Émotion

L'émotion est créatrice d'un mouvement, par conséquent d'un changement, dans le monde du vivant - émouvoir = mettre en mouvement.



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Définitions :

  • (Pr Jean Trémolières) Réaction physiologique de l'organisme à un stimulus signal externe perçu par les sens, et (ou) interne c'est-à... (source : colba)
  • (de émouvoir; lat. motus, en mouvement). Réaction affective fréquemment intense, génèrée par la joie, la surprise, la peur..., et se manifestant par divers troubles : palpitations, tremblements, akinésie, syncope... (source : nzdl.sadl.uleth)

L'émotion est créatrice d'un mouvement, par conséquent d'un changement, dans le monde du vivant - émouvoir = mettre en mouvement. Ce changement est vécu physiquement (manifestation de la joie, de la peur, du dégoût, de la colère... ). Les émotions sont reliées à une région du cerveau, qui joue un rôle clé dans la régulation de nos émotions et de la mémoire émotionnelle. Le déclenchement émotionnel est quant à lui lié à un changement dans la manière de vivre une relation ou d'être en relation[1].

Définition générale

Une émotion est une réaction psychologique et physique à une situation.

Une émotion a en premier lieu une manifestation interne et génère une réaction extérieure. Elle est génèrée par la confrontation à une situation ainsi qu'à l'interprétation de la réalité.

En cela, une émotion est différente d'une sensation, laquelle est la conséquence physique directe (relation à la température, à la texture... ). La sensation est directement associée à la vision sensorielle. La sensation est donc physique.

Quant à la différence entre émotion et sentiment, celle-ci réside dans le fait que le sentiment ne présente pas une manifestation réactionnelle. Néanmoins, une accumulation de sentiments peut générer des états émotionnels.

L'émotion peut se définir comme une séquence de changements intervenant dans cinq dispositifs organiques (cognitif, psychophysiologique, moteur, dénotationnel, moniteur), de manière interdépendante et synchronisée en réponse à l'évaluation de la pertinence d'un stimulus externe ou interne comparé à un intérêt central pour l'organisme.

Difficulté de définition

La définition de toute entité psychologique représente généralement des difficultés de taille, et le concept d'émotion est loin de faire exception à la règle. Un problème spécifique dans la quête de la définition de l'émotion vient du fait que, fréquemment, les énoncés ne se rapportent qu'à un aspect de l'émotion. En effet, le concept d'émotion est utilisé de manière différente selon qu'il est envisagé en référence à l'aspect stimulus, à l'expérience subjective, à une phase d'un processus, à une variable intermédiaire ou à une réponse.

Un autre problème qui nuit aux progrès vers une meilleure précision dans la définition de l'émotion concerne le langage par lequel on l'exprime. En effet, le langage de l'ensemble des jours et le langage scientifique ne visent pas les mêmes objectifs. Qui plus est , aujourd'hui les avancées scientifiques dans ce domaine n'offrent pas de meilleure terminologie.

Certains auteurs ont fait remarquer qu'il peut être intéressant de ne pas avoir de définition trop stricte de «l'émotion», compte tenu du stade de développement dans ce domaine. Une définition précise aurait pour conséquence d'élever des frontières entre les phénomènes. On prendrait ainsi le risque d'exclure de l'analyse des aspects qui pourraient ultérieurement se révéler essentiels à la compréhension de la totalité du processus.



Les émotions, à travers une perspective évolutionniste

Le courant évolutionniste, en psychologie des émotions, tire son origine des travaux de Charles Darwin et de la publication de son ouvrage : The expression of the Emotions in Man and Animals en 1872 (Darwin 2001). Dans cet ouvrage, Darwin va poser les fondements de l'expression des émotions. Il va les décrire comme innées, universelles et communicatives.

Les émotions seraient un héritage de nos ancêtres. Pourquoi et comment les émotions se seraient-elles développées ?

Comme le rappellent Orians et Heerwagen (1992), à l'époque des chasseurs-cueilleurs, les Hommes devaient se déplacer constamment pour trouver de quoi se nourrir. Ces déplacements les confrontaient à des phénomènes inattendus (changements climatiques, prédateurs, par exemple) demandant une réponse adaptative rapide. Selon Tobby et Cosmides (1990), les émotions vont par conséquent se développer en réponse à différents ensembles de situations récurrentes. À cela, on peut ajouter le premier principe de Darwin, permettant d'expliquer comment une réaction dans un premier temps volontaire va, au fil des générations, devenir innée et réflexe.

Une autre particularité des émotions est leur expression, faciale et vocale. Ici, nous n'aborderons que brièvement le chapitre des expressions faciales en laissant de côté celui des expressions vocales, quoique ce dernier soit aussi important (Scherer 1986). Dans un ouvrage en hommage à Darwin (Ekman, 1973), les recherches présentées, portant sur les expressions faciales, confirment son hypothèse sur leur utilité communicative. Ekman dira même que : «l'expression faciale est le pivot de la communication entre hommes» (Rimé et Scherer, 1989). En effet, savoir lire sur le visage favorise nos relations sociales ; de même, une interprétation erronée d'une mimique faciale peut nous faire adopter un comportement mal adapté à la situation. A titre d'exemple, chez les singes, quand un mâle dominant chasse un autre mâle et que ce dernier fait une grimace (expression de peur), le mâle dominant arrêtera de le chasser. À l'inverse, si le mâle dominant fait la même grimace, il s'attend à ce que le mâle subordonné vienne l'embarrasser. En ce sens, l'expression faciale permet d'informer l'individu de nos intentions mais également du comportement qu'on attend de lui.

