Chambre chinoise

Le terme de chambre chinoise sert à désigner une expérience de pensée imaginée par John Searle vers 1980. Searle se demandait si un programme informatique, si complexe soit-il, serait suffisant pour donner un esprit à un dispositif.



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  • ... L'argument de la chambre chinoise est une expérience de pensée censée... Selon certains, ce dispositif là comprend l'histoire, au même sens... (source : blog.ragondux)
  • Searle a présenté sa parabole à de nombreuses reprises et sous des formes multiples.... Il ne fut jamais confronté à l'argument de la chambre chinoise.... Je ne connais pas le sens des mots qu'ils emploient - que sont , .... chose : que le prisonnier de la chambre chinoise est parvenu à se comporter vis-à-vis de ... (source : cogprints)
  • s'il vous plaît, si il ou elle a le sens de l'initiative ?.... de pensée de le "Chambre chinoise" de Searle ? La chambre chinoise est -elle un théâtre?... (Searle)  : Imaginons qu'un groupe de programmeurs ait écrit un programme autorise un.... Mais dès ce premier argument, l'originalité de Leibniz est grande.... (source : theatrefeuilleton2)
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Le terme de chambre chinoise sert à désigner une expérience de pensée imaginée par John Searle vers 1980. Searle se demandait si un programme informatique, si complexe soit-il, serait suffisant pour donner un esprit à un dispositif.

Principe

Une tendance répandue consistait alors à considérer que puisque le cerveau formait d'une part le siège de l'esprit (ce que pourraient indiquer les affectations de l'esprit par des lésions cérébrales) et d'autre part le lieu de transferts importants d'information (1012 neurones, chacun susceptible de fonctionner l'ensemble des 10ms, soit un potentiel théorique d'environ 1014 opérations par seconde), ces transferts d'information «étaient» l'esprit.

Searle essaya d'imaginer ces transferts d'information simulés à la perfection, mais particulièrement lentement, sur une immense maquette utilisant du papier, des crayons, des opérateurs, et des règles simples identiques à celles des machines de Turing. Ce transfert de support ne change en effet rien au modèle, le support de l'information ne jouant pas de rôle dans l'affaire, et la notion d'échelle de temps non plus. Il lui sembla fort complexe d'admettre que ce système soit en quoi que ce soit identique réellement au fonctionnement d'un cerveau et possède, selon l'expression d'Arthur Kœstler, un fantôme dans la machine (ghost in the machine). Non que Searle mette en cause le principe bien connu de fonctionnement d'un neurone, mais une question selon lui était celle de l'échelle de temps du processus. Pour prendre une comparaison simple, la lumière est bien constituée de variations particulièrement rapides de champ électromagnétique, mais agiter rapidement un aimant à la main ne produira en aucun cas de la lumière.

Searle considère à ce stade que la métaphore du programme informatique est à elle seule insuffisante pour expliquer le phénomène de la conscience, et doit être complétée de considérations liées à l'échelle de temps elle-même (en tout cas si on considère notre échelle de temps comme privilégiée).

Sa vision va ensuite se radicaliser plus toujours.

Insuffisance du modèle cognitif courant, selon Searle

Il le résume de la façon suivante :

«Je ne connaissais rien [en 1971] à l'intelligence artificielle. J'ai acquis un manuel au hasard, dont la démarche argumentative m'a sidéré par sa faiblesse. Je ne savais pas tandis que ce livre allait marquer un tournant dans ma vie. Il expliquait comment un ordinateur pouvait comprendre le langage. L'argument était qu'on pouvait raconter une histoire à un ordinateur et qu'il était capable ensuite de répondre à des questions relatives à cette histoire quoique les réponses ne soient pas expressément données dans le récit. L'histoire était la suivante : un homme va au restaurant, commande un hamburger, on lui sert un hamburger carbonisé, l'homme s'en va sans payer. On demande à l'ordinateur : “A-t-il mangé le hamburger ?”. Il répond par la négative. Les auteurs étaient particulièrement contents de ce résultat, qui était censé prouver que l'ordinateur possédait les mêmes capacités de compréhension que nous. C'est à ce moment-là que j'ai conçu l'argument de la chambre chinoise.»

Le modèle de la chambre chinoise

Supposons qu'on soit dans une pièce fermée avec la possibilité de recevoir et d'envoyer des symboles (via un clavier et un écran, par exemple). On dispose de caractères chinois et de règles de travail (instructions) servant à produire certaines suites de caractères suivant les caractères introduits dans la pièce, sur le modèle des organismes de vente par correspondance qui traitent leur courrier client en plaçant des réponses préparées à l'avance, et déjà imprimées, dans des enveloppes.

Si on apporte une histoire suivie d'une question, toutes deux écrites en chinois, l'application des règles ne peut que conduire à donner la bonne réponse, mais sans que l'opérateur ait compris quoi que ce soit, dans la mesure où il ne connaît pas le chinois. Il aura juste manipulé des symboles qui n'ont pour lui aucune signification.

