Conséquentialisme

Le conséquentialisme fait partie des éthiques téléologiques et forme la totalité des théories morales qui soutiennent que ce sont les conséquences d'une action donnée qui doivent former la base de tout jugement moral de ladite action.



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  • ... Rapporté à l'utilitarisme objectif, le conséquentialisme est recevable car il affirme que tout acte immoral a des conséquences néfastes pour... (source : utilitarisme.over-blog)
  • Le problème que je soulève pour le non- conséquentialisme est aussi.... comportement des autres, le genre de conséquences présentes et ainsi de suite)... (source : id.erudit)

Le conséquentialisme fait partie des éthiques téléologiques et forme la totalité des théories morales qui soutiennent que ce sont les conséquences d'une action donnée qui doivent former la base de tout jugement moral de ladite action. Ainsi, d'un point de vue conséquentialiste, une action moralement juste est une action dont les conséquences sont bonnes. Plus formellement, le conséquentialisme est le point de vue moral qui prend les conséquences pour seul critère normatif. On oppose le plus souvent le conséquentialisme aux éthiques déontologiques, lesquelles mettent l'accent sur le type d'action plutôt que sur ses conséquences, ainsi qu'à l'éthique de la vertu, laquelle se concentre sur le caractère et les motivations de l'agent.

Définition du conséquentialisme

Le terme "conséquentialisme" a été lancé par G. E. M. Anscombe dans son essai "Modern Moral Philosophy" en 1958 [1], [2], essai critique envers ce point de vue moral. Depuis lors, le terme a beaucoup investi la théorie morale anglophone. C'est dans l'utilitarisme que se trouvent ses racines historiques, quoique des théories morales antérieures aient déjà fréquemment reconnu les conséquences d'une action comme pertinentes pour un débat moral. À cause de ce lien historique à l'utilitarisme, ces deux termes sont quelquefois utilisés (à tort) comme synonymes, ce qui peut se comprendre car l'utilitarisme possède la caractéristique formelle de toute théorie conséquentialiste : il met l'accent sur les conséquences des actions.

Le conséquentialisme, comme son nom l'indique, affirme que dans un débat moral, on doit attribuer plus de poids aux résultats d'une action qu'à toute autre considération. La majorité des théories conséquentialistes se concentrent sur les situations optimales : après tout, si quelque chose est bien, une plus grande quantité de cette chose est le plus souvent meilleure toujours. Cependant, l'ensemble des théories conséquentialistes n'adoptent pas cette idée. Certaines affirment que l'agent moral doit agir de façon à produire de bonnes conséquences, même s'il ne produit pas les meilleurs résultats envisageables.

En dehors de ce noyau de base, on ne peut affirmer que peu de choses sur le conséquentialisme généralement. Cependant, certaines questions se retrouvent dans maintes théories conséquentialistes, entre autres :

Quels genres de conséquences ?

Une manière de classer les différents conséquentialismes est d'observer pour chacun quel type de conséquences importe le plus, c'est à dire, quels résultats sont jugés être de bons états de choses. Du point de vue de l'utilitarisme classique, une action est bonne s'il en résulte un accroissement global de bonheur, et la meilleure action est celle qui donne lieu au maximum de plaisir et au minimum de peine. Assez proche à première vue, se trouve le conséquentialisme eudémonique, qui considère comme but ultime, une vie remplie, épanouie, ce qui peut aller de pair ou pas avec un grand bonheur collectif. Dans la même veine, on trouve aussi le conséquentialisme esthétique, qui adopte pour but ultime de produire du beau. Cependant, il est aussi envisageable de considérer comme pertinents des effets non psychologiques. Ainsi, on peut chercher à accroître l'égalité matérielle, ou la liberté politique à la place de plaisirs plus éphémères. D'autres théories adoptent simultanément plusieurs biens, qui doivent tous être promus sans que l'un soit prioritaire sur les autres. Comme il n'y a dans ce cas aucune conséquence suprême à viser, les conflits entre les différents biens doivent être résolus par l'intuition et le discernement de l'agent, selon le contexte. Cependant, même dans un dispositif conséquentialiste visant un unique bien, il faut s'attendre à faire face à des choix complexes entre plusieurs bons états de choses. On peut enfin suivre la voie tracée par G. E. Moore en affirmant l'impossibilité d'analyser ce qu'est le bien, et en en concluant que les bons états de choses n'ont pas nécessairement d'autre propriété commune que celle d'être bons[3].