Enfin, le dernier principe de Darwin va établir le lien entre émotion et système nerveux. Malheureusement, il ne restera que particulièrement descriptif sur le sujet et il faudra attendre la théorie du physiologiste Walter Cannon, dans les années 1920, pour remettre le dispositif nerveux au centre des émotions (Cannon, 1927).

Théories psychologiques des émotions

L'émotion est une notion floue et elle est difficilement définissable (Alvarado et al., 2002). Elle présente la particularité d'être idiosyncrasique, c'est-à-dire spécifique et propre à chaque individu (Picard, 2003). Par conséquent, plusieurs définitions et rôles ont été donnés à l'émotion (Francois et al., 2001; O'Regan, 2003).

Déjà en 1879, Charles Darwin, fondateur de la théorie de l'évolution, la définit comme cette faculté d'adaptation et de survie de l'organisme vivant. Il la voit comme innée, universelle et communicative. D'un point de vue comportemental, l'émotion est perçue comme un «motivateur», une entité qui influence le choix d'un individu en réponse à un stimulus externe ou interne. D'un point de vue socioculturel, les sentiments sont cette réponse donnée à une interaction avec nous-mêmes et/ou avec les autres. Une émotion existe à la fois dans la dimension personnelle et sociale de l'individu. Elle serait cette capacité d'adaptation et de changement, ce lien qui forme nos relations et nous met en interaction avec l'autre. De récentes études en neurobiologie ont démontré que les émotions sont un mélange de plusieurs facteurs biochimiques, socioculturels et neurologiques (O'Regan, 2003). Elles se traduisent par des réactions spécifiques : motrices (tonus musculaire, tremblements... ), comportementales (incapacité de bouger, agitation, fuite, agression... ), et physiologiques (pâleur, rougissement, accélération du pouls, palpitations, sensation de Malaise... ). Elles seraient à la base de nos réactions physiologiques et comportementales.

Au regard de ces définitions, le concept d'émotion apparaît comme polysémique. Il est , en effet, complexe de donner une définition claire et univoque de l'émotion. Cependant, les spécialistes s'accordent à dire que la pluralité des définitions de l'émotion n'altère en rien son rôle central dans toute analyse comportementale. Elle est en rapport étroit et permanent avec nos décisions et nos actions.

Les émotions agissent sur nos comportements quotidiens, sur nos choix et nos perceptions. Elles rendent la communication plus efficace et lui confèrent avec un haut niveau d'impact. En outre, les émotions jouent un rôle clé dans tous processus d'apprentissage en agissant sur la capacité de mémorisation de l'apprenant, sur sa rétention de l'information et sur son attention (Alvarado, 2002). Lors de l'acquisition des connaissances, les émotions agissent à différents niveaux sur l'esprit humain. De récentes études ont démontré que les émotions et la cognition sont intimement liés (Adam et al., 2005 ; Chaffar et al., 2006 ; Ahn et al., 2005). C'est pourquoi, il est complexe en premier lieuer l'aspect cognition sans faire référence aux émotions.

La théorie de William James & Carl Lange Choquart (1887)

Théorie des émotions (1884 -1885). Différenciation des émotions selon les modifications corporelles : à chaque émotions correspond telles modifications. La théorie de Cannon-Bard réfute cette théorie.

La théorie de Walter Cannon et Philip Bard (1929)

Dans cette théorie l'émotion est en premier lieu un phénomène cognitif. Nous ressentons l'émotion cérébralement avant d'en avoir les effets physiologiques et somatiques.

La théorie de Stanley Schachter et Jerome Singer (1975)

On interprète une émotion suivant les conditions environnementales. Les individus interprètent l'activation viscérale suivant les stimuli de la situation environnementale et de leur état cognitif.

Les théories dites des émotions de base

Paul Ekman (1982)

NB : Les émotions secondaires sont des mélanges des émotions de base (exemple : la nostalgie). On parle aussi d'émotions mixtes pour nommer les émotions secondaires. A titre d'exemple, la honte est une émotion mixte, à la base un mélange de peur et de colère (bloqué ou retournée contre soi).

Liste d'émotions secondaires (à compléter)  :

Les théories de l'évaluation cognitive

Selon les théories de l'évaluation cognitive, aussi nommées théories de l'appraisal, l'émotion est le fruit des évaluations cognitives que l'individu fait au sujet de l'événement, qu'il soit externe ou interne, ou de la situation, qui initie l'émotion.

