Cynisme

Le cynisme était avant tout une attitude face à la vie provenant d'une école philosophique de la Grèce antique, fondée par Antisthène, et connue essentiellement pour les frasques de son disciple le plus célèbre, Diogène de Sinope.



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Courant philosophique - Philosophie de la Grèce antique

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Le cynisme était avant tout une attitude face à la vie provenant d'une école philosophique de la Grèce antique, fondée par Antisthène, et connue essentiellement pour les frasques de son disciple le plus célèbre, Diogène de Sinope. Cette école tente un renversement des valeurs, et enseigne la désinvolture et l'humilité aux grands ainsi qu'aux puissants de la Grèce antique. Radicalement anticonformistes, les Cyniques, ainsi qu'à leur tête Diogène, proposent une autre pratique de la philosophie et de la vie généralement, subversive et jubilatoire.

Par une étrange dérivation du terme, on parle aujourd'hui de cynisme pour désigner un mode de pensée qui change tellement des normes établies (en particulier dans le domaine de la morale) qu'il en devient choquant. On peut attacher à ce cynisme une sorte d'humour noir (quelquefois involontaire), pince-sans-rire, mordant et ironique, fréquemment utilisé pour manifester une certaine rébellion face à un monde incompréhensible de par la multiplicité des conventions factices qui le régissent — à la différence du sarcasme, qui ne recherche pour sa part qu'une démonstration de force.

Oscar Wilde définit ainsi le cynique : “A man who knows the price of everything, and the value of nothing!” C'est à dire : «Un homme qui connaît le prix de chaque chose et la valeur d'aucune !».

Au-delà de cette indifférence affichée à la morale ainsi qu'aux convenances, le «cynique» moderne n'a plus grand-chose à voir avec les philosophes antiques dont il sera question ici.

Histoire

Antisthène, fondateur de l'école cynique

Le terme «cynisme» provient du grec ancien κύων / kuôn, qui veut dire «chien», en référence à l'attitude d'Antisthène, l'inspirateur du cynisme, puis de celle de Diogène de Sinope, qu'on considère généralement comme étant le premier véritable cynique et qui souhaitait être enterré «comme un chien». Selon d'autres sources[1], le nom viendrait du gymnase dans lequel Antisthène enseignait, le Cynosarge (littéralement «chien agile»). Les métaphores autour du chien ont ensuite abondé, si quoiqu'il est complexe d'en isoler l'exacte origine historique. La plus significative est celle présentant l'animal comme modèle.

Platon définissait Diogène de Sinope comme un Socrate devenu fou dont l'objectif est de subvertir tout conformisme, tout modèle moral. Sa philosophie se traduit seulement par des actes volontairement provocateurs. Ainsi il transgresse les fondements de la culture en urinant et aboyant comme un chien et en se masturbant en public ; il n'hésite pas à mendier, ne respecte aucune opinion admise et provoque même les puissants. Le mouvement cynique, inscrit dans la société antique, se présente avant tout comme un modèle de contestation.

Le héros et modèle des philosophes cyniques est Héraclès (Hercule en romain), car c'est un héros qui ne se laisse influencer par personne, est libre et n'a pas d'attachement spécifique. Le cynisme utilise ainsi énormément d'images et de modèles, dans l'objectif de toucher l'ensemble des classes de la population, sans se focaliser sur les élites intellectuelles.

Cette école philosophique, peu appréciée de la tradition scolastique, académique et moderne, est en particulier connue, par l'intermédiaire de Diogène Laërce, pour les petites anecdotes instructives décrivant, surtout, la manière de philosopher de Diogène de Sinope. Platon ayant défini l'homme comme un «bipède sans plumes», Diogène visita un jour l'un des banquets du Sage en tenant au bout d'une laisse... un coq plumé ! «Voici l'homme de Platon», déclara-t-il à l'assistance.

Loin de s'encombrer de discours théoriques abstraits et pédants, Diogène et ses disciples pratiquaient une philosophie concrète, en particulier inconciliable avec l'idéalisme platonicien, jugé inutile et bien trop loin de la Vérité matérielle du monde pour être pris au sérieux.

L'école cynique a été vivace durant toute l'Antiquité, de la Grèce jusqu'à Rome. Elle influença énormément la morale stoïcienne qui développa à sa suite les notions de vie selon la nature, de l'indépendance du sage et de cosmopolitisme. Zénon de Citium, fondateur du stoïcisme, a en effet été disciple du cynique Cratès.

Principaux thèmes

L'autosuffisance

Au centre de la philosophie cynique se trouve l'idée d'autosuffisance. Le sage est celui qui est capable de se contenter du minimum, de façon à ne souffrir d'aucun manque et de pouvoir facilement faire face aux situations les plus complexes[2].

Le sage cynique choisit par conséquent de vivre dans l'abstinence. Il ne recherche aucune richesse, il n'a pas de maison, il se contente des nourritures les plus simples et refuse tout ce qui ne lui semble pas totalement nécessaire[3].

