Destin chez les stoïciens

Le destin chez les stoïciens est absolu. Le stoïcisme a ainsi une conception déterministe du cosmos, ce qui a conduit ses adversaires à le qualifier de fatalisme.



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Le destin chez les stoïciens est absolu. Le stoïcisme a ainsi une conception déterministe du cosmos, ce qui a conduit ses adversaires à le qualifier de fatalisme. Ce dernier réfute néenmoins ces objections?

Le fatum stoicum, expression de la raison divine

Chrysippe

Le fatalisme est , par excellence, la doctrine stoïcienne. «Toutes choses ont lieu selon le destin ; ainsi parlent Chrysippe au traité Du destin, Posidonius au deuxième livre Du destin, Zénon et Boéthus au premier livre Du destin» (Diogène Laërce, Vies, Doctrines et sentences des philosophes illustres, VII, 149). Le fatum stoicum n'est pas une puissance irrationnelle, mais l'expression de l'ordre imprimé par la raison divine — le logos — à l'univers : «Le destin est la cause séquentielle des êtres ou bien la raison qui préside à l'administration du monde» (ibidem). C'est par conséquent moins un principe qui relève de la religion que de la science et de la philosophie, dans la mesure où le dieu stoïcien n'est autre que la raison.

Le destin est la chaîne causale des événements : bien loin d'exclure le principe de causalité, il le suppose dans son essence même. Cicéron l'écrit bien dans son traité De la divination :

«J'appelle destin (fatum) ce que les Grecs nomment heimarménè, c'est-à-dire l'ordre et la série des causes, lorsque une cause liée à une autre produit d'elle-même un effet. (... ) On comprend tant que le destin n'est pas ce qu'entend la superstition, mais ce que dit la science, à savoir la cause éternelle des choses, en vertu de laquelle les faits passés sont arrivés, les présents arrivent et les futurs doivent arriver.»

Les arguments antifatalistes

L'existence du destin comme ordre causal, rationnel et indispensable du devenir n'était pas contestée par les philosophes grecs, exception faite des Épicuriens. L'originalité du fatalisme stoïcien ne réside par conséquent pas dans l'affirmation du fatum, mais dans celle de son universalité : «toutes choses arrivent selon le destin».

L'argument paresseux

Les écoles opposées au stoïcisme cherchèrent à réfuter le fatum stoicum en l'opposant à la thèse principale de la morale antique, affirmée par l'ensemble des écoles philosophiques, y compris le Portique : «certaines choses dépendent de nous». Comment «toutes choses pourraient-elles dépendre du destin» tant que certaines d'entre elles sont en notre pouvoir ? L'universalité du fatum n'implique-t-elle pas l'impossibilité pour l'homme d'agir ? Ne conduit-elle pas par conséquent à la paresse ainsi qu'à l'immoralité ? À la paresse : tel est le sens du fameux argument paresseux (argos logos en grec ou ignaua ratio en latin), que Cicéron résume vigoureusement :

«Si ton destin est de guérir de cette maladie, tu guériras que tu aies nommé ou non le médecin ; de même, si ton destin est de n'en pas guérir, tu ne guériras pas que tu aies nommé ou non le médecin ; or ton destin est l'un ou l'autre ; il ne convient par conséquent pas d'appeler le médecin.»

— Cicéron, Traité du destin, XIII

La même idée sera reprise par Leibniz, dans son Sophisme du Paresseux .

L'argument moral

Mais le fatalisme stoïcien inclinerait aussi à l'immoralité en niant la responsabilité humaine. Si le destin est cause de mes actes, comment pourrais-je en être tenu pour responsable ? «Si tout arrive par le destin, (... ) ni les éloges ni les blâmes ni les honneurs ni les supplices ne sont justes» (ibid, XVII). Dans le dispositif du stoïcisme, l'assassin ne pourrait-il s'exclamer, à l'instar de certains des héros d'Homère ou de la tragédie grecque : «Le coupable, ce n'est pas moi, mais Zeus et le destin, qui m'ont déterminé à agir ainsi.» ? Tel est le sens de ce que Dom David Amand nommait, en 1945, «l'argumentation morale antifataliste», objection constamment opposée aux stoïciens.

Réponses de Chrysippe à ces arguments antifatalistes

Principal théoricien de l'école stoïcienne, Chrysippe, s'efforça de répondre à ces arguments pour établir la validité de son fatalisme. Ces arguments sont résumés dans le Traité du destin de Cicéron.

La distinction entre causes externes et causes internes

L'universalité du destin n'exclut pas l'action humaine : il l'intègre au sein de ses causalités. Entrelacement universel des causes, le fatum stoicum coordonne en effet deux types de causes, «auxiliaires et prochaines» (c. -à-d., procatarctiques) et «parfaites et principales» (i. e., synectiques), dans l'unité d'un dispositif.

Les causes procatarctiques désignent la totalité des facteurs extrinsèques, circonstances et événements qui affectent l'homme : elles représentent le donné fatal de l'existence, la part d'obligation à laquelle il doit se résigner. Mais si ces causes externes déterminent l'homme à réagir ainsi qu'à prendre position, elles ne déterminent pas la nature de sa réaction qui dépend de facteurs intrinsèques : la spontanéité de son caractère agissant au titre de cause synectique, «parfaite et principale».

Dans le Traité du destin de Cicéron, Chrysippe illustre ce distinguo par un exemple emprunté à la physique : le «cône» et le «cylindre». Ces solides ont beau subir le même choc, ils décrivent des trajectoires différentes, l'un tournoyant et l'autre roulant dans la direction imprimée par l'impulsion. Le choc extérieur détermine le corps à se mettre en mouvement mais elle ne détermine pas la nature de son mouvement, qui ne dépend que de la forme constitutive de son essence.

Le point essentiel de cette théorie est que le mouvement du corps trouve sa raison déterminante au sein de lui-même, et non dans l'impulsion qu'il reçoit. Or, le devenir existentiel est identique au mouvement physique. Les individus différents réagissent différemment aux mêmes événements, preuve qu'ils sont la cause principale ou synectique de leur devenir. Les représentations sensibles ne déterminent pas leur réaction, qui ressortit aux seuls jugements, fous ou sages, qu'ils portent sur les événements qui les affectent. C'est dire que l'individu échappe à l'obligation comme il réagit à l'impulsion du destin selon sa nature propre. Le fatum stoicum est personnalisé par l'individualité de chacun. Loin de faire violence aux hommes, il suppose leur spontanéité : il ne détermine pas leur destin indépendamment de leur nature. Trouvant la cause principale de leurs actes à l'intérieur d'eux-mêmes, ils peuvent légitimement en être tenus pour responsables : ils ne sauraient imputer au destin ce dont ils sont le principe.

La liberté au sein du fatum

Le stoïcisme maintient ainsi la liberté de l'homme comme être rationnel. Si je ne puis rien modifier aux événements qui m'affectent, je suis cependant le maître de la manière dont je les accueille et dont j'y réagis. Le dieu m'a laissé la jouissance de la majeure partie : le bon usage de ma raison. Le cylindre ne se déplace pas comme le cône, et le fou ne réagit pas comme le sage : il ne tient qu'à moi ainsi qu'à ma pratique de la philosophie de peaufiner ma raison pour porter des jugements sains sur le monde qui m'entoure. Mais si Chrysippe s'efforça de concilier le fatum stoicum avec l'action et la moralité, sa réponse ne fut guère entendue par les adversaires du stoïcisme, qui, jusqu'à la fin de l'Antiquité ne cessèrent de ressasser les mêmes objections à l'encontre de cette école.

Références

Sources

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