Ces théories se distinguent des théories des émotions de base en ce qu'elles supposent des mécanismes de genèse communs à l'ensemble des émotions. Cette approche suppose que, pour comprendre les émotions, il est dans un premier temps indispensable de comprendre les évaluations que l'individu fait au sujet des événements de son environnement. Une évaluation cognitive est définie comme un processus cognitif, rapide, automatique, inconscient, dont la fonction est d'évaluer les stimuli perçus sur la base de critères spécifiques (Magda Arnold, 1960).

Le modèle des composantes proposé par Klaus Scherer (1984, 1988, 2001) apporte une définition précise de la nature des émotions. En effet, il définit une émotion comme une séquence de changements d'état intervenant dans cinq dispositifs organiques de manière interdépendante et synchronisée en réponse à l'évaluation d'un stimulus externe, ou interne, comparé à un intérêt central pour l'individu. Il propose de définir l'émotion comme une séquence de changements d'état intervenant dans cinq dispositifs organiques : cognitif (activité du système nerveux central), psychophysiologique (réponses périphériques), motivationnel (tendance à répondre à l'événement), moteur (mouvement, expression faciale, vocalisation), sentiment subjectif.

La plupart des théories de l'émotion soutiennent l'idée que la nature spécifique de l'expérience émotionnelle dépend du résultat d'une évaluation d'un évènement en termes de significativité pour la survie et le bien être de l'individu. Dans la théorie de Scherer, le set de critères permettant d'évaluer l'évènement est nommé «stimulus evaluation checks (SEC's)». Suite au résultat de cette évaluation, il sera envisageable de prédire le type et l'intensité de l'émotion élicité par l'événement. Les SEC's sont organisés autour de quatre objectifs principaux qui se subdivisent toujours en objectifs secondaires. Les SEC's majeurs correspondent aux types d'informations principales dont a besoin l'organisme pour avoir une réaction appropriée. Il s'agit de :

  1. Est-ce que cet évènement est pertinent pour moi ? Est-ce qu'il affecte directement ma personne ou mon groupe social ? (pertinence)
  2. Quelles sont les implications ou les conséquences de cet évènement ainsi qu'à quel point vont-elles affecter mon bien-être ou mes buts à court et long terme ? (implications)
  3. A quel point suis-je capable de faire face à ces conséquences ? (potentiel de coping)
  4. Quelle significativité a cet évènement comparé à mes convictions personnelles mais aussi face aux normes et valeurs sociales ? (significativité normative)

L'évaluation de ces checks se fait toujours de manière subjective et qu'elle dépend par conséquent des perceptions et des inférences que peut faire un individu d'une situation. Qui plus est , comme déjà suggéré par Lazarus et Folkman (1984), l'évaluation n'a pas lieu qu'une seule fois, elle se répète dans un processus appelé réévaluation («reappraisal») qui sert à se réadapter progressivement à l'événement.

Contrairement aux théories des émotions discrètes, le modèle des composants ne se limite pas à un nombre restreint d'émotions (colère, joie, peur, tristesse, dégoût... ). Au contraire, le processus émotionnel est reconnu comme un pattern de fluctuations constantes de changements dans différents sous dispositifs de l'organisme servant à faire ressortir un très large spectre d'états émotionnels. Cependant, la théorie ne rejette pas le fait qu'il existe des patterns d'adaptation plus habituels chez les organismes qui reflètent des résultats récurrent d'évaluation de l'environnement. A titre d'exemple, des réactions comme le combat ou la fuite sont universelles et il n'est pas surprenant de constater que les émotions qui leurs sont associées, la colère et la peur, se retrouvent chez l'ensemble des espèces. Selon le modèle, il paraît particulièrement vraisemblable que d'une même combinaison de résultats aux checks d'évaluation on puisse aboutir à des patterns réguliers de changements d'états spécifiques. C'est pour cette raison que Scherer parle d'émotions modales pour décrire ces résultats prédominants aux SEC's qui sont dus à des conditions de vie générales, des contraintes de l'organisation sociale et des similarités dans l'équipement génétique et qu'on retrouve par conséquent dans presque l'ensemble des langages sous le terme d'une expression verbale courte, comme un simple mot. Cependant, l'avantage que possède les SEC's est de pouvoir apporter la plupart de différents états émotionnels d'intensité différentes ce qui semble mieux correspondre aux ressentis des individus.

La théorie du dispositif interruptif

Herbert Simon, prix nobel d'économie et spécialiste de la psychologie cognitive développe une théorie en 1967 du dispositif interruptif de la décision linéaire. Il définit trois groupes de besoins en temps réel d'un individu :

  1. les besoins surgissant face à des évènements incertains (stimuli de bruits ou visuels soudains) qui pourraient signaler un danger ;
  2. les besoins physiologiques qui sont des stimuli internes par exemple la faim, la soif, l'épuisement ;
  3. les associations cognitives qui sont des stimuli forts provenant d'associations mnésiques, par exemple, le souvenir d'une peur.

Il a dit "Lorsque les hommes utilisent de l'information, ils consomment de l'attention. La fonction d'émotion est de contrôler l'attention. "

Voir aussi

Liens externes

Bibliographie

Références

  1. Centre de Neurosciences Psychiatriques

Recherche sur Amazone (livres) :



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