Devotio moderna

La devotio moderna, ou «dévotion moderne», est un mouvement de réforme et un courant de spiritualité diffusé par les Frères de la vie commune et les chanoines de Windesheim aux Pays-Bas.



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Philosophie médiévale - Spiritualité chrétienne - Église au Moyen Âge - Histoire du catholicisme en Europe

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La devotio moderna, ou «dévotion moderne», est un mouvement de réforme et un courant de spiritualité diffusé par les Frères de la vie commune et les chanoines de Windesheim aux Pays-Bas. Cette expression est due à Jean Busch, chroniqueur de l'abbaye de Windesheim. Ce mouvement marqua un changement énorme dans la spiritualité chrétienne.

Gérard Groote et ses disciples

À son origine se trouve Gérard Groote. Ce dernier, né en 1340 dans une famille aisée de Deventer dans le diocèse d'Utrecht, orphelin à 10 ans, fait de brillantes études universitaires à Paris et Cologne. En 1374, il «se convertit», à savoir qu'il rejette les sciences profanes et brûle tous ses livres. Il est alors particulièrement influencé par les mystiques rhénans, surtout Henri Suso, dont il lit l'Horlogium, et en particulier Jean de Ruysbrœck. Néanmoins il n'en partage pas la spritualité spéculative et intellectuelle. Après un séjour à la chartreuse de Munnikhuisen et le refus par humilité de la prêtrise, voulant demeurer simple diacre, il se lance à partir de 1379 dans une prédication itinérante violente à travers les Pays-Bas, ce qui le fait assimiler aux hérétiques. Il critique avec virulence les mœurs ecclésiastiques de son temps et prêche la conversion et la pénitence. Il meurt à 44 ans sans avoir pu réaliser ce dont il rêvait. Il jette cependant les bases d'une nouvelle forme de vie religieuse, celle des fraternités des Frères de la vie commune et en particulier celle d'une nouvelle conception de la spiritualité, la devotio moderna. Toutes deux vont être développées et diffusées par ses disciples, surtout Florens Radewijns (ca. 1350-1400).

Doctrine

Gérard Groote laisse la plupart d'ouvrages ascétiques, oratoires et autobiographiques qui permettent de cerner ses orientations. La conversion du cœur et la pratique des vertus chrétiennes priment. La contemplation perd l'aspect intellectuel que lui avaient donné les mystiques rhénans et devient simple. Il insiste sur l'obligation du dépouillement préalable de celui qui va prier. Selon lui, il faut en particulier imiter l'humanité du Christ et allier vie active et contemplation.

Les disciples de Gérard Groote poursuivent dans la voie du refus de la spéculation mystique et de celle de l'attachement aux vertus chrétiennes. Ils rejettent l'ascèse sauf si elle est inspirée par l'amour du Christ. L'imitation de la vie et de la mort du Christ est au cœur de cette spiritualité. Le croyant doit demeurer sur terre pour y agir. Son âme est habitée par le Christ. Il n'est par conséquent plus question, comme le voulait la spiritualité médiévale, de se fondre en Dieu en s'élevant vers lui, mais d'une démarche qui en est particulièrement l'inverse puisque c'est le Christ qui vient habiter le chrétien et que ce dernier exerce une action à l'endroit où il se trouve, sur terre.

Les adeptes de cette spiritualité à la fois affective et concrète considèrent que la vie du chrétien se déroule au plus profond de lui-même et qu'il doit par conséquent l'entretenir. La dévotion moderne a suscité de nombreux écrits proposant des méthodes de méditation. L'une des premières est mise au point par Henri Eger de Calcar (1328-1408), prieur de la chartreuse de Munnikhuisen. Selon lui, la lecture doit précéder la méditation, elle-même suivie de l'oraison (prière), puis de la componction (sentiment d'affliction éprouvé devant l'indignité de l'homme à l'égard de Dieu). La contemplation, une forme de communion de l'âme avec Dieu, achève l'itinéraire spirituel du chrétien :

lecture → méditation → oraison → componction → contemplation

Calcar décrit les aspects, les conditions et les thèmes de cet exercice. Les chartreux seront de fervents adeptes de la dévotion moderne.

Postérité

Les Frères de la vie commune, et les chanoines de Windesheim, une institution religieuse classique fondée par eux-mêmes en 1387, multiplient les opuscules et systématisent la méditation pieuse. Leur méthode, qui comporte observations et réflexions personnelles, est fondée sur des textes sacrés. Ils sont puisés dans saint Augustin, Jean Cassien, ascète et auteur spirituel du Ve siècle, Bernard de Clairvaux, Bonaventure, théologien franciscain du XIIIe siècle, et Henri Suso, mystique rhénan du XIVe siècle. Les techniques de méditation se développent tout au long du XVe siècle. Le Rosetum exercitionum spiritualium de Jean Mombær, chanoine de Windesheim devenu abbé réformateur de Livry, finit par être principalement un catalogue de méthodes pour une méditation particulièrement dirigée. Chez lui par exemple, chaque ligne de la main et chaque articulation doivent rappeler des préceptes et être sujets de méditation. Des recueils d'opuscules anonymes comme l'Hortulus devotionis ou la Perle évangélique, écrite par une personne pieuse vers 1463, exercent une influence énorme et durable (jusqu'au XVIIe siècle dans ce dernier cas).

L'opuscule principal reste L'Imitation de Jésus-Christ. La majorité des écrivains de la dévotion moderne ont voulu garder l'anonymat, par souci d'humilité. Aussi l'attribution de l'Imitation de Jésus-Christ est-elle longtemps demeurée problématique. Après avoir été attribuée à Jean de Gerson, il semble qu'elle soit due à un chanoine, Thomas a Kempis (1379-1451), longtemps maître des novices au monastère de Mont-Sainte-Agnès à Zwolle (Pays-Bas). L'ouvrage est probablement achevé vers 1427. Thomas a Kempis en a rassemblé le contenu et en a été le rédacteur. L'Imitation comprend en réalité quatre petits livres différents. Trois traitent de la vie intérieure en faisant l'apologie du renoncement et l'éloge de la pauvreté qui sert à se rapprocher du Christ. Mais le thème de l'imitation du Christ n'y est que secondaire. La quatrième partie est consacrée à l'Eucharistie. Le livre montre un souci constant de rendre la vie spirituelle accessible à tous. Il forme l'un des meilleurs guides spirituels du Moyen Âge et symbolise l'idéal nouveau. Son influence sera énorme : l'Imitation devient l'ouvrage le plus lu dans le monde chrétien après la Bible.

La pratique de la dévotion moderne touche de nombreux ordres religieux. Le bénédictin García Jiménez de Cisneros (1455-1510), abbé du monastère de Montserrat en Espagne, écrit le premier ensemble d'exercices systématiques. La majorité des ordres monastiques et mendiants, en particulier les franciscains, adoptent la nouvelle spiritualité. Elle survit à la Réforme. Luther a eu de l'estime pour elle ; Ignace de Loyola a toujours reconnu que la lecture de l'Imitation avait été déterminante pour lui.

Cette spiritualité nouvelle a été une «saine réaction» contre la mystique intellectuelle et abstraite développée au XIVe siècle. Elle a permis un retour à une vue plus réaliste de la vie chrétienne. Mais en même temps, elle a creusé davantage et pour longtemps le fossé qui sépare théologie et vie chrétienne.

Bibliographie

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