Chrysippe de Soles

Chrysippe de Soles est un philosophe stoïcien né en 280 à Soli, en Cilicie et mort en 206 av. J. -C.. Il fut le deuxième scolarque du Portique, après Cléanthe, de 232 à 206 av.



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  • DIOGÈNE LAËRCE. CHRYSIPPE (Stoïcien). Traduction Robert Genaille, 1933. Chrysippe, fils d'Apollonius, de Soles [1] ou de Tarse (cf. Alexandre, Successions)... (source : ugo.bratelli.free)
  • Chrysippe de Soles. Dans sa formulation commune, l'épitaphe royale a... Mor., 336 C-D ; 546 F ; Diogène Laërce VI 86 ; Anth. gr., VII 325-326)  : «Cela, ... (source : college-de-france)
  • Chrysippe de Soles (philosophe stoïcien né en 280 à Soli, en Cilicie et mort en .... de la nouvelle Académie et adversaire de Chrysippe par Diogène Laërce.... (source : parlezmoidephilosophie)
Chrysippe, marbre d'époque romaine impériale

Chrysippe de Soles est un philosophe stoïcien né en 280 à Soli, en Cilicie et mort en 206 av. J. -C. . Il fut le deuxième scolarque du Portique, après Cléanthe, de 232 à 206 av. J. -C. . Il est le "second fondateur du stoïcisme", après Zénon de Citium en 301 av. J. -C.

L'Homme

Biographie

Les indications sur la vie de Chrysippe sont aussi peu nombreuses que l'influence de ce dernier fut grande.

Origine

Aussi bien la date que le lieux de naissance de Chrysippe posent problème. La tradition le fait naître à Soles[1][2][3]. Le problème est que son père, Apollonius, est natif de Tarse, et qu'on ignore particulièrement précisément lorsqu'il a émigré à Soles. De fait il n'est pas impossible que Chrysippe soit né à Tarse, et qu'il ne soit venu à Soles que ensuite, comme Alexandre Polyhistor le prétend dans ses Successions[4]. D'autre part un doxographe romain du bas-empire, Caius Julius Solinus, affirme que Chrysippe serait né à Héliopolis[5] ce qui est plus que douteux.

La date de naissance est aussi problématique. Si la date de mort est connue dans l'absolue (entre -207 et -206), la durée de vie de Chrysippe fluctue selon ses auteurs. Diogène Laërce, suivant en cela Hermippe, le fait mourir à soixante-treize ans, ce qui établit sa date de naissance entre -281 et -280[6]. Mais l'ensemble des auteurs ne s'accordent pas sur cette durée d'existence. Pour Lucien[7] Chrysippe aurait vécu quatre-vingt un ans, ce qui le fait naître entre -289 et -288. Il est suivi en cela par Valère Maxime[8] qui affirme que Chrysippe écrivait toujours le dernier livre de ses Recherches logiques à quatre-vingts ans.

Sur le plan familial on sait, par Diogène, que Chrysippe a une sœur, dont le nom est inconnu, et deux neveux, Aristocréon et Philocratès, fils de cette dernière, dont il assura l'éducation[9].

Quoi qu'il en soit, Chrysippe a dû quitter Soles pour Athènes à une date indéterminée. Autrement, il n'aurait pas pu recevoir les cours des stoïciens.

Le disciple de Zénon et de Cléanthe

Chrysippe se consacrait au début à la course de fond [10]. Mais écoutant un jour par hasard les enseignements de Cléanthe ou de Zénon, il se destina à la philosophie. Pour Hécaton de Rhodes[11], cependant, Chrysippe ne fut amené à la philosophie que parce que l'héritage paternel avait été saisi par quelque monarque local.

Déjà au temps des anciens s'est posé la question de savoir qui, de Cléanthe ou de Zénon, fut le maître de Chrysippe. Le problème étant que Zénon est décédé entre -262 et -261. Si on s'en tient à la date de naissance donnée par Hermippe, Chrysippe aurait eu uniquement dix-huit ans à la mort de Zénon, ce qui semble exclure qu'il l'ait connu. Si par contre on se base sur les informations de Lucien et de Valère Maxime, ce n'est pas impossible.