Des conséquences sur qui ?, sur quoi ?

Une action a toujours un effet, les conséquences, sur des êtres vivants et/ou sur des choses. On peut distinguer divers types de conséquentialismes selon les êtres affectés qu'ils prennent en compte et dans quelle mesure :

Agent intéressé ?

Le premier clivage sépare les théories donnant la possibilité que l'agent suive, au moins partiellement, son propre intérêt ou sa propre motivation et les théories requérant que l'agent poursuive certaines fins indépendamment des ses propres intérêt et motivation. On parle respectivement de théories centrées sur l'agent ou au contraire, neutres pour l'agent.

Un conséquentialisme neutre pour l'agent ignore la valeur spécifique que peut avoir un état de choses pour un agent donné. Ainsi dans une théorie neutre pour l'agent, mes propres buts ne comptent pas plus que ceux des autres dans l'évaluation morale déterminant quelle action je devrais choisir d'effectuer.

Un conséquentialisme centré sur l'agent, au contraire, met l'accent sur les besoins spécifiques de l'agent moral. Ainsi, d'un point de vue centré sur l'agent tel que celui mis en avant par Peter Railton, je peux me soucier du bien-être général, mais je m'occupe plus de mon propre bien-être immédiat mais aussi de celui de mes amis et de ma famille[4]. Ces deux approches peuvent être conciliées en faisant état des tensions existant au sein des intérêts de l'agent, pris comme individu ou pris comme membre de différents groupes, et en cherchant une certaine optimisation entre ces différents intérêts. On peut envisager, par exemple, de dire qu'une action est bonne pour quelqu'un comme individu, mais qu'elle est mauvaise pour lui comme citoyen de son pays.

Anthropocentrisme ?

De nombreuses théories conséquentialistes semblent ne prendre en compte que des humains et leurs relations avec d'autres humains. Certains philosophes cependant, affirment que nous ne devrions pas nous limiter, dans nos questionnements moraux, à considérer les intérêts des seuls êtres humains. Pour Jeremy Bentham lui-même, fréquemment perçu comme le fondateur de l'utilitarisme, les animaux non-humains font l'objet d'un véritable questionnement moral. Il défendait ce point de vue en affirmant que ces animaux sont capables de ressentir du plaisir ou de la peine, et que les conséquences qu'une certaine ligne d'action peut avoir sur eux entrent par conséquent directement en ligne de compte dans une réflexion morale[5]. Plus il y a peu de temps, Peter Singer a défendu l'idée qu'il était irrationnel de ne pas accorder aux intérêts des animaux, quand on doit choisir la manière de les traiter, une considération égale à celle qu'on porte aux êtres humains[6]. On notera cependant que considération égale des humains et des non-humains n'implique pas traitement semblable (il n'est pas dans l'intérêt d'un porc de lui donner un ordinateur), pas plus qu'une considération égale de l'ensemble des êtres humains n'implique un traitement semblable de ceux-ci.

Guide moral

Une propriété importante de nombreuses théories morales normatives telles que les conséquentialismes est leur capacité à produire des jugements moraux concrets. Au minimum, toute théorie morale conséquentialiste doit définir le critère déterminant si les conséquences sont bonnes et dans quelle mesure. Ce qui est en premier lieu en jeu ici, c'est la responsabilité de l'agent.