Selon Searle, un ordinateur, ou plus précisément un programme d'ordinateur (par exemple ELIZA), se trouverait dans la même situation que l'opérateur dans la chambre chinoise : il ne disposerait que de symboles et de règles régissant leur manipulation.

Searle explique : «Je n'attendais pas que cet argument, qui me paraissait trivial, suscite de l'intérêt au-delà d'une semaine. L'effet fut au contraire cataclysmique. L'ensemble des participants du séminaire étaient convaincus que j'avais tort, mais sans pouvoir en donner la raison. Vingt ans après, la discussion continue à faire rage, il doit y avoir plusieurs centaines d'articles sur le sujet.».

Analyse et dépassement

Pour Searle, l'argument de la chambre chinoise montrerait que la sémantique du contenu mental n'est pas intrinsèque à l'unique syntaxe du programme informatique, lequel est défini de façon formelle par une suite de 0 et de 1 accompagnée de règles de traitement. De nombreuses critiques lui furent cependant adressées, surtout le fait qu'il pose comme hypothèse a priori que la sémantique ne se réduit pas à la syntaxe, tandis que exactement, de nombreux chercheurs en science cognitive pensent que la sémantique émerge de la syntaxe (voir le principe d'émergence).

Searle propose alors (dans La redécouverte de l'esprit) un nouvel argument : «La distinction la plus profonde qu'on puisse effectuer n'est pas entre l'esprit et la matière, mais entre deux aspects du monde : ceux qui existent indépendamment d'un observateur, et que j'appelle intrinsèques, et ceux qui sont relatifs à l'interprétation d'un observateur.» Le calcul informatique, pour être qualifié de tel, n'existe que assez à une interprétation qui assigne une certaine distribution de zéros et d'uns à un certain état physique.

Ce nouvel argument, plus radical, découple la question de la syntaxe de celle de la nature physique. Une chose donnée ne peut être reconnue comme un programme (c'est-à-dire une structure syntaxique) que assez à une interprétation. On savait en effet, bien avant les travaux de Searle, qu'un message n'a jamais de sens en lui-même, mais uniquement dans un contexte d'interprétation donné : une séquence d'ARN n'a pas de sens hors du ribosome qui va la traduire en protéine ; une information compressée n'a pas de sens hors de l'existence du décompresseur ; l'information décompressée elle-même n'a pas de sens hors des règles d'interprétation qu'on va lui appliquer, etc. Par ressemblance, un programme d'informatique ne serait qu'un ensemble de règles syntaxiques dépourvu de sens. Pour accéder au sens, il faudrait une conscience. La «conscience» du sens d'un message sert à désigner ici la capacité à interpréter le signal pour le traduire en actions, comme dans le cas du ribosome ; c'est une «conscience du monde» (awareness) et non d'une "conscience de soi" (consciousness). Searle a tenté de démontrer par cette voie que le concept d'intelligence artificielle dite forte devait être abandonné. Cependant, le raisonnement de Searle part de l'hypothèse que la sémantique ne se réduit pas à la syntaxe, ce que contestent les partisans de l'IA forte, qui suggèrent exactement que le sens peut être une propriété émergente de programmes informatiques.

«Il est envisageable d'assigner une interprétation computationnelle au fonctionnement du cerveau comme à n'importe quoi d'autre», dit Searle. «Supposons que cette porte soit égale 0 lorsqu'elle est ouverte, et 1 lorsqu'elle est fermée. On a là un ordinateur rudimentaire. Cet argument est plus puissant que le premier mais plus complexe à comprendre.»

Considérations finales

L'argument de Searle rappelle utilement que l'opérateur humain de son dispositif ne comprend à aucun moment le chinois, de même qu'aucun de nos neurones ne comprend à lui seul une équation différentielle (même s'il est mis ponctuellement à contribution pour son calcul), ou que Deep Blue, aussi bon joueur soit-il pour nous, ne sait même pas qu'il joue aux échecs.

C'est la redécouverte d'une notion déjà formalisée dans différentes disciplines. En psychophysique, la théorie Gestalt suggère que "le tout possède quelquefois des propriétés qui n'existent dans aucune de ses parties". En sciences cognitives, on parle du principe d'émergence. Et Richard Buckminster Fuller propose le concept de synergie : par l'organisation même de ses composants, un système prend des propriétés qui ne sont présentes dans aucun des composants en question pris comme tel. Le dispositif contient par son organisation ce qu'Henri Laborit ou Bertrand de Jouvenel nomment de l'information ajoutée. L'homme ne comprend pas le chinois, la chambre non plus, mais le dispositif "homme + chambre" le comprend bel et bien, puisque se montrant capable de le traduire.

Voir aussi

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