Quoi qu'il en soit, Chrysippe ne fut visiblement pas un élève facile. Diogène Laërce affirme mais aussi quoique doué, il était de tempérament vif, ce qui l'amenait à contester fréquemment et Zénon et Cléanthe. Il finissait fréquemment par se repentir de ses attaques contre Cléanthe, reprenant ainsi le vers d'Euripide : «Et moi, je suis par nature un homme heureux à tous égards, sauf en ce qui concerne Cléanthe : sur ce point je ne suis pas heureux.»[12]. Cette tendance à contester les thèses de ses maîtres l'amena certainement à rompre un temps avec le stoïcisme.

S'il n'adhéra pas, à la différence de la majorité des disciples de Zénon à l'hérésie d'Ariston[13], il rejoignit certainement l'Académie. Sotion affirme ainsi qu'il se rendit «auprès d'Arcésilas et de Lacydès » et «pratiqua la philosophie dans l'Académie»[14]. C'est là qu'il reçut une formation conséquente en logique et en rhétorique, formation qui manquait à Cléanthe ainsi qu'à Zénon. On ignore combien de temps Chrysippe resta à l'Académie. Pour Richard Goulet, ce passage à l'Académie ne forme pas une hérésie étant donné que «ces études ont pu être conçues comme une formation complémentaire, tandis que le philosophe était déjà un stoïcien confirmé»[15]. Richard Goulet s'appuie sur un passage de Diogène Laërce qui sert à désigner ce passage par le terme de télos, comme aboutissement d'une évolution intellectuelle.

Entre sa rupture avec Cléanthe et la mort de ce dernier, la position philosophique de Chrysippe demeura probablement floue. Quoiqu'en accord avec un bonne part des thèses stoïciennes, il n'enseignait pas au Portique. Il tint tantôt école au Lycée[16], tantôt, selon Hermippe, à l'Odéon[17].

Le dirigeant du portique

Chrysippe succéda certainement à Cléanthe à la mort de ce dernier en -235. Il n'était probablement pas alors le membre le plus orthodoxe du Portique, mais sans doute le plus compétent. Qui plus est , les sécessions se multipliant au sein de l'école stoïcienne, Cléanthe ne devait pas avoir grand choix pour désigner un successeur. Comme dirigeant du Portique, Chrysippe s'astreignit à un régime d'ascète. Écrivant, selon Dioclès, quelques 500 lignes par jour[18], Chrysippe vivait de peu[19]. Peut-être du fait de la saisie de l'héritage paternel, son revenu principal venait de cotisations de ses disciples, et de cours[20] avec une vieille femme qui lui servait de servante[21]. Tout le reste de sa vie fut ainsi consacré à l'édification de son œuvre immense ainsi qu'aux luttes continues avec les Epicuriens et les Académiciens. Il cultiva la dialectique et poussa parfois la subtilité jusqu'à l'excès. On lui attribue l'invention de plusieurs sophismes, entre autres celui du crocodile. Il ne reste presque rien de ses nombreux ouvrages. Cicéron a imité dans ses Offices un de ses traités de morale.

Deux versions différentes de la mort de Chrysippe existent. La première, et de loin la plus vraisemblable, nous est communiquée par Hermippe[22]. Après avoir enseigné à l'Odéon, un de ses élèves l'invita à un sacrifice, où il but un vin non coupé d'eau. Après cinq jour d'agonie, il décéda à 73 ans selon Apollodore. La seconde, plus que douteuse, ressemble à une rumeur. Chrysippe serait mort d'un fou rire en regardant un âne lui manger ses figues après avoir dit à la vieille femme qui possédait l'âne : «Donne désormais à cet âne légèrement de vin pur pour faire passer les figues à ton âne»[23]. Il s'agissait probablement ici d'un jeu de mot entre âne (ὅνου) et vin (ὅνῳ).

Les dimensions de l'homme

Caractère

L'un des traits de caractère les plus fréquemment soulignés de Chrysippe est son arrogance. Deux anecdotes rapportées de Diogène Laërce l'illustrent. Initialement, face à un homme qui lui demandait à qui il devait confier la charge d'éduquer son fils, Chrysippe aurait répondu : «À moi. Car si je supposais quelqu'un de meilleur que moi, je ferais de la philosophie auprès de lui»[24]. L'autre anecdote est légèrement plus problématique. Diogène écrit en effet que «malgré l'ensemble des ouvrages qu'il composa, il n'en dédia aucun à un roi»[9], et qu'il déclina l'invitation que lui fit le roi d'Égypte Ptolémée de venir exercer son activité de philosophe en Égypte, mais n'hésita pas à éduquer ses deux neveux : Aristocréon et Philocratès. Est-ce là simplement de l'arrogance, ou la marque d'opinions politiques anti-monarchique ?