L'observateur parfait

Une tactique classique chez les conséquentialistes, surtout ceux défendant un conséquentialisme altruiste consiste à imaginer un observateur parfait, neutre, chargé de rendre les jugements moraux. Les spécificités de cet observateur parfait peuvent fluctuer selon les théories, de l'observateur omniscient, capable de prendre en compte l'ensemble des conséquences d'une action, à l'observateur bien informé, qui sait tout ce que l'agent peut raisonnablement savoir, tant des circonstances que des conséquences éventuelles d'un choix d'action. Les conséquentialismes qui adoptent un tel modèle tiennent pour juste l'action capable d'engendrer les meilleures conséquences du point de vue de cet observateur parfait. John Rawls, critique de l'utilitarisme, lui reproche, de même qu'à d'autres formes de conséquentialismes, de reposer sur l'idée d'un tel observateur[4].

L'observateur réel

En pratique, évidemment, il paraît particulièrement complexe de toujours adopter le point de vue de l'observateur parfait omniscient. Un agent moral individuel, après tout, ne connaît qu'une petite partie de la situation dans laquelle il se trouve, et par conséquent des conséquences que peut avoir une ligne de conduite donnée. C'est pourquoi certaines personnes ont affirmé qu'une théorie conséquentialiste ne peut exiger plus de l'agent, que de choisir l'action qui lui paraît la meilleure compte tenu de sa connaissance de la situation. Une conception naïve de ce point de vue (qui ne prendrait pas en compte les conséquences d'une inaction ou d'une non-réflexion comme elle prend en compte une action) peut cependant mener à des résultats indésirables, par exemple si l'agent moral ne fait pas l'effort de chercher à savoir ce qu'il ignore. Agir sans s'être jusque là informé peut, même avec les meilleures intentions du monde, aboutir à des conséquences particulièrement négatives. Certaines personnes ont alors rétorqué que l'agent a l'obligation morale de s'informerdans la mesure du possible sur la situation avant de déterminer la ligne de conduite la mieux appropriée. Cette obligation découle bien entendu d'une réflexion sur les conséquences : un agent mieux informé est en mesure de faire advenir de meilleures conséquences.

Différentes sortes de conséquentialisme

Le conséquentialisme peut prendre de nombreuses formes. Certaines d'entre elles se détachent cependant et servent de références.

Utilitarisme

Article détaillé : Utilitarisme.

L'utilitarisme est , historiquement, la principale théorie morale conséquentialiste. Il tient pour juste l'action qui génère le plus de bonheur pour la totalité de l'ensemble des agents, le bonheur étant défini comme la maximisation des plaisirs et la minimisation des peines. Ainsi défini, l'utilitarisme affirme que ce qui compte c'est la somme totale de bonheur, ou bonheur agrégé, le bonheur de tous et non pas le bonheur de quelques uns ou le bonheur d'une personne spécifique. John Stuart Mill, dans son exposé de l'utilitarisme, a proposé d'hiérarchiser les plaisirs, c'est-à-dire d'attribuer une valeur plus importante à la poursuite de certains types de plaisirs qu'à la poursuite de certains autres[7]. Cependant, certains utilitaristes contemporains tels que Peter Singer préfèrent prendre pour objectif la maximisation de la satisfaction des prédilections ("utilitarisme des prédilections"). Divers autres remodelages actuels de l'utilitarisme peuvent réflèter les formes de conséquentialisme décrites ci-dessous :

Égoïsme

Article détaillé : Égoïsme.

L'égoïsme, comme morale, est un conséquentialisme : celui pour lequel les seules conséquences qui importent sont les conséquences pour l'agent acteur. L'égoïsme autorise par conséquent les actions bonnes pour l'agent, même si elles nuisent au bien-être général. Il existe cependant des défenseurs de l'égoïsme, surtout Ayn Rand, qui affirment que si chaque individu poursuit des buts égoïstes, il en résulte finalement les meilleures conséquences pour n'importe qui[8]. Le dilemme du prisonnier, formalisé en 1950, a démenti cette opinion en présentant une situation dans laquelle les conduites égoïstes et utilitaristes s'opposent.

