietzsche, LGF - Livre de Poche, 22 Nov 2000, ISBN 2253905771.
- Anciennes
- Érasme, L'Épicurien et autres banquets, Encre Marine, 2004 (présentation de Michel Onfray). Il s'agit en fait des Colloques, disponibles aussi chez Robert Laffont, 1992.
- Pierre Gassendi, Vie et mœurs d'Épicure, Belles Lettres, 2005 (bilingue, 2 vol. ).
- Karl Marx, Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure, 1841. 1ère partie & 2e partie
Littérature
- Anatole France, Le Jardin d'Épicure, 1895.
Sources antiques
- Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] (livre X) ;
- Lucrèce, De natura rerum ;
- Cicéron, De la nature des Dieux [détail des éditions] [lire en ligne], De finibus, De fato, Tusculanes ;
- Sénèque, De la vie heureuse ;
- Plutarque, Placita philosophorum, Contra Colotem ;
- Épictète, Entretiens ;
- Marc Aurèle, Pensées pour moi-même.
- Répertoires de sources philosophiques antiques :
Œuvres perdues
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Les «épicuriens»
- Épicurisme grec :
- Polystraton
- Apollodore
- Philodème
- Épicurisme romain :
- Épicurisme contemporain :
- Antoni Gilbert
Notes et références
- ↑ Diogène Laërce, X, 10.
- ↑ Sénèque, De vita beata (De la vie heureuse), XIII, § 4. Dans le même livre, Sénèque dialogue avec la philosophie épicurienne et la critique de manière développée. Épictète n'aura pas la même mesure, il critiquera Épicure de manière polémique. Cf. par exemple Entretiens, I, § 23. Quant au dernier grand stoïcien (on sait que l'épicurisme et le stoïcisme sont deux écoles rivales de philosophie antiques ayant eu énormément de controverses), Marc Aurèle, il se réclame d'Épicure dans les Pensées pour moi-même, VII, § 64 ; IX, § 41, tout en critiquant certains aspects de sa doctrine.
- ↑ Diogène Laërce, X, 9.
- ↑ Cf. surtout L'Antéchrist, § 30, et aussi le Gai Savoir, § 370.
- ↑ Diogène Laërce, X, 16-21.
- ↑ Lettre à Ménécée, 133.
- ↑ A propos du pharmakos comme signifiant à la fois «remède» et «poison», on lira Derrida, La pharmacie de Platon (in La dissémination, 1972, éd. Seuil). Quant à l'interprétation nietzschéenne d'Épicure, on lira surtout L'Antéchrist (§§ 30 et 58), 1888, mais aussi Par-delà bien et mal (§ 7), 1886, et Le Gai Savoir (§§ 45, 277, 306, 370, 375), 1882.
- ↑ C'est pour cette raison que Kant classera Épicure dans la famille des empiristes. Cf. Critique de la raison pure, Théorie transcendantale de la méthode, ch. 4 : «Histoire de la raison pure», éd. GF-Flammarion, 2001, p. 686.
- ↑ Cicéron, Premiers Académiques.
- Diogène Laërce, X, 33.
- ↑ Sextus Empiricus, Contre les Mathématiciens.
- ↑ Maximes capitales, XI.
- ↑ Lettre à Ménécée, 123 : «Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d'eux.»
- ↑ Cicéron, De natura deorum (De la nature des dieux).
- ↑ Lettre à Hérodote, 54.
- ↑ Lettre à Hérodote, 43-44.
- ↑ Lettre à Hérodote, 61.
- ↑ Lucrèce, De la nature des choses, livre II.
- ↑ Pour la question de la pluralité des mondes, on lira Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686. Pour la question des mondes envisageables chez Leibniz, on lira le Discours de métaphysique, 1686, et les Essais de théodicée, 1710.
- ↑ Lettre à Hérodote, 45.
- ↑ Lettre à Hérodote, 63-67.
- ↑ Lettre à Ménécée, 128 : «Voilà pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et l'objectif de la vie bienheureuse».
- ↑ Lettre à Ménécée, 132 : «[... ] il n'est pas envisageable de vivre de façon bonne et juste, sans vivre avec plaisir.»
- ↑ Kant, Métaphysique des mœurs, 1796.
- ↑ Pour l'autosuffisance comme caractéristique de la vie bonne : Lettre à Ménécée, 130-131.
- ↑ Pour la prudence comme principe de la sagesse : Lettre à Ménécée, 132.
- ↑ Lettre à Ménécée, 127-128, et Sentences vaticanes, 20.
- ↑ Maximes capitales, XXXII.
- ↑ Maximes capitales, XXVII.
- ↑ Diogène Laërce, X, 118. Cf. aussi Sentences vaticanes, 18 et 51.
- ↑ Dans le Banquet et le Phèdre, Platon décrit l'amour comme le moyen suprême d'atteindre les Idées éternelles.
- ↑ Lucrèce, De la nature des choses, fin du livre IV.
- ↑ Lettre à Ménécée, 123 : «Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d'eux. Mais tels que la foule les imagine couramment, ils n'existent pas : les gens ne prennent pas garde à la cohérence de ce qu'ils imaginent. N'est pas impie qui refuse des dieux populaires, mais qui, sur les dieux, projette les superstitions populaires.»
- ↑ Lettre à Ménécée, 125. Wittgenstein dira la même chose dans le Tractatus logico-philosophicus (1921), 6.4311 : «La mort n'est pas un événement de la vie. On ne vit pas la mort. Si on entend par éternité non la durée illimitée mais l'intemporalité, alors il a la vie éternelle celui qui vit dans le présent. Notre vie n'a pas de fin, comme notre champ de vision est sans frontière.» (éd. Gallimard, «Tél», trad. G. -G. Granger, 2001).
- ↑ Lettre à Ménécée, 122.
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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 09/03/2010.
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