Chrysippe semble d'autre part avoir eu un comportement stoïque (c'est-à-dire s'il ne se laissait pas emporter par les passions). Diogène nous dit que, face à un interlocuteur qui s'échauffait, Chrysippe garda son calme, et , citant Euripide, s'exclama : «Allons mon frère, ton œil se trouble ; et tout-à-coup tu deviens enragé, sain d'esprit que tu étais il y a un instant»[25]. De même, selon Sénèque, il blâmait celui qui se sentait offusqué parce qu'on l'avait qualifié de mouton de mer[26].

Style

Les critiques du style de Chrysippe ne sont pas forcément dépourvues d'une certaine xénophobie. Ainsi l'érudit byzantin Photius, déconseille l'usage du terme μέντον en le jugeant barbare. Il en veut pour preuve que «même Chrysippe l'utilise»[27].

Apparence et figurations

Comme nous le dit Diogène Laërce, Chrysippe «avait un physique commun»[28]. Pour justifier un tel jugement, Diogène se réfère à une statue de Chrysippe localisée sur l'Agora, plus précisément dans le gymnase de Ptolémée, selon Pausanias[29]. Il semble que ce soit son neveu Aristocréon qui ait élevé une telle statue, en bronze sur colonne, en y adjoignant ce distique : «Ce nouveau Chrysippe, Aristocréon l'a consacré couteau sacrificiel des nœuds académiques»[30]. Cette statue étant presque cachée par une statue équestre sise à côté, Carnéade l'appelait Chrypsippe (Κρύψιππον, qui veut dire caché par un cheval) [28].

Pensée

Comme le souligne Richard Dufour, Chrysippe donne «la seule définition de la philosophie qui soit attribuée à un unique stoïcien ancien»[31]. Pour ce dernier, la philosophie est en effet «une recherche de la raison droite»[32]. C'est ainsi la recherche du savoir, de la science divine et humaine. À partir de ce postulat de départ, Chrysippe, comme la grande majorité des stoïciens, établit qu'on peut atteindre cette science qu'au travers de la pratique de trois "vertus" : la physique, la logique et l'éthique. La physique consistant à l'étude du monde, l'éthique à celle de la vie humaine, et la logique à celle du discours. Cependant, à l'endroit où Chrysippe et ses prédécesseurs se distinguent des stoïciens qui suivront, c'est en établissant que ces trois vertus sont les parties du discours philosophiques et non de la philosophie[33].

Un autre problème, spécifique à Chrysippe surgit quant à cette tripartition des vertus : leur classement. Chrysippe semble avoir défendu en effet deux classements. Initialement un classement logique-physique-éthique[34], puis un classement logique-éthique-physique[35]. Deux interprétations ont été donné de ce qui peut sembler une contradiction. La première, de Pierre Hadot[36], voit dans le premier classement un ordre logique — il serait normal que la physique précèdât l'éthique car elle en détermine les lois — et dans le second un ordre d'enseignement — il vaudrait mieux enseigner en premier lieu les lois éthiques, avant que de s'attacher à l'étude du monde. Le second, de Richard Dufour, voit cependant dans le premier classement un «classement pratique» et dans le second un «classement théorique». Il faudrait en effet «idéalement traiter de l'éthique avant la physique, mais dans la pratique quotidienne, il faut traiter de la physique avant l'éthique»[37]

Logique

La Représentation

Pour les stoïciens, la représentation est «une empreinte de l'âme, puisque ce nom provient, par métaphore, de façon appropriée, des empreintes qui sont génèrées par un sceau dans la cire»[38].

Les critères de vérité

La dialectique

Chrysippe, comme la majorité des stoïciens voyait dans la dialectique une «science des choses vraies, des choses fausses, et de celles qui ne sont ni l'une ni l'autre»[39] ainsi qu'une «science du bien parler»[40].

La rhétorique

Physique

La doctrine de la physique

Le monde

l'Âme

Éthique

Selon Diogène Laërce, l'Éthique stoïcienne se divisait en sept lieux : l'étude de l'impulsion, des biens et les maux, des passions, de la vertu, de la fin, de la valeur première et des actions, des fonctions propres, et de ce qu'il faut conseiller et/ou déconseiller. Tout semble indiquer que cette division remonte à Chrysippe. Diogène écrivant en effet : «telles sont les subdivisions de Chrysippe d'Archédème, de Zénon de Tarse, d'Apollodore, de Diogène de Babylone, d'Antipater et de Posidonius. Zénon de Citium et Cléanthe, du fait qu'ils sont plus anciens, ont traité ces matières de manière plus fruste»[41]. De nombreux ouvrages ont été consacré par Chrysippe à ce sujet.