Les règles dans le conséquentialisme

On peut envisager un conséquentialisme focalisé sur les actions atomiques. On peut aussi envisager un conséquentialisme focalisé sur l'établissement de règles de conduite : l'instauration d'une règle donnée a-t-elle de bonnes conséquences ? On parle quelquefois de conséquentialisme de la règle pour désigner cette dernière forme de conséquentialisme, qui est alors vue comme une tentative visant à réconciler le conséquentialisme avec le déontologisme. Comme le déontologisme, le conséquentialisme soutient en effet que se comporter moralement implique l'observance de règles. Mais au contraire de ce qui se passe dans le déontologisme, c'est selon leurs conséquences que sont ici choisies les règles.

Les théoriciens se divisent sur la question de savoir si le comportement moral doit être déterminé par les seules règles ou non. A titre d'exemple, Robert Nozick défend l'idée qu'une poignée de règles intangibles, qu'il nomme "conditions aux bords" ("side-constraints"), est indispensable pour assurer des actions convenables[4]. Il existe aussi des divergences quant au caractère absolu de ces règles (mais rendre une règle absolue revient à réintroduire un point de vue déontologiste). Ainsi, tandis que les "conditions aux bords" de Nozick restreignent le comportement de manière absolue, Amartya Sen propose une théorie reconnaissant l'importance spécifique de certaines règles sans les rendre absolues pour tout autant[4]. Plus exactement, ces règles peuvent-être enfreintes quand leur observance mènerait à des conséquences trop négatives.

Conséquentialisme négatif

Il peut sembler que la majorité des conséquentialismes cherchent avant tout la promotion de bonnes conséquences. Cependant, on peut tout autant envisager une théorie conséquentialiste se préoccupant seulement de diminuer les mauvaises conséquences, par exemple un utilitarisme négatif, qui cherche à minimiser les souffrances sans s'occuper des plaisirs.

On peut penser qu'une différence majeure entre ces deux approches porte sur la responsabilité de l'agent. Le conséquentialisme positif exige qu'on s'efforce d'aboutir à un bon état de choses, alors que le conséquentialisme négatif exige uniquement d'éviter les mauvais. Les versions les plus vigoureuses (ou les moins naïves, selon le point de vue) du conséquentialisme négatif exigent néanmoins l'intervention active de l'agent, mais uniquement pour prévenir l'occurrence d'un mal.

Conséquentialisme et autres théories morales

Bien que de nombreux philosophes considèrent le conséquentialisme comme la théorie morale par excellence, ce n'est pas l'unique théorie morale. Les critiques énoncées à son encontre par les partisans d'autres théories morales ont pu contribuer à façonner les formes prises par le conséquentialisme dans des travaux récents.

Déontologisme

Article détaillé : Déontologisme.

On oppose fréquemment le conséquentialisme au déontologisme. Les théories déontologistes portent leur regard sur les types d'actions plutôt que sur les conséquences spécifiques de ces actions. Ainsi, selon les théories déontologistes, certaines actions sont immorales par nature. Un déontologiste affirme par conséquent que nous devrions suivre nos règles morales quelles qu'en soient les conséquences. Kant est par exemple l'auteur de la célèbre affirmation selon laquelle nous avons le devoir moral de toujours dire la vérité, même à un assassin qui demande ou se terre sa victime potentielle.

Certains théoriciens tentent de combiner conséquentialisme et déontologisme. Ainsi Robert Nozick défend-t-il, comme on a vu, une théorie principalement conséquentialiste, mais qui incorpore des conditions aux bords inviolables qui restreignent les types d'actions qui sont permis aux agents[4].

D'autre part certaines règles proposées par des déontologistes s'intègrent particulièrement bien dans une perspective conséquentialiste. T. M. Scanlon émet par exemple l'idée que les droits de l'Homme, qui sont couramment reconnus comme un concept déontologique, peuvent uniquement être justifiés par les conséquences de l'instauration et du maintien de ces droits[4].