Il se pare ainsi d'une simple besace et d'un unique manteau pour l'hiver et l'été. Il dort dans les temples. Il mendie sa pitance.

La voie la plus courte vers la vertu

Face aux écoles philosophiques dispensant un apprentissage long et technique, le cynisme se présente comme la voie la plus courte vers la vertu. Pour les cyniques, le simple fait de vivre le plus simplement envisageable suffit à devenir sage. Il n'y a pas de savoir technique supplémentaire nécessaire[4].

Les philosophes de l'école cynique se refuseront toujours aux grands discours, préférant les maximes sibyllines et ironiques, l'efficacité du quotidien, la preuve par le fait et non par la parole[5]. En d'autres termes, la vérité éthique, démontrée par l'expérience et non les vérités théoriques résultant de dispositifs complexes.

La philosophie cynique a pour but ultime la sagesse, une éthique de vie. Selon Antisthène, aucun discours n'a de valeur, aucune étude ni savoir. Cependant il soutient, suite à Socrate, que la vertu s'enseigne. [6]. Seules comptent la sagesse et la vertu[7], double finalité de la philosophie cynique. Une fois cette vertu atteinte, le philosophe peut se considérer comme libre, car vivant dans l'atuphia, l'«absence de vanité».

Nature, universalité et cosmopolitisme

Le modèle du cynisme est l'animal. La société est perçue comme corruptrice et changeante, à l'endroit où la nature est vertueuse et universelle. Diogène se revendique ainsi cosmopolitain, c'est-à-dire citoyen du monde. Son souci est de vivre selon des règles de vertu universelles[8].

Les armes du cynique sont la transgression, l'ironie et le quotidien de façon plus générale[9]. En transgressant l'ensemble des interdits, le cynique veut démontrer qu'aucune des règles sociales n'est principale, et que seule compte l'éthique naturelle, universelle : la vertu[10].

L'école cynique prône par conséquent la vertu et la sagesse, qualités qu'on ne peut atteindre que par la liberté. Cette liberté, étape indispensable à un état vertueux et non finalité en soi, se veut radicale face aux conventions couramment admises, dans un souci constant de se rapprocher de la Nature.

Liste des cyniques

Cette liste dresse par ordre chronologique puis alphabétique les noms des philosophes cyniques de l'Antiquité «dont l'existence historique est attestée», selon l'ouvrage de M-O Goulet-Cazé, l'Ascèse Cynique. Néanmoins, tous n'ont pas eu la même importance, certains n'étant connus que parce qu'ils sont cités dans des fragments ou parce qu'ils ont laissé leur nom sur un tombeau.

Ve siècle avant J. -C.

Antisthène (445-360)

IVe siècle avant J. -C.

IIIe siècle avant J. -C..

Premier siècle avant J. -C..

Premier siècle après J. -C.

IIe siècle après J. -C.

IIIe siècle après J. C.

IVe siècle après J. C.

Ve siècle après J. -C.

Période contemporaine

Bibliographie

Textes du cynisme antique

Études sur le cynisme antique

(par ordre alphabétique)

Évolutions et influences du cynisme

Voir aussi

Liens externes

Notes et références

  1. «Il faisait ses discours dans un gymnase nommé Cynosarge, tout près des portes de la ville», Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, «Antisthène» §4
  2. On lui demandait quel profit il avait retiré de la philosophie, il répondit : «À tout le moins, celui d'être capable de supporter l'ensemble des malheurs», Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, «Diogène», §35.
  3. Voyant un jour un petit garçon qui buvait dans sa main, il prit l'écuelle qu'il avait dans sa besace et la jeta en disant : «Je suis battu, cet enfant vit plus simplement que moi». Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, «Diogène», §11.
  4. Un homme lui amena un jour son enfant, et le présenta comme particulièrement intelligent et d'excellentes mœurs. «Il n'a par conséquent pas besoin de moi» répondit-il, Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, «Diogène», §37.
  5. Platon ayant défini l'homme un animal à deux pieds sans plume, et l'auditoire l'ayant accepté, Diogène apporta dans son école un coq plumé et dit : «Voilà l'homme selon Platon.», Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, «Diogène», §14.
  6. Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, «Antisthène», §4
  7. Ils pensent par conséquent qu'il faut supprimer la physique et la logique, d'accord en cela avec Ariston de Chios, et s'attacher uniquement à la morale, Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, «Ménédème», §3.
  8. La seule vraie constitution est celle qui régit l'univers, Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, «Diogène», §41.
  9. on lui reprochait un jour d'avoir mangé en pleine place. «N'ai-je pas eu faim sur la place?» répliqua-t-il. , Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, «Diogène», §28.
  10. Le sage ne vit pas selon les lois de sa patrie, mais selon la vertu, Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre VI, «Antisthène», §4.

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