L'Impulsion

Le bien et le mal

Les Passsions

La fin et le bonheur

L'Œuvre

Chrysippe fut l'un des auteurs les plus prolifiques de l'antiquité, si ce n'est le plus prolifique. Selon Diogène Laërce, il aurait écrit «plus de 705 livres»[42]. Dans le colossal mais incomplet catalogue qu'il apporte, Diogène mentionne 433 livres, regroupés dans 162 titres : 119 titres et 300 livres de logique, 43 titres et 122 livres d'éthique et aucun de physique. Il manque ainsi 283 livres à la liste qui devaient se rapporter autant à la physique qu'à l'éthique[43]. Hellénistes et philologues sont parvenus à identifier 55 autres œuvres, ce qui porte le nombre total d'œuvres connues de Chrysippe à 217 pour un nombre de livres inconnu, particulièrement proche probablement des 705 mentionnés par Diogène. De fait la quasi-totalité des ouvrages de Chrysippe sont ainsi connus de la critique moderne.

Au sein de cette œuvre énorme on peut noter les ouvrages suivants :

Pour une liste de la totalité des ouvrages de Chrysippe on se devra de consulter le catalogue suivant.

Bibliographie

Fragments de Chrysippe

Études sur Chrysippe

Notes

  1. Strabon Géographie, XIV, 5, 8 6-9
  2. Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, VII, 179, 1
  3. Galien Protreptique, 37-38
  4. Fragment 7, Giannattasio Andria = Diogène Laërce VII 179, 1
  5. Collection de faits mémorables 38, 9-10
  6. D. L. VII, 184
  7. Lucien de Samosate, Sur ceux qui vécurent longtemps 20, 6-7
  8. Valère Maxime, Faits et dits mémorables VII, 7, 10
  9. D. L. VII 185
  10. Diogène Laërce, VII, 179
  11. Fragment 57, Gommoll = Diogène Laërce VII, 181
  12. Diogène Laërce 179. Les vers originels d'Euripide étaient les 540-541 d'Oreste ; le nom de Cléanthe remplaçant «mes filles»
  13. Diogène Laërce VII
  14. Diogène Laërce VII, 183
  15. Dictionnaire des philosophes antiques, II, 121, CNRS
  16. Diogène Laërce VII 185
  17. Fragment 59 Wehrli = Diogène Laërce VII 184
  18. Diogène Laërce VII, 180
  19. Élien, Histoire variée fragment 1, 1-2 : «Chrysippe de Soles fit sa vie avec particulièrement peu de moyens, et Cléanthe avec toujours nettement moins»
  20. Quintilien Institution oratoire XII, 7, 9
  21. Diogène Laërce VII, 181
  22. Diogène Laërce VII
  23. D. L. VII, 185
  24. D. L. VII, 183
  25. D. L. VII 182 qui cite Euripide, Oreste, 253 sqq.
  26. Sénèque, De la constance du sage 17, 1
  27. Photius, Lexique, 258, 20-21
  28. Diogène Laërce VII 182
  29. Description de la Grèce [] [lire en ligne], I, 17, 2, 1-5.
  30. Plutarque, Des contradictions des stoïciens, chapitre 2
  31. Richard Dufour, Chrysippe — Œuvre philosophique tome I, page 43
  32. Isidore de Péluse, Lettres, V, 558
  33. Pierre Hadot Philosophie, discours philosophique et divisions de la philosophie chez les stoïciens, in Revue internationale de philosophie (45, 178), 1991, pages 205-219
  34. & Diogène Laërce, VII 40, 11-13
  35. Plutarque, Des contradictions des stoïciens, chapitre 9
  36. ibid
  37. Richard Dufour, Chrysippe — Œuvre philosophique tome I, page 44-45
  38. Diogène Laërce VII, 45, 9-46, 6
  39. Sextus Empiricus Contre les savants XI, 187, 1-3
  40. Alexandre d'Aphrodise Sur les Topiques d'Aristotes 1, 8-14
  41. Diogène Laërce VII 84 = SVF III, 1
  42. Diogène Laërce VII, 180
  43. Dictionnaire des philosophes antiques, II, 121, CNRS
  44. Stoicum veterum fragmenta II, 879-911

Lien externe



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