Morale de la vertu

On peut aussi opposer le conséquentialisme aux théories morales de la vertu ou de la grandeur morale. En réalité, l'article d'Anscombe qui a introduit le terme conséquentialisme est aussi à l'origine, dans la philosophie moderne, de la discussion des théories morales fondées sur le caractère.

Tandis que le conséquentialisme postule, par définition, que ce sont les conséquences d'un acte (lequel peut, entre autres, être l'instauration d'une règle) qui doivent être l'objet d'étude premier des théories morales, les morales de la vertu postulent quant à elles que c'est le caractère de l'agent plutôt que les conséquences de l'acte qu'il faut considérer. Selon certains moralistes de la vertu, les théories conséquentialistes négligent complètement le développement et l'importance du caractère moral. Phillipa Foot affirme que les conséquences n'ont aucun contenu moral en elles-mêmes, qu'elles n'ont de contenu moral éventuel que celui dont les a peut-être chargées une vertu, par exemple la bienveillance[4].

Cependant, conséquentialisme et morale de la vertu ne sont pas obligatoirement à considérer comme diamétralement opposés. Les conséquentialismes peuvent prendre en compte le caractère de diverses manières. A titre d'exemple, les effets sur le caractère de l'agent ou de toute autre personne impliquée dans une action doivent être pris en compte parmi les conséquences. D'autre part, une théorie conséquentialiste peut avoir pour but la maximisation d'une vertu spécifique ou d'un ensemble donné de vertus. Enfin, selon Foot, un comportement vertueux produit en définitive les meilleures conséquences.

Critiques du conséquentialisme

Critiques générales

Le conséquentialisme a été critiqué sur plusieurs points. Pour Moore, dans Principia Ethica, le conséquentialisme, ou du moins l'utilitarisme classique (qui, rappelons-le, définit le bien moral comme le maximum de plaisirs associé au minimum de peines), tombe dans l'erreur naturaliste en supposant que le bien peut être défini par une propriété "naturelle" ou un ensemble de propriétés naturelles. Il affirme en démontrer l'erreur de la manière suivante : quelle que soit la qualité X qu'un conséquentialiste propose comme étant essentiellement bonne, on peut toujours demander "Mais X est-elle réellement une bonne qualité ?". Ainsi devons-nous avoir une idée implicite du bien moral qui soit différente de toute propriété naturelle ou conjonction de telles propriétés. Mais alors, argumente Moore, la majorité des conséquentialismes sont incohérents, car ce sens inné du bien moral est l'unique chose à quoi on puisse faire référence[3].

Plus radicalement, William Gass affirme que les théories morales telles que le conséquentialisme sont incapables d'expliquer correctement en quoi une action mauvaise est mauvaise. Gass donne l'exemple de l'"étranger obligeant", lequel est si obligeant qu'il en est prêt à se laisser cuire dans un four. Gass affirme que la raison qu'une théorie morale peut avancer pour justifier l'immoralité de l'acte de le cuire, par exemple la raison "ça n'aboutit pas à de bons résultats", est absurde. Selon Gass, il est immoral de cuire un étranger, aussi obligeant soit-il, et il n'est ni envisageable ni indispensable de dire quoi que ce soit d'autre pour le justifier[9].

Dans Une théorie de la justice, Rawls affirme que si on demandait leur avis aux gens, ils préféreraient les principes kantiens comparé au conséquentialisme de l'utilitarisme. En guise d'argumentation, il construit une expérience de pensée dans laquelle on place une personne imaginaire dans une position originelle en dehors de la société qu'elle s'apprête à intégrer. Cette personne ignore quels talents et quelles convictions elle aura, si elle sera pauvre ou riche, et si la société adhèrera à ses convictions où si elle sera mise en minorité. Rawls affirme que dans cette position, tout le monde choisirait un dispositif déontologique reposant sur des valeurs telles que la liberté d'expression et les droits de base dans la société. Craignant le risque d'une position inconfortable, les gens préféreraient qu'existent des protections des minorités et des droits humains plutôt qu'une société strictement conséquentialiste.

Critiques fondées sur la négligence du caractère

Comme il a été déjà mentionné, G. E. M. Anscombe a introduit le terme "conséquentialisme" dans le cadre d'une critique de cette théorie. Selon elle , les théories conséquentialistes tiennent les agents moraux pour responsables des conséquences d'actions non intentionnelles et ignorent par conséquent le caractère moral de l'agent impliqué[2]. Pour énormément de conséquentialistes, cette critique n'est pas valide : après tout, le conséquentialisme accorde la plus grande valeurs aux conséquences.

Fichier :BernardWilliams. jpg
Bernard Williams

Dans la même veine, Bernard Williams a jugé le conséquentialisme aliénant étant donné qu'il requiert des agents qu'ils mettent trop de distance entre eux-mêmes et leurs propres projets et engagements. Il affirme que le conséquentialisme requiert des agents moraux d'adopter un regard strictement impersonnel sur l'ensemble des actions, vu que seules les conséquences importent et non ceux qui les produisent. Il affirme que c'est trop demander aux agents moraux puisque c'est exiger d'eux qu'ils sacrifient tout projet ou engagement personnel, quelles que soient les circonstances, à la poursuite de la ligne d'action la plus bénéfique envisageable. Il ajoute que le conséquentialisme échoue à rendre compte de l'intuition selon laquelle cela "peut" importer, si quelqu'un est ou n'est pas "personnellement" l'auteur d'une conséquence spécifique. A titre d'exemple, que le fait d'avoir les "mains sales" en participant à un crime a une importance, même si le crime avait été commis de toute façon, ou même avait été pire, sans la participation de l'agent. Notons tout de même ici que les conséquences psychologiques sont aussi des conséquences, qu'il s'agit de ne pas oublier si on adopte un point de vue conséquentialiste.

Certains conséquentialistes, surtout Peter Railton, ont voulu développer une forme de conséquentialisme qui reconnaîtrait et éviterait les objections soulevées par Williams. Railton soutient que les critiques de Williams peuvent être évitées en adoptant une forme de conséquentialisme dans laquelle les décisions morales doivent être déterminées par le "genre de vie" qu'elles expriment. Selon son point de vue, l'agent devrait choisir le genre de vie qui aura, à la longue, les meilleurs effets globalement[4].

Cependant, plus il y a peu de temps, le conséquentialisme a subi des attaques d'un genre identique. A titre d'exemple, Thomas Nagel soutient que le conséquentialisme échoue à prendre en compte de manière appropriée les individus affectés par une action donnée. Il affirme qu'un conséquentialiste ne peut pas critiquer les infractions aux droits de l'Homme dans une guerre, si de ces abus résulte en définitive un meilleur état des choses[4].

Notes et références

  1. Elizabeth Anscombe - Nécrologie du Guardian par Jane O'Grady, 11 janvier 2001
  2. Anscombe, G. E. M. (1958) "Modern Moral Philosophy" dans la revuePhilosophy 33 : 1-19
  3. Moore, G. E. (1903) Principia Ethica Cambridge University Press (ISBN 978-2130492597)
  4. Scheffler, Samuel (Ed. ) (1988) Consequentialism and Its Critics Oxford University Press ISBN 0198750730
  5. Bentham, Jeremy (1996) An Introduction to the Principles of Moral Legislation Oxford University Press ISBN 0198205163
  6. Singer, Peter (2002) Helga Kuhse ed. Unsanctifying Human Life, Blackwell ISBN 0631225072
  7. Mill, John Stuart (1998) Utilitarianism Oxford University Press ISBN 019875163X
  8. Rand, Ayn (1964) The Virtue of Selfishness : A New Concept of Egoism
  9. Gass, William H. (1957) "The Case of the Obliging Stranger" The Philosophical Review 66 : 193-204

Conséquentialistes célèbres